M. Azogui (Cyrus Conseil) : "La gestion de patrimoine est un marché très atomisé et en forte croissance "

M. Azogui (Cyrus Conseil) : "La gestion de patrimoine est un marché très atomisé et en forte croissance "

Leader du conseil en gestion de patrimoine, Cyrus Conseil voit son rôle au-delà de l’investissement financier. Conscience environnementale, responsabilité sociétale, de nombreuses démarches à l’initiative du groupe sont mises en place pour trouver l’équilibre entre performance et engagement.

Décideurs. Comment expliquez-vous la concentration du marché de la gestion de patrimoine ?  

Meyer Azogui. Plusieurs facteurs expliquent le phénomène. D’une part, l’accroissement des obligations réglementaires impose aux entreprises d’augmenter leurs encours pour amortir des coûts toujours plus importants. De plus, les fonds d’investissement, qui disposent d’abondantes liquidités, recherchent des secteurs en phase de consolidation. C’est le cas dans de nombreux domaines, notamment ceux de la santé et des laboratoires. Dans le secteur de la gestion de patrimoine plus précisément, il s’avère que le marché est très atomisé et en forte croissance : le besoin d’épargner des Français est fort et l’expérience client proposée par les banques n’est plus satisfaisante. Par conséquent, de nombreux épargnants sont intéressés par notre proposition de valeur : la proximité, l’indépendance et l’expertise.  

Quel est l’impact d’un monde économique qui se concentre ?  

Nous sommes face à un défi de taille : comment déployer une organisation qui permette de sécuriser de plus en plus d’opérations tout en conservant la souplesse, l’agilité et la proximité ? L’avenir nous dira si cette concentration nuira aux caractéristiques principales des conseillers en gestion de patrimoine, que sont la proximité, la profondeur de l’offre et la pérennité des relations avec la clientèle. Mais j’ai confiance en la qualité de nos collaborateurs, dans leur professionnalisme et leurs qualités humaines : je sais que nous allons relever ce défi avec audace ! 

"En grandissant trop ou trop vite, nous risquons de perdre les spécificités de notre métier"

Quels sont les risques ?  

En grandissant trop ou trop vite, nous risquons de perdre les spécificités de notre métier, comme je viens de le dire, notamment sur le plan humain. Les statistiques - tous secteurs confondus - sur la croissance externe montrent qu’il y a une chance sur deux que cela détruise de la valeur pour des raisons de relations humaines, de mélange et d’assimilation de cultures d’entreprises différentes. Il y a toujours un risque de ne pas nous retrouver autour de valeurs communes. De plus, le risque lié à la qualité de service envers le client ainsi qu’à la perte de contrôle de la part des acteurs, par exemple en cas de retournement de notre activité, notamment lorsqu’il y a des fonds d’investissement majoritaires, est à prendre en considération.  

Et les opportunités ?  

Auparavant, nous pensions que l’indépendance capitalistique était le graal. Aujourd’hui, en plus de cette indépendance, il faut les moyens humains et technologiques pour continuer notre croissance. 2020 et 2021 ont indéniablement permis de démontrer la pérennité de notre modèle et la qualité de notre proposition aux les clients. Aujourd’hui, le marché offre de nombreuses opportunités de prendre des parts de marché à des acteurs sur toutes typologies de clientèles.  

"Il y a une ligne très claire qui s’est dessinée entre les secteurs qui résistent et ceux qui ne résistent pas"

La crise sanitaire renforce-t-elle ce phénomène ?  

Elle a montré que les banques privées étaient moins présentes que les conseillers en gestion de patrimoine, qui offrent une flexibilité et une proximité plus intéressantes pour les clients. Il y a une ligne très claire qui s’est dessinée entre les secteurs qui résistent et ceux qui ne résistent pas. Le télétravail a prouvé que notre métier pouvait s’exercer à distance et a montré la résilience du modèle économique. 

