Ludovic Le Moan (Sigfox) : "Le pari, pour nous, est d’atteindre le milliard d’objets connectés"

Le dirigeant de Sigfox, spécialiste des objets connectés, revient sur les caractéristiques du marché de l’Iot, sur le développement d’une offre de réseau privé (PAN) et sur les récents partenariats stratégiques de l’entreprise.

Le dirigeant de Sigfox, spécialiste des objets connectés, revient sur les caractéristiques du marché de l’Iot, sur le développement d’une offre de réseau privé (PAN) et sur les récents partenariats stratégiques de l’entreprise.

Décideurs. Sigfox est très présent dans le secteur de l’Internet des objets. Quelles sont les caractéristiques de ce marché ?

Ludovic Le Moan. Pour Sigfox, à court et moyen terme, l’enjeu du marché des objets connectés est principalement BtoB et non BtoC. Celui-ci n’est pas assez mature : bon nombre d’objets connectés BtoC présentés lors du CES [Consumer electronics show, Ndlr] à Las Vegas, souffrent d’un « déficit ­d’utilité ». En d’autres mots, le bénéfice de l’objet, comparé à son prix d’acquisition et l’intérêt pratique, est encore à prouver. Alors que le marché BtoC cherche encore la bonne adéquation entre prix, fonction et simplicité d’usage, nous avons déjà, de notre côté, des retours sur investissement de nos clients. Nous souhaitons promouvoir l’idée qu’avec l’IoT, aujourd’hui, l’objet n’est pas la finalité en soi. L’enjeu est de pouvoir faire remonter les données du monde physique. Cette révolution n’est pas encore perçue par tous les acteurs mais une chose est sûre, elle va entraîner une modification et une transformation de toute l’industrie. En effet, plus vous détenez d’informations provenant de vos process en temps réel plus vous obtenez une finesse de pilotage de votre entreprise, qui, in fine, peut se traduire par des gains opérationnels substantiels et de nouveaux services. Cet enjeu-là a été dur à faire entendre au marché car il y a une guerre technologique entre les différents acteurs. Pourtant le défi n’est pas tant technologique, mais d’être en mesure de produire de la donnée la moins chère possible et en très gros volume afin de faire en sorte que la révolution en ­matière de données physiques soit d’une plus grande ampleur que celle de la donnée personnelle que les Gafa maîtrisent aujourd’hui très bien.

 Lors de la conférence annuelle « ­Sigfox Connect» à Singapour, vous avez annoncé le lancement d’un service de réseau privé (PAN). Au départ, vous ne proposiez qu’un réseau global, pourquoi avoir changé de stratégie?

Il ne s’agit pas d’un changement de stratégie mais, plus simplement, de l’évolution de notre offre. Depuis le début de l’aventure, nous avons fait le choix de la prudence : celle du pas à pas. À l’origine, Sigfox était un réseau monodirectionnel, de sorte que nous ne traitions que de la donnée qui partait d’un objet vers le réseau. La réussite de ce projet, notamment en termes de fiabilité, nous a ensuite permis de nous développer vers le bi­directionnel. De fil en aiguille, nous avons intégré à notre offre un service de localisation tout en continuant à améliorer les prix du hardware ainsi que la consommation énergétique de nos produits. Aujourd’hui, le constat est clair, nous arrivons à une solution de réseau global qui couvre parfaitement plus de soixante-cinq pays. Cette prouesse réalisée, certains de nos clients ressentaient le besoin de déployer un réseau privé. Jusque-là, nous ne répondions pas à cette demande, car nous savions que cette offre ne serait qu’un sous-ensemble de l’offre globale. Maintenant que notre réseau global est le plus grand au monde et qu’il fonctionne parfaitement, nous pouvons désormais décliner une partie de cette offre sur des réseaux privés. Le principe est de déployer de manière identique les possibilités du réseau global dans le réseau privé. Nos clients pourront ainsi bénéficier d’objets connectés déjà produits en grande quantité mais sur leur réseau privé. L’avantage de ­Sigfox est de permettre la conception d’objets, qui consomment très peu d’énergie, ce qui présente un intérêt majeur pour les réseaux privés. Si l’offre de réseau privé n’arrive que maintenant, elle s’inscrit dans l’ordre cohérent des choses.

