Luc Monteil et Pierre Darmet (Cibi) : " Intégrer le vivant à la ville durable est une nécessité "

Œuvrant pour le développement de la biodiversité urbaine et l’intégration du vivant dans le bâti, le Conseil international biodiversité & immobilier (Cibi),  devient un acteur de référence dans le secteur de l’immobilier. Rencontre avec Luc Monteil,  son président et Pierre Darmet, secrétaire général.

Œuvrant pour le développement de la biodiversité urbaine et l’intégration du vivant dans le bâti, le Conseil international biodiversité & immobilier (Cibi), devient un acteur de référence dans le secteur de l’immobilier. Rencontre avec Luc Monteil, son président et Pierre Darmet, secrétaire général.

Décideurs. Le Cibi réunit constructeurs, utilisateurs, écologues, architectes, institutions et collectivités publiques. Comment ce collectif s’est-il formé ? 

Luc Monteil. Le Cibi est né progressivement. À l’origine, l’écologue Olivier Lemoine mûrissait un référentiel technique pour promouvoir la construction durable au sein du cabinet conseil Elan. À l’état de prototype, celui-ci a néanmoins été mis en œuvre rapidement sur des opérations concrètes, notamment pour la rénovation du siège de Bouygues à Guyancourt, celui de Gecina sur le boulevard des Capucines ou encore pour le centre Beaugrenelle. Les acteurs de l’immobilier ont trouvé dans ce référentiel une méthode et des recommandations qui manquaient à la mise en place d’un projet de construction véritablement durable. Olivier Lemoine, père fondateur du Cibi, a embarqué, aux côtés d’Elan et de Bouygues Construction, d’autres acteurs, comme la direction immobilière de Bolloré Logistics, dont je faisais partie, l’entreprise Les jardins de Gally et la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La question s’est rapidement posée de partager ce référentiel ou de le conserver comme une offre privée. Les sept sociétés fondatrices – Elan, Bouygues Construction, Bolloré Logistics, CDC Biodiversité, Gecina, la LPO et Les Jardins de Gally – ont opté pour la création du label BiodiverCity® à partir du référentiel. Fin 2013, la création du Cibi était annoncée à l’occasion du Salon de l'immobilier d'entreprise (Simi).  

Où en sont le label et le collectif aujourd’hui ?

L. M. Aujourd’hui, l’association compte 80 membres, parmi lesquels la Ville de Paris, la Compagnie de Phalsbourg, Altarea Cogedim, Crédit agricole Immobilier, Bouygues Immobilier, Eiffage et bien d’autres. En se rapprochant, fin 2018, de l’association Le Vivant et la Ville créée en 2010, le Cibi a accru la présence de spécialistes du vivant parmi ses membres, pour constituer un regroupement équilibré. Le label BiodiverCity®, qui permet d’accompagner les maîtres d’ouvrage en intégrant la biodiversité, est devenu une référence internationale.  Quarante-six projets ont été labellisés et soixante-dix-autres sont en cours de développement, particulièrement à l’international qui constitue l’un des axes de développement fort du Cibi. Nous avons établi un partenariat en 2018 avec le, le Centre expérimental de recherches et d’études pour l’équipement (Cereeq) qui dépend du ministère sénégalais des infrastructures. Aujourd’hui, le label BiodiverCity® est décliné en trois pôles : BiodiverCity Construction, pour la rénovation et la construction, BiodiverCity Ready, dévolu aux quartiers et à l’aménagement et BiodiverCity Life dédié à la vie du bâtiment.

Peut-on avancer que certaines préoccupations quant au cadre bâti sont plus prégnantes pour les acteurs privés que pour les acteurs publics ? 

Pierre Darmet (*). L’aménagement urbain est à un tournant historique car les acteurs, tant publics que privés, prennent aujourd’hui conscience de la nécessité de reconnecter les habitants des villes à la biodiversité, condition clé de notre sursaut environnemental et de l’acceptation d’une indispensable transition écologique. Les collectivités ont intégré depuis longtemps les questions de biodiversité et de leur côté, les acteurs privés sont en capacité de s’organiser rapidement. L’acte de construire entame un nouveau chapitre de son histoire, car la programmation urbaine n’est plus l’apanage de la collectivité, en témoignent les appels à projets. Dans le même temps, la résilience et la demande sociale imposent de créer de véritables espaces de nature, quelle que soit leur maîtrise d’ouvrage et donc une collaboration public-privé. Cette hybridation est très constructive. Le Cibi intègre aussi la communauté scientifique à l’ensemble de la démarche. Il contribue à la formation des acteurs de la ville au vivant et voit la création de nouveaux métiers s’opérer. Par exemple, de trois assesseurs BiodiverCity en 2014, ce sont aujourd’hui plus de 70 écologues urbains accrédités par l’association.

L’un des enjeux majeurs pour les élections municipales de 2020 est la préoccupation écologique. Allez-vous contribuer au débat ?

P. D. Les Français placent en effet le sujet de la nature en tête de leurs préoccupations. Quatre-vingt-douze pour cent des citoyens estiment qu’il n’y a pas assez de nature en ville (1) et une large majorité place la nature en ville en tête des préoccupations pour les prochaines élections municipales. Au travers des appels à l’action aux professionnels de l’immobilier et aux élus « Pour une #VilleNature ! », avec des tribunes comme celle que nous avons publiée dans Le Monde en juillet dernier (2), le CIBI exprime une vision partagée et souhaite contribuer activement au débat. Intégrer pleinement le vivant à la ville durable est une nécessité mais aussi un défi à portée de main pour l’ensemble des acteurs, permettant de générer de la valeur, tant sociale qu’économique. Les candidats sont appelés à se positionner sur le modèle de la ville et de l’aménagement du territoire de demain… et à ne pas formuler seulement des promesses.

Propos recueillis par Laetitia Sellam

(*) Pierre Darmet, secrétaire fondateur du  Cibi, directeur marketing et innovation des Jardins de Gally

(1) Enquête NewCorp Conseil, 2018

(2) « Le vivant doit être partie intégrante du renouvellement urbain » juillet 2018

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