Les francs-tireurs de la résilience

Pour résister à la crise, les entreprises montrent des trésors d’agilité. Ayant senti le vent tourner, certaines ont joué les fourmis qui préparent l’hiver quand d’autres investissent dans de nouvelles activités. Retour sur des réussites qui font figure de cas d’école.

Pour résister à la crise, les entreprises montrent des trésors d’agilité. Ayant senti le vent tourner, certaines ont joué les fourmis qui préparent l’hiver quand d’autres investissent dans de nouvelles activités. Retour sur des réussites qui font figure de cas d’école.

Depuis plus d’un an, l’économie mondiale connaît une crise sanitaire aux ramifications financières sans précédent. En 2020, le PIB français enregistrait une baisse de 8,3 %. Une chute spectaculaire pourtant moins forte que ce qu’anticipait le gouvernement qui tablait sur une érosion de la croissance du pays de l’ordre de 11 %. Prêts garantis, chômage partiel, aides directes… L’État a multiplié les mesures pour limiter les dégâts. Ces dispositifs, toujours d’actualité pour nombre d’entre eux, sont suivis d’un plan de relance de 100 milliards d’euros. Les efforts ne sont pas vains puisque, l’an dernier, les défaillances d’entreprises étaient en recul. Mais, rappelle la Banque de France dans une étude publiée en avril, "cette baisse n’indique pas une réduction du nombre d’entreprises en difficulté". Tous les secteurs n’ont pas été touchés de la même manière. Ceux liés au numérique, à la grande distribution, à l’électronique ou encore à la santé, s’en sont globalement bien sortis, leur activité étant corrélée à des besoins essentiels ou à des domaines compatibles avec le télétravail, quand ils ne facilitent pas celui-ci. D’autres secteurs, en revanche, comme le transport, la mode ou le pétrole, subissent de plein fouet le coup d’arrêt de l’économie. Pourtant, dans ce marasme, des entreprises ont fait preuve d’une résilience et d’une agilité sans précédent

Les dirigeants innovent

C’est justement à ces sociétés que Décideurs Magazine s’est intéressé dans le dossier de mai. Plus précisément à celles qui n’ont pas attendu des jours meilleurs pour prendre des décisions structurantes. Selon une étude publiée en novembre par Bpifrance Le Lab, 65 % des dirigeants de PME-ETI françaises interrogés sur leur réaction face à la crise disent avoir "été saisis par un besoin d’agir tout de suite" et 83 % ont souhaité accélérer le développement d’innovations nées avant la crise. Des entreprises de toutes tailles ont montré une vraie capacité de résistance et il est possible de dégager quelques grandes tendances : celles qui ont prêté main forte à la lutte contre la Covid-19 tout en retirant des bénéfices, celles qui ont lancé de nouveaux marchés et celles qui se sont montrées prévoyantes. Du côté des premières, plusieurs groupes français ont adapté leurs outils à la fabrication de gel hydroalcoolique ou de masques.

65% des dirigeants interrogés disent avoir avoir été "saisis du besoin d'agir tout de suite

C’est le cas de Chargeurs, qui a ouvert une ligne de production de masques en un temps record pour, un an plus tard, développer le créneau et enregistrer une croissance organique en hausse de 27,5 %. Autre exemple : celui de Solutech Industries dont 60 % du chiffre d’affaires dépendait du secteur aéronautique. Cette PME du Tarn industrialisait à la mi-2020 un système pour ouvrir les portes avec le coude, de manière à assurer la protection sanitaire des usagers. Ce développement lui a permis de se faire connaître de nouveaux clients et du grand public. Un gain de notoriété qui l’a convaincue de mener à bien les projets qu’elle avait dans les tuyaux. Pour ce faire, elle candidate au plan France Relance, obtient une subvention et commence à se développer davantage dans un domaine auquel elle touchait déjà : la défense. La diversification est un élément clé. Certains groupes sont allés jusqu’à lancer des activités en partant presque de zéro pour rebondir. C’est le cas de BBL Groupe qui, certes, exerçait déjà dans le domaine du transport routier, mais a mis sur pied très rapidement deux nouvelles activités : l’une dans le transport domestique français alors qu’il n’effectuait que des voyages internationaux, l’autre dans le déménagement d’usines. En parallèle, l’entreprise qui vise 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici à deux ans, poursuit sa politique de croissance externe. En mars, elle dévoilait sa vingt-quatrième opération pour s’étendre cette fois au Portugal.

Prudence est mère de sureté

Pour d’autres entreprises, l’adage "prudence est mère de sûreté" est devenu un véritable mantra. GYS, spécialiste des équipements de soudage, de carrosserie et de chargeurs de batteries, en est un exemple. Alors que l’épidémie commence à faire parler d’elle, son patron, Bruno Bouygues, décide de réagir avant la fermeture des frontières. En deux jours, il achète l’équivalent de huit mois de stocks. En misant sur les pénuries post-confinement, le dirigeant a eu du nez et a pu livrer rapidement sur tout le continent lors du rebond du marché à l’été dernier. La Distillerie des Moisans a fait preuve de sagesse d’une autre manière. L’entreprise familiale charentaise, dont les vignes sont à 100 % dédiées au cognac, se lançait dès 2018-2019 dans un processus de diversification afin de compenser les risques de retournement de cycle liés à son activité principale. Sa stratégie : profiter de ses réseaux et de ceux d’autres spécialistes de vins et viticulteurs pour mieux vendre ses bouteilles et proposer celles des autres. Pari gagnant puisque, depuis deux ans, son chiffre d’affaires atteint des niveaux records (27,7 millions d’euros pour 2020).

"Aujourd'hui, je forme les collaborateurs pour me préparer à la crise suivante"

Faire ressortir le collectif

Les entreprises qui ont fait preuve de résilience et se sont montrées agiles ont des patrons qui sont de véritables capitaines dotés d’une vision et d’une capacité de réaction évidentes. Leurs équipes se sont également montrées solides. Le groupe de BTP NGE, qui a réussi le tour de force d’accroître sa marge d’Ebitda et de voir sa dette reculer l’an dernier, a notamment pu compter sur l’élan de solidarité de ses salariés, que ce soit pour faire des concessions ou se mobiliser sur les chantiers d’urgence. "Certaines économies se sont générées mécaniquement, notamment par la réduction des frais généraux. D’autres sont le résultat d’un climat social exemplaire", commente son directeur général Jean Bernardet. Maxime Valax, le dirigeant de Solutech Industries, ne dit pas autre chose quand il explique avoir réussi à déployer le système d’ouverture de portes en quelques mois. Là encore cette réussite est collective et n’aurait pu être menée à bien sans une implication notable des employés. Les patrons qui ont vu passer des crises le savent : "Le meilleur moyen de les affronter, c’est d’avoir des collaborateurs formés en continu et de se montrer agile, martèle Patrick Collet, DG de Tronico, spécialiste des cartes à puces. Aujourd’hui, je forme les gens pour me préparer à la crise suivante." Même si celle-ci n’éclatera certainement pas là où l’on l’attend, rien ne vaut d’être paré à toute éventualité.

Olivia Vignaud

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retrouvez l'intégralité du dossier Agilité et résilience : ils performent malgré la crise

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