Comment se traduit votre engagement responsable, sociétal et environnemental (RSE) ?  

Nous segmentons nos actions en deux parties, celles établies au sein du groupe pour et par les collaborateurs, et celles au niveau de l’offre produits pour les clients. Au sein de Cyrus Conseil, nous nous sommes dotés d’une nouvelle charte sur le rôle RSE de notre entreprise car nous souhaitons être une entreprise engagée et consciente de sa responsabilité sociétale et environnementale et où il fait bon vivre. Nous déclinons cet engagement au travers d’œuvres philanthropiques choisies par nos collaborateurs qui soutiennent l’éducation et l’enfance. De plus, Amplegest, dont nous nous sommes rapprochés l’année dernière, est également très investie et redistribue 1 % de son chiffre d’affaires pour soutenir des associations. Le partage de création de valeur est une vraie volonté, prouvée par le fait que 50 % de nos collaborateurs sont actionnaires de l’entreprise. Enfin, nous avons aujourd’hui 51,8 % de femmes salariées et 41 % de managers femmes.   

"Le rapprochement avec Amplegest était un pas de géant dans le domaine de l'ISR"

Qu’en est-il de votre offre produit ? 

Une structure qui grossit est accompagnée de tout un écosystème allant des fournisseurs aux partenaires, et nous nous attelons à embarquer tout ce monde autour de ces opérations. Du côté de nos offres produits, nous avons des obligations green et nous participons à des reforestations à travers nos solutions. De plus, notre objectif est d’avoir 80 % de notre gamme labellisée Investissement socialement responsable (ISR). Le rapprochement avec Amplegest était un pas de géant dans ce domaine car la quasi-totalité de sa gamme de fonds est labellisée ISR. Pour finir, nous avons des produits de partage, où sur l’ensemble d’un portefeuille, nous donnons 10 à 15 centimes à une association de notre choix.  

Quels sont les enjeux de demain ?  

Au-delà de l’offre sur la gestion financière, notre filiale Eternam s’engage elle aussi résolument dans la démarche ESG. Tous les acteurs sérieux doivent lutter contre le greenwashing et œuvrer pour un durcissement des conditions d’éligibilité de ces labels. Il y aura une prime pour les acteurs qui expliqueront aux épargnants le rôle et l’importance de la finance responsable. Nous devons nous inspirer de ceux qui sont en avance, les copier et dire ce que nous faisons car, en expliquant, cela crée des émules. Embarquer l’ensemble de l’écosystème pour partager cette prise de conscience est un point essentiel pour l’avenir. Nous essayons d’anticiper les interrogations dans l’air du temps telles que l’employabilité des jeunes ou les conditions de travail, il va falloir se forger des convictions sur ces sujets nouveaux.  

Propos recueillis par Marine Fleury 

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retrouvez l'intégralité du dossier Guide Dirigeants et Entrepreneurs 2021/2022

Retrouvez ici l'intégralité de l'édition 2021-2022 du guide Dirigeants et Entrepreneurs.
Sommaire L. Garret (Neuflize OBC) : "Les enjeux liés à l’ISR vont au-delà de la finance" F. Almaleh (Finadoc) : "Le schéma idéal serait plus de perméabilité dans le monde de la gestion financière " J.-M. Pailhon (Ledger) : "Le Web3 va régler les limites des anciennes versions connues jusqu’alors " A.Massiera (Rothschild Martin Maurel) : "Une équipe et des solutions spécialement dédiées aux chefs d’entreprise" R. Houbron (Experts en Patrimoine) : "Démembrement de propriété : n’est pas associé qui veut !" C. Vu Thien (iVesta Family Office) : "Et si la performance économique devenait une question de valeur ?" Innover pour croître La place du non-coté dans l’allocation d’actifs – Private Equity – Dette privée – Forêts Table ronde : Faciliter le réinvestissement grâce à l’apport-cession Entrepreneurs et dirigeants : comment préparer votre retraite ?
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