Les mesures de soutien ne compenseront pas totalement l’impact de la crise

Les mesures de soutien ne compenseront pas totalement l’impact de la crise

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Moody’s estime positifs les plans déroulés par les gouvernements européens pour soutenir leur économie. Toutefois, les pays n’échapperont pas complètement à la tempête, selon l’agence de notation qui compare les mesures prises en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni.

Les agences de notation surveillent et notent la santé financière des pays ainsi que celle des entreprises tout au long de l’année. Bien placées pour évaluer l’impact du Coronavirus sur les différents pans de l’économie, elles publient ces derniers jours un certain nombre de notes sur le sujet. Mardi 7 avril, c’est au tour de Moody’s de faire le point sur les mesures de soutien prises par la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Pays qui ont annoncé des plans de sauvetage représentant environ 2,5 % de leur PIB 2019. « Si les politiques de soutien des gouvernements aideront les ménages et les entreprises, l’efficacité de ces mesures reste incertaine et elles ne compenseront pas les dommages économiques engendrés par la lutte contre la pandémie », estime Colin Ellis, managing director - Credit strategy chez Moody’s.

Différentes mesures, différents impacts

Les États mettent en place des prêts bancaires garantis pour préserver la trésorerie des entreprises et éviter des licenciements massifs. L’agence de notation considère que leur impact dépendra des prêteurs.  « Il est difficile de dire dans quelle mesure les banques vont utiliser ces garanties pour accorder de nouveaux crédits puisque les banques restent réticentes à prêter aux emprunteurs les plus à risque », précise la note.

Les mesures fiscales et réglementaires, quant à elles, constituent une aide non négligeable pour le secteur privé. Mais elles pourraient avoir un impact négatif sur la qualité des actifs détenus par les banques. C’est le cas des moratoires sur les remboursements de crédits, même si, à court terme, ceux-ci permettent d’éviter aux entreprises une insolvabilité pure et simple qui pèserait sur les établissements financiers.

Les mesures de soutien direct aux ménages ne compenseront que partiellement la détérioration de l’environnement opérationnel des entreprises qui subissent une forte baisse de la demande des consommateurs. Les citoyens bénéficient de congés maladie rémunérés ou de suspension de paiement de crédit qui favorisent conjointement la consommation. « Toutefois, les mesures annoncées jusqu'à présent ne seront pas suffisantes pour compenser une baisse marquée des revenus et des dépenses dans le contexte actuel (…). Dans l’hypothèse où les entreprises licencieraient des employés, plutôt que de les mettre en congé, l'impact économique sera probablement plus profond et plus long », ajoutent les auteurs de la note.

Les mesures de politiques monétaires peuvent, quant à elles, limiter la hausse des rendements et fournissent des liquidités. Un effet très important pour éviter que la dette ne devienne un fardeau supplémentaire. Toutefois, là encore, si les taux bas sont une bonne chose pour les emprunteurs, ce n’est pas le cas pour les banques qui voient leurs marges se réduire.

Bonne nouvelle en revanche pour les bilans souverains. Les mesures ne devraient pas peser négativement sur les notes des pays. Pour mémoire, la France est notée Aa2 (stable), l’Allemagne Aaa (stable), le Royaume-Uni Aa2 (négatif), l’Italie Baa3 (stable) et l’Espagne Baa1 (stable). « Les emprunts d’État augmenteront afin de financer à la fois les mesures directes de lutte contre la pandémie et les mesures de soutien financier pour les ménages et les entreprises. Néanmoins, nous prévoyons que la pandémie sera relativement courte, la croissance mondiale reprenant au second semestre 2020, rendant la détérioration des déficits temporaire. » Une estimation qui serait presque un soulagement à l’heure où les projections vers un retour à la normale semblent hasardeuses et rarement optimistes.

Olivia Vignaud

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