Liberté… Le Medef écrira ton nom

Fin août, 6 000 personnes se retrouvaient pour les rencontres annuelles du Medef, connues désormais sous le nom de La REF. Le thème choisi par le patronat lors de cette édition 2021 n’était autre que la liberté. Celle-ci passera par une meilleure gestion des comptes publics ou encore de nos émissions de CO2.

Fin août, 6 000 personnes se retrouvaient pour les rencontres annuelles du Medef, connues désormais sous le nom de La REF. Le thème choisi par le patronat lors de cette édition 2021 n’était autre que la liberté. Celle-ci passera par une meilleure gestion des comptes publics ou encore de nos émissions de CO2.

Le 25 août dernier, Geoffroy Roux de Bézieux montait sur la scène de l’hippodrome de Longchamp pour donner le coup d’envoi à l’université d’été du Medef (La REF), une édition placée sous le signe de la liberté. Pour l’ouverture de cette grand-messe annuelle, le président de l’organisation – adepte des entrées en musique – optait pour la reprise d’une chanson de Georges Moustaki par Chimène Badi, Ma Liberté. Le choix de ce texte d’un auteur "engagé toute sa vie à l’extrême gauche pour un rassemblement de patrons : il fallait oser", s’amusait Geoffroy Roux de Bézieux. L’occasion pour lui de marteler que "la liberté n’appartient à aucun camp". Une vérité qu’il est utile de rappeler, selon le "patron des patrons", alors que le passe sanitaire, qui régit une partie de la vie des Français depuis cet été, pousse certains de nos concitoyens à crier à la dictature.

"La liberté n’appartient à aucun camp"

Durant les deux jours de cette rencontre annuelle, 6 000 visiteurs (trois jours et 8 000 visiteurs en comptant les journées dédiées aux entrepreneurs francophones) sont venus écouter dirigeants d’entreprise, écrivains, représentants de l’État et d’associations s’exprimer autour de cette notion de liberté. Laquelle, selon eux, rime avec responsabilité, laïcité, anticipation ou encore souveraineté. Et d’ajouter qu’à l’heure où l’Afghanistan connaît, lui, un retour à des jours très sombres, il serait de bon ton de ne pas oublier que les mots ont un sens et qu’en France la démocratie permet de réfléchir à ce que nous souhaitons faire de cette liberté, du point de vue économique et plus encore. Un thème de débats qui tranche avec les anciennes universités du Medef où le patronat avaient l’habitude de rappeler, à la veille de la présidentielle, ses exigences en matière financière et d’organisation de la vie économique plus généralement. Mais, cette fois, "le moment n’est pas venu de faire la liste de nos revendications".

Changement de paradigme

Un changement de paradigme qui s’explique par plusieurs facteurs. Le plus prégnant ? La crise sanitaire et le rôle joué par le gouvernement français pour en lisser les conséquences, sa capacité à soutenir les entreprises ces derniers mois, avec pour leitmotiv son fameux "quoi qu’il en coûte". Ces mesures n’ont pas échappé au président du Medef et à ses adhérents, le premier ayant chaleureusement remercié Bruno Le Maire devant un parterre de patrons qui n’ont pas compté leurs applaudissements aux ministres quand il s’est agi pour eux de rappeler les actions engagées. Parmi les représentants de l’équipe de Jean Castex : Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, Éric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, ou encore Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la biodiversité, et Alain Griset, ministre des PME.

"Nous ne sommes pas devenus entrepreneurs pour vivre des aides"

Aux remerciements est venu s’ajouter le vœu d’un retour à la normale le plus rapide possible. "Nous avons eu besoin de l’État pendant la pandémie (…) Mais maintenant il est temps que l’État retrouve sa juste place et que le poids des dépenses publiques revienne dans la moyenne européenne", estime Geoffroy Roux de Bézieux. Et d’expliquer : "Nous ne sommes pas devenus entrepreneurs pour vivre des aides." Une requête qui ne concerne bien sûr pas les secteurs encore sinistrés. Message entendu par le locataire de Bercy, qui assurait dans la foulée que le pays est déjà sorti du "quoi qu’il en coûte" et promettait de distiller les aides au cas par cas pour les mois qui viennent. Bruno Le Maire estime que l’économie française retrouvera son niveau d’avant-crise d’ici à fin 2021, et non pas début 2022 comme cela a pu être annoncé.

