M. Azogui (Cyrus) : "Le dirigeant doit être entrepreneur de son patrimoine"

Meyer Azogui, président du groupe Cyrus spécialisé en gestion de patrimoine, revient sur la nécessité pour un dirigeant d’organiser son patrimoine après la cession de son entreprise, tant sur le plan juridique et fiscal que psychologique.
Meyer Azogui

Meyer Azogui, président du groupe Cyrus spécialisé en gestion de patrimoine, revient sur la nécessité pour un dirigeant d’organiser son patrimoine après la cession de son entreprise, tant sur le plan juridique et fiscal que psychologique.

Décideurs. À quel moment un entrepreneur doit-il commencer à préparer la cession ou la transmission de son entreprise ?

Meyer Azogui. Le plus en amont possible, pour des raisons élémentaires de fiscalité mais aussi du besoin d’une préparation psychologique à la vie « d’après ». Si la donne est un peu différente pour les « serials entrepreneurs » qui ont l’habitude de créer et vendre des sociétés, les entrepreneurs traditionnels peuvent subir un « traumatisme post cession ». Ne dit-on pas chef entreprise un jour, chef entreprise toujours ? Il faut donc s’y préparer et anticiper l’organisation de sa vie future en évitant le saut dans le grand vide par manque de projets. Pour cela, il faut tout d’abord savoir vendre au bon moment pour bénéficier d’une valorisation attractive. Il faut ensuite régler les questions fiscales, qui sont prégnantes. Les plus-values sont taxées à hauteur de 34 %, (dont 4 % de taxe sur les hauts revenus), et les droits de succession en ligne direct peuvent atteindre 45%.

A titre d’exemple, si l’on retient un taux moyen de droits de succession de 30%, en l’absence de préparation, une cession suivie d’une succession coûte 54 %, soit un appauvrissement de plus de la moitié de la valeur de l’entreprise ! Le dirigeant voit ainsi plus de la moitié de la valeur disparaître, celle-ci passant de 100 % à 46 %.

Ainsi, paradoxalement, la cession de son entreprise peut générer un sentiment d’insécurité du fait de la perte de son « statut », de l’absence de revenus réguliers et d’un appauvrissement après être passé par la case impôts. Le chef d’entreprise, dans son essence, aime pouvoir maîtriser son destin, il accepte le risque quand il le comprend et le pilote, il doit en être de même pour la gestion de son patrimoine privé, le dirigeant doit être entrepreneur de son patrimoine.

Quels conseils leur donnez-vous ?

Tout est dans la préparation et la projection. Il faut prendre beaucoup de temps pour réfléchir à une stratégie patrimoniale avant une cession. Chez Cyrus, nous avons mis en place une méthodologie dite « PCP », Patrimoine Cible Personnalisé. C’est une démarche qui permet de co-construire le patrimoine futur du chef d’entreprise de la manière la plus adaptée qui soit, en prenant en compte son âge, ses actifs, ses choix de vie, ses préférences en matière de placements et ses objectifs. Vendre son entreprise à 50 ans ou à 75 ans n’a pas le même impacte. Nous co-construisons avec le dirigeant un patrimoine cible sur trois ou quatre ans après avoir étudié de façon méthodologique l’ensemble des classes d’actifs : l’immobilier, le non coté, le coté et la dette. Nous préparons des poches d’investissements, prédéfinies à l’avance, et nous investissons au fil de l’eau. Cela permet d’envisager plus sereinement l’avenir, sans qu’un krach boursier, par exemple, ne vienne remettre en cause la stratégie.

"La cession génère de l’insécurité du fait de la perte de son job et de l’absence de revenus réguliers"

Vous parlez de dette, en quoi c’est selon vous une classe d’actifs à part entière ?

Le contexte de taux bas, voire négatifs, ainsi que de nouveaux outils financiers créés, font de la dette un « actif » qu’il faut distinguer des autres. La dette présente beaucoup d’avantages. C’est aujourd’hui « la classe d’actifs » la moins chère, puisque les taux sont très bas et qu’elle génère de la valeur par l’effet de levier qu’elle procure. Nous pensons que les taux resteront durablement bas, il faut donc en profiter. La dette est bien sûr efficace dans l’immobilier, mais n’oublions pas aussi dans le non coté, en complément du capital investissement.

Comment un entrepreneur appréhende le risque ?

Le risque est un facteur essentiel de la performance. On peut cependant le décorréler en investissant sur des actifs qui n’évoluent pas de la même façon. La combinaison des différents placements permet ainsi de minimiser le risque qui diminue également dans le temps. Aujourd’hui, aucun placement n’est sans risque. La bourse est cyclique et un investisseur vivra forcément plusieurs crises.

Un entrepreneur est habitué à prendre des risques puisqu’il le pratique depuis la création ou la reprise de son entreprise. Mais c’est un risque qu’il finit par maîtriser et qui est un compagnon de route pour lui. Au moment de la cession, ce risque change de nature, ce qui perturbe notre dirigeant qui soudain n’est plus près à prendre de risque… Il faut donc faire preuve de pédagogie pour qu’il s’approprie ce nouveau risque.

"La bourse est cyclique et un investisseur vivra forcément plusieurs crises" 

Investir après la cession de son entreprise peut-il être compatible avec une quête de sens ?

Chaque entrepreneur est unique et construit son patrimoine en fonction de ses ambitions et du sens qu’il veut lui donner. Après une cession, l’entrepreneur peut se demander que faire de son argent et souhaiter l’orienter vers un projet philanthropique. Cette notion de sens, importante chez un entrepreneur, le guidera par exemple dans la création d’un fonds de dotation, dans un domaine qui lui est cher. Une cliente a récemment créé son fonds en mémoire de son arrière-grand-père, un artiste impressionniste, dans le but de redonner vie à ses œuvres. Chacun peut trouver une cause dans laquelle il souhaite investir une part de son patrimoine, de son temps et pourquoi pas engager sa famille dans un projet commun.

Propos recueillis par Emilie Zana et Aurélien Florin

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