Les legaltech en marche

En pleine mutation, le marché du droit voit de nouveaux acteurs s’implanter et bouleverser les pratiques traditionnelles. Avec un mot d’ordre : mettre la technologie au service de ses acteurs. Rencontre avec les nouvelles start-up du droit au Legal Tech Show, qui se déroulait le 9 novembre lors des Trophées du droit.
Le Legal Tech Show : un moyen de sonder le public, le marché, et de se confronter aux autres acteurs le temps d’une journée.

En pleine mutation, le marché du droit voit de nouveaux acteurs s’implanter et bouleverser les pratiques traditionnelles. Avec un mot d’ordre : mettre la technologie au service de ses acteurs. Rencontre avec les nouvelles start-up du droit au Legal Tech Show, qui se déroulait le 9 novembre lors des Trophées du droit.

Le Pavillon d’Armenonville, désert quelques heures plus tôt, grouille désormais de monde. Il est 14 heures, les legaltech sont en place, prêtes à faire découvrir aux directeurs juridiques, avocats et juristes les outils destinés à relever un défi de taille : améliorer les pratiques et les services du droit. S’ils ne sont pas les premiers à franchir le pas technologique certains professionnels du monde juridique s’y risquent dorénavant. C’est le cas de Vincent Durand, un avocat qui a lancé Visio Avocats, un service de prise de consultations juridiques en visioconférence. Ou encore celui de Gérald Sadde, avocat et fondateur de Legal Pilot, qui accompagne les start-up dans leurs démarches juridiques. Ingénieurs, businessmen… les frontières tombent, les acteurs du droit s’associent à d’autres corps de métier afin de proposer des prestations complètes et qualifiées. Une transformation qui se remarque presque de visu. Dans la salle, où le costume-cravate est toujours de mise, apparaissent quelques tenues plus décontractées. Du côté des stands, des slogans accrocheurs, des logos dernier cri et des couleurs vives émergent. Impossible de ne pas remarquer le changement.

Frilosité

« Automatisez », « gagnez du temps », « réalisez ». Sur les brochures et les panneaux fleurissent également des termes qui promettent à l’avocat de rentabiliser son temps et sa charge de travail. Un paramètre commercial qui répond aux exigences d’une génération de professionnels évoluant au même rythme que la société du numérique. Avec, souvent, une exigence de rapidité et un souci du moindre coût. Un pari tenté par Clément Jaton, counsel et chef de projet d’eJust, un service d’arbitrage en ligne. Parti du constat que la justice est souvent considérée comme longue et coûteuse, il souhaite « accélérer le processus sur des litiges à moins de mille euros ». Et par là, démocratiser l’accès à la justice.

Pari tenté, mais est-il réussi ? Pour l’instant, « beaucoup restent frileux » confie Clément Jaton. Dans ce contexte encore hésitant, le Legal Tech Show s’avère un moyen de sonder le public, le marché, et de se confronter aux autres acteurs le temps d’une journée. « Ici, nous pouvons conforter notre position sur le marché de l’intégration technologique dans le milieu juridique », explique Dan Kohn, directeur de la prospective chez Secib, logiciel de solutions pour avocats. Si les legaltech sont en mesure de proposer des solutions, c’est aussi grâce à l’exploitation de nouveaux systèmes technologiques, encore peu connus du marché. Direction le premier étage, où des spécialistes éclairent le public dans un cycle de conférences.

 

Acteurs de l’innovation

Blockchain, intelligence artificielle, contract management… Autant de termes qui peinent encore à trouver leur place au sein du milieu juridique. Bien éloignée du lexique traditionnel du droit, la blockchain permet, par exemple, de protéger une création intellectuelle (technique de fabrication de bijoux, recette culinaire, etc.). Gwendoline Cattier, directrice générale chez Ladurée et intervenante lors de la conférence sur la blockchain, précise d’ailleurs que cette dernière « garantit une première preuve transparente de l’existence d’un savoir-faire incorporel, à partir d’une date précise ». Chez les speakers de la conférence « Intelligence artificielle et legaltech », la prudence est de mise. Ce qu’ils préfèrent appeler le machine learning constitue selon eux un véritable moteur de recherche, pouvant notamment détecter le sens juridique de certains termes ou encore comparer des conclusions d’avocats. Pourtant, ils en tempèrent l’utilisation. L’outil ne doit pas remplacer le but poursuivi : être conseil. En pleine découverte de ces nouveaux systèmes, le droit arrivera-t-il à intégrer la technologie dans ses pratiques quotidiennes ? Micro à la main le temps d’une conclusion, Gwendoline Cattier veut y croire : « Aujourd’hui, les professionnels du droit ont un véritable rôle à jouer dans l’innovation. » Encourageant.

« Aujourd’hui, les professionnels du droit ont un véritable rôle à jouer dans l’innovation. »

A la rencontre de quelques legaltech 

• Blue Umbrella au service de la compliance

Grâce à un système de centralisation de données sur une plate-forme en ligne, «Blue Umbrella permet aux entreprises d'accéder rapidement à des informations sur des tiers», explique Peter Mardon, directeur du développement commercial. Cet outil leur permet de gagner du temps et de s’assurer qu’une entité est bien conforme aux exigences légales ou réglementaires. Créée en 2009 à Hongkong, l’entreprise compte 250 employés et s’est implantée mondialement.

• Le droit « ouvert » d’Openlaw

Créé en 2014 «sous l’influence du Paris Open Source Summit», Openlaw accompagne les pratiques juridiques de ses clients via sa plate-forme en ligne qui permet de bâtir des ressources communes (bases de données, cahier des charges, etc.). Le but de cette structure associative, est d’«accompagner l'adoption du numérique par la filière du droit, mais également de rendre le droit accessible», explique Benjamin Jean, président et fondateur de l’association. Openlaw espère bientôt utiliser le machine learning pour interpréter la jurisprudence.

Secib, le logiciel pour avocats

Sécurité, externalisation, dictée, business développement… avec son logiciel, Secib poursuit un objectif précis, celui d’améliorer la performance des cabinets en leur proposant des solutions technologiques libératrices des contraintes quotidiennes. «Nous avons pour vocation d’améliorer l’organisation et la performance des cabinets», confie Dan Kohn, directeur de la prospective. L’entreprise, implantée en France et en Belgique, a déjà équipé 3 000 cabinets d’avocats de son logiciel.

Marine Calvo et Mathilde Pujol

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