Nécessaire transition environnementale

Si la nécessité d’une réforme des retraites ou encore celle d’une formation mieux adaptée au marché de l’emploi n’ont pas manqué d’être citées, le président du Medef a souhaité faire de son discours une tribune pour une meilleure prise de conscience des enjeux climatiques. "La transition environnementale est un sujet trop grave pour le laisser devenir un combat idéologique entre les seules mains des politiques, juge-t-il. La vérité c’est que les premiers écologistes, ce sont les entreprises et les entrepreneurs. Ceux qui se sont engagés dans un processus de décarbonation de leur production." Les débats furent nombreux et vifs durant cette REF concernant le rôle des institutions face à ce défi ou plus exactement l’articulation entre leur rôle et celui des entreprises. "L’État définit les ambitions mais ce sont les entreprises qui définissent les solutions", expliquait lors d’une table ronde Agnès Pannier-Runacher. Quand d’autres considèrent que les pouvoirs publics ne peuvent se dédouaner et doivent apporter des réponses.

"Les premiers écologistes, ce sont les entreprises"

Le Medef avance ses propositions : utiliser le nucléaire pour décarboner, innover et prendre en compte l’économie dans son ensemble. Pourtant, "pendant que nous réduisons notre empreinte carbone, pas assez vite certes, d’autres continuent de l’augmenter", dénonce Geoffroy Roux de Bézieux. En dix ans, la France a baissé ses émissions de 10 % quand la Chine les augmentait d’un quart. "Il nous faut rapidement une taxe carbone aux frontières de l’Europe", prône le représentant des patrons. Ce que Bruno Le Maire appelle "mécanisme d’ajustement aux frontières" fait actuellement l’objet de discussions au niveau de l’Union européenne.

Une Europe plus forte

À cela s’ajoute un plan de relance européen tourné vers la transition environnementale. Les premiers décaissements pour la France devraient atteindre plus de 70 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année. Lors de cette REF 2021, l’UE était représentée par le commissaire au marché intérieur Thierry Breton. L’ancien ministre s’est félicité : "L’Europe a cette capacité de réagir quand elle est acculée". Le président du Medef ne dit pas le contraire, lui qui précise que l’Union a "été un atout de taille durant cette crise".

"On n’a pas demandé la permission à nos enfants mais ce sont nos enfants qui vont payer l'addition", souligne Thierry Breton. L’innovation, la transition environnementale, une politique souveraine et une gestion saine des finances des pays seront un gage de liberté pour les années à venir. Pour qu’aux impératifs de remboursement de dette publique ne viennent pas se greffer une dette environnementale impossible à éponger.

Olivia Vignaud

Finance : la vigie Pierre Moscovici

Premier président de la Cour des comptes à participer aux journées d’été du Medef, Pierre Moscovici a profité de cette occasion pour faire passer un message. Oui, les pouvoirs publics français ont eu la bonne réaction face à la crise en protégeant l’économie "quoi qu’il en coûte" mais le taux d’endettement de l’Hexagone va être un véritable sujet dans les mois à venir. Le pays a manqué d’anticipation : les crises sont régulières et les efforts en matière de finances publiques doivent être constants pour être prêts à relever les défis. "La difficulté c’est que nous partions d’une situation financière plus dégradée que certains pays européens", rappelle l’ancien ministre et ex-commissaire européen. C’est pourquoi la France, dont la dette atteignait à fin mars 118,2 % du PIB, ne peut plus faire l’économie d’une meilleure gestion de ses dépenses. "La façon qu’auront les pays de répondre à l’endettement public fera partie des critères qui différencieront les États européens au moment où l’on sortira de la crise."

Comment y parvenir ? Par une hausse des impôts ? La France fait déjà figure de championne des prélèvements obligatoires. Par un coup d’arrêt sur les investissements ? Sûrement pas ! Celui-ci viendrait enrayer la compétitivité française à l’heure où elle a justement besoin d’un coup de boost. La réponse proposée par le haut fonctionnaire : réformer, réformer et réformer. Et ce, dès 2023. Parmi les changements nécessaires aux yeux du président de la Cour des comptes, la fameuse réforme des retraites. Il conclut : "Quand on est endetté, on n’est pas libre." Apportant ainsi, et lui aussi, sa pierre sur le thème de réflexion choisi cette année pour La REF.

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