Les révolutions du financement : dette, working capital

Dans le cadre du Sommet des Leaders de la Finance, une table ronde réunissant différents acteurs du financement, corporates ou prestataires, dresse l’état du marché du financement dans un environnement de taux bas.
Dans le cadre du Sommet des Leaders de la Finance, une table ronde réunissant différents acteurs du financement, corporates ou prestataires, dresse l’état du marché du financement dans un environnement de taux bas.

Dans le cadre du Sommet des Leaders de la Finance, une table ronde réunissant différents acteurs du financement, corporates ou prestataires, dresse l’état du marché du financement dans un environnement de taux bas.

Ces dernières années, de nombreuses solutions ont éclos en matière de financement. Depuis la crise de 2008, les entreprises sont poussées vers l’Eurobond, voire l’Euro PP. Plus récemment, la Banque de France a apporté des liquidités pour les entreprises, qu’elles soient notées ou non. « Le côté positif de la crise financière est que les supports fleurissent », résume Jean-Philippe Carrascosa, directeur pilotage corporate et financements chez Icade. Le directeur financier doit se poser des questions et adapter ses choix en conséquence. Et ce, d’autant plus qu’on assiste à une internationalisation des sources, à l’instar du Schuldschein allemand.

Financer son BFR, une priorité

Les directions financières prennent la mesure du poids de la gestion de trésorerie dans la faillite. L’optimisation du besoin en fonds de roulement est donc un travail quotidien et la banque permet de lisser les impacts des délais de paiement. « L’affacturage sauve des entreprises de plus petite taille », avance Jean-Philippe Carrascosa.

Le marché du working capital affiche une croissance toujours très forte – à deux chiffres – qui vient des entreprises qui sont prêtes à payer plus cher que leur financement ; certaines cherchant même un BFR négatif. Le besoin de financement des fournisseurs a également un impact sur les délais de paiement, qui deviennent un outil commercial pour démarcher leurs clients. Jérôme Mazière, responsable mondial titrisation corporate chez Cacib ajoute : « Les entreprises passent d’un modèle de vente de biens à celui de vente de services, ce qui augmente le BFR. Elles sont essentiellement drivées par le prix. »

Le placement de trésorerie de plus en plus complexe

Alors qu’auparavant, seule la trésorerie des grands corporates était complexe, c’est aujourd’hui aussi le cas pour les ETI. Avec une tendance de fond : la recherche de rendement. Dans le passé, les groupes faisaient appel à des OPCVM monétaires, qui apportaient liquidité et rémunération, mais sur le court terme, ce type de placement apporte désormais une rentabilité négative. « Aujourd’hui, ils privilégient les comptes courants rémunérés et les comptes à terme », précise David Guyot, cofondateur de Pandat. « La banque a besoin de cette trésorerie pour équilibrer son bilan. Il est sain et naturel de déposer. Les comptes à terme en développement durable par exemple, apportent un sens. »

Les green bonds séduisent toujours

D’ailleurs, les entreprises manifestent un réel engouement pour les green bonds. Celles-ci approchent les banques avec des propositions innovantes, dans une démarche constructive qui dépasse la simple volonté économique. Jean-Philippe Carrascosa s’en félicite : « Les financiers font quelque chose qui a du sens. » Les investisseurs demandant de la transparence sur les investissements et le financement est aujourd’hui fléché vers les placements. Il n’y a pourtant pas de gains à attendre de la finance verte. Les investisseurs sont légèrement plus nombreux, mais le green ne justifie pas un écart énorme – 2 500 points de base.

Se préparer à la hausse des taux

Le cycle long de taux bas actuel a incité les entreprises à allonger la durée de leurs emprunts, et à privilégier les taux fixes, à 50 % de leur endettement. « La hausse des taux entraîne une inertie, qui ne se verra pas tout de suite », analyse Emmanuel Rapin, directeur trésorerie, financement, assurances chez Lagardère.

Pour ne pas subir cette hausse, deux approches sont privilégiées. La première est stratégique, avec des emprunteurs préparés. La seconde managériale, car les équipes jeunes ont évolué exclusivement dans un environnement de taux bas et ne connaissent pas les OPCVM ou la variation de taux d’intérêt.

Les experts financiers conseillent alors d’aller chercher du long terme, de diversifier les sources de financement et de conserver la culture du cash. « Pour survivre après la période idyllique d’aujourd’hui, il faudra revenir aux basiques », conclut Jean-Philippe Carrascosa, « et appréhender la gestion des risques de taux, de change, de contrepartie. »

Anne-Gabrielle Mangeret

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