Porté par des opérations d’envergure au cours de ces derniers mois, le capital-risque français est entré dans une nouvelle dimension. Jean-David Chamboredon, président d’ISAI  et co-président de France Digitale, revient sur les raisons de ce succès et ce qui reste à améliorer.

Décideurs. Comment se porte le marché français du capital-risque ?

Jean-David Chamboredon. Bien. Les start-up françaises ont levé trois fois plus d’argent qu’il y a cinq ans. En termes de volume d’opérations, nous occupons pour la première fois la première place devant le Royaume Uni. Bien que nous manquions encore de business angel comparé à l’Allemagne, le besoin des entreprises en « early stage » est assez bien couvert. En « late stage » en revanche, nous avons encore des efforts à faire pour rivaliser en termes de montants levés avec l’Europe du Nord. Les premières années des start-up sont dorénavant relativement faciles. Les subventions, financements et assistances diverses sont disponibles pour donner sa chance au produit. Après, il faut savoir réussir en haute mer au milieu des paquebots et des requins…

 

Comment expliquez-vous ce renouveau ?

Il y a trois raisons principales. La première est à mes yeux l’action de BPIFrance. En soutenant les acteurs privés dans leurs investissements, l’institution a joué un rôle de « booster ». La deuxième raison est que l’on a assisté à l’arrivée d’investisseurs internationaux. L’IPO réussie de Critéo fin 2013 est un évènement important. Elle a montré aux investisseurs anglo-saxons que nous étions capables de réussir. Et les succès plus récents de Blablacar ou Talend confirment cette tendance. Enfin, les grands groupes ont fait leur retour en s’intéressant à nouveau aux start-up innovantes.

 

Quel sera l’impact du Brexit sur le capital-risque français ?

Difficile à prédire. C’est à la fois une menace et une opportunité. Jusqu’à maintenant, les grands fonds pan-européens opéraient depuis Londres pour réaliser leurs investissements sur le Continent. Vont-ils délaisser ce marché ou continuer comme avant? Un capital-risque d’Europe Continentale reste de toute façon à construire et cela va prendre du temps…

 

« Nous devons soigner notre image »

 

Que faut-il faire pour les inciter à venir s’implanter en France ?

Nous devons soigner notre image. L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir joue déjà en notre faveur. La réforme du travail qu’il compte mettre en place est très bien perçue à l’étranger. Mais il faut encore aller plus loin. Au cours des premières années d’un CDI, il est un vingt fois plus coûteux de licencier en France qu’en Angleterre. C’est pourquoi, avec France Digitale, nous proposons que les start-up puissent expérimenter des réformes du travail. Par exemple, nous pourrions tester une période de préavis réciproque de seulement un mois pour voir quel serait l’impact en terme de fluidité et de création d’emplois.

Quelles mesures préconisez-vous pour développer le capital-risque en France ?

Les fonds doivent être moins dépendants de BPIFrance. Pour cela, il faut réussir à mobiliser l’épargne longue. Si les gérants sont plus ouverts à notre classe d’actif, il y a encore beaucoup à faire. Nous fondons beaucoup d’espoir sur Emmanuel Macron. Lorsqu’il était ministre de l’Economie, il avait fait part de sa volonté de favoriserer la mobilisation de l’épargne au service de l’économie réelle. Malheureusement, il n’avait pas pu aller jusqu’au bout car cela bloquait au niveau fiscal. Il a désormais toutes les cartes en main pour passer à l’action…

 

Le marché français peut-il un jour rivaliser avec le capital-risque américain ?

Je pense qu’il est plus pertinent de raisonner en termes de « cluster » et non de pays. Si San Francisco restera loin devant, Paris peut très bien dépasser Londres ou New-York. Nous avons tous les atouts pour y arriver. Peu de gens le savent mais nous avons des arguments de taille en matière de R&D. Grâce aux dispositifs d’aide à l’innovation, un ingénieur coûte deux fois et demie plus cher aux États-Unis qu’en France.

 

Propos recueillis par Vincent Paes

 

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