" Notre offre de réseau 0G global couvre parfaitement plus de soixante-cinq pays"

 Vous avez lancé PinPoint, un service de localisation, en partenariat avec Amadeus. Quelles nouvelles fonctionnalités ce partenariat va-t-il permettre ?

Amadeus, est le leader mondial de la réservation de billets d’avion en ligne. Cet acteur du voyage a une connaissance éprouvée du marché des aéroports et des compagnies aériennes. Notre collaboration fait sens car elle mixe la maîtrise technologique et le savoir-faire de ­Sigfox à la connaissance du marché amenée par Amadeus. Nous sommes encore en phase de test de ce service qui devrait être commercialisé d’ici 2020. Concrètement, nous avons mis au point et breveté une solution de petite taille – l’équivalent d’une carte de crédit – et peu coûteuse pour permettre de localiser un objet en temps réel, en l’occurrence une valise. L’avantage, en collectant des informations sur le positionnement exact de son bagage est de créer un sentiment de sécurité. PinPoint présente aussi une avancée pour les compagnies aériennes et les aéroports en leur permettant d’assurer le monitoring des équipements aéroportuaires ou encore la maintenance prédictive des tapis roulants. Cette avancée remarquable leur fera réaliser des économies annuelles majeures, en particulier dans le cadre de la perte de bagages.

Concrètement, comment cette technologie fonctionne-t-elle?

Très simplement. Dès lors qu’un bagage équipé de la technologie Sigfox passe dans une zone clé créée par un objet que l’on nomme la « Sigfox Bubble », c’est-à-dire une zone configurable, entre un mètre et quelques dizaines de mètres, où le badge envoie au réseau Sigfox une notification qui permet à l’utilisateur de localiser instantanément son bagage. Durant le salon « Sigfox Connect », nous avons appliqué le même principe pour localiser toutes les personnes présentes sur le salon. Les participants disposaient d’une application mobile qui leur permettait de localiser instantanément une personne présente sur le site.

"Nous avons mis au point et breveté un réseau 0G peu énergivore et peu coûteux, pour l’envoi de messages de petite taille permettant par exemple de localiser un objet où qu’il se trouve"

Pouvez-vous nous parler de votre partenariat avec Eutelsat, l’un des plus gros opérateurs de satellites?

Cette collaboration avec Eutelsat pour le lancement de nano-satellites nous permettra de créer une constellation baptisée ELO, qui viendra compléter notre réseau au sol. Ce complément proposera une couverture planétaire de tout objet Sigfox localisé sur la planète y compris dans les endroits les plus reculés tels que les déserts ou sur l’océan. Autrement dit, un objet peut émettre un message vers le réseau Sigfox quelle que soit sa localisation. Cela en fait une offre unique. Aucun acteur du marché n’est aujourd’hui en mesure d’offrir cette opportunité. À ce titre, le partenariat que nous lançons avec la société d’équipements nautiques, Plastimo vise au déploiement de gilets de sauvetage équipés de cette technologie de géolocalisation. Cette avancée va révolutionner la sécurité maritime. Le principe est simple, dès qu’une personne tombera à la mer, le gilet enverra un signal avec une position GPS précise. Le signal pourra être capté aussi bien par notre réseau au sol, si la personne se situe à quelques dizaines de kilomètres des côtes, que par le réseau satellite. L’objectif de ce partenariat est d’offrir un accès, à moindre coût, au plus grand nombre tout en gardant un gilet au même format que les gilets de sauvetage déjà existants.

Quels sont les prochains projets de Sigfox ?

L’enjeu de couvrir tous les pays est désormais moins prioritaire puisque, avec notre réseau 0G actuel, une grande partie de la Terre est déjà couverte. L’idée est d’entretenir des relations avec les différents gouvernements afin de continuer à enrichir notre portefeuille de pays. En termes de technique, notre réseau ultra performant répond à tous les défis de l’Internet et de la connexion de données physiques. Le pari pour nous est d’atteindre le milliard d’objets connectés. Pour y parvenir, Sigfox doit se mettre en ordre de marche avec de bons process commerciaux et une organisation qui permette de déployer massivement nos solutions à l’échelle planétaire.

Propos recueillis par Alexandre Lauret

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