Quatre dispositifs non bancaires pour sauver son entreprise

Alors que la fermeture des commerces dits non essentiels et le ralentissement de l’activité économique se ressentent dans les bilans financiers, la trésorerie des sociétés est lourdement mise à mal. Si les différentes mesures mises en place par Bercy viennent soutenir les établissements en difficulté, certains d’entre eux se tournent vers des mécanismes non traditionnels pour se financer et sauver leur entreprise.

© Panchenko Vladimir

Alors que la fermeture des commerces dits non essentiels et le ralentissement de l’activité économique se ressentent dans les bilans financiers, la trésorerie des sociétés est lourdement mise à mal. Si les différentes mesures mises en place par Bercy viennent soutenir les établissements en difficulté, certains d’entre eux se tournent vers des mécanismes non traditionnels pour se financer et sauver leur entreprise.

La crise sanitaire et les confinements à répétition ont entraîné de lourdes conséquences économiques. Pour aider les entreprises à surmonter ces diffi cultés, de nombreuses solutions existent. Toutes n’ont pas vocation à être bancaires. C’est notamment le cas du fi nancement participatif, plus communément appelé crowdfunding, mai aussi du dispositif "Signaux Faibles", des logiciels de recouvrement de créances ou encore de l’affacturage en ligne. Ces quatre dispositifs, non bancaires, utilisés pour prévenir ou pour faire face au manque de trésorerie, peuvent contribuer à soulager le poids des échéances à venir et permettre d’envisager l’avenir plus sereinement.

Le crowdfunding : outil de relance ? 

Malgré la situation sanitaire actuelle, le crowdfunding a toujours la cote. Mieux connu comme le financement participatif, celui-ci consiste à soumettre un projet sur une plateforme dédiée pour récolter des financements, avec ou sans contrepartie monétaire. Ce mode de financement est accessible aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers. Si certaines de ces plateformes étaient à l’arrêt au cours du premier confinement, elles ont tout de suite recommencé à fonctionner dès la reprise de l’activité. D’après l’enquête de Financement Participatif France, celles-ci ont connu, au premier semestre 2020, une croissance de 34 % des volumes collectés en crowdfunding auprès de 52 plateformes, par rapport à ceux de 2019, représentant 320 374 570 euros. 

Pourtant, se pose la question de la pertinence du financement participatif comme instrument de la relance. Utilisé surtout par les moyennes et petites structures, il permet de ne pas passer par le schéma traditionnel des banques. Ses vertus ont même convaincu le système bancaire, qui commence à l’employer pour élargir ses offres et produits. Malgré cette crise, celle-ci aura contribué à accentuer la mobilisation des citoyens français. Face à un sentiment d’impuissance possible, les solidarités se sont multipliées dans différents secteurs d’activité dont les moyennes et petites entreprises françaises. Les citoyens souhaitent de plus en plus contribuer à l’économie française, et locale. Prêts à participer aux investissements des sociétés françaises, celles produisant sur le sol national, notamment à travers ces plateformes de crowdfunding. Et ce grâce à leur épargne, qui a explosé ces derniers mois. Une manne pour les entreprises, qui peuvent d’autant plus bénéficier de ces moyens de financement pour leurs besoins de trésorerie. 

Outre le crowdfunding, s’ajoute le crowdlending, une solution efficace de se financer, même si ce moyen a baissé en intensité ces derniers mois. La démarche est la même mais cette fois-ci, sous la forme d’un prêt que la société qui en bénéficie devra bien entendu rembourser. Les plateformes de prêts sont là pour mettre en relation TPE et PME avec des investisseurs. Plus rapide et agile qu’une banque, elles sont un outil précieux pour booster sa trésorerie. Mieux, elles ne nécessitent parfois, ni caution personnelle ni assurance, et le processus est assez simple à mettre en place. 

"Signaux faibles" : l’outil gouvernemental

L’État n’est pas en reste. Plutôt que de proposer un instrument de financement en cas de difficultés, il préfère les prévenir. "Signaux faibles" est un dispositif développé par Etalab, une start-up d’État, qui par le biais d’un portail de données permet d’anticiper les difficultés que peuvent rencontrer les sociétés en leur proposant différentes solutions pour accompagner la reprise d’activité. Déployé le 3 avril 2019, il fait suite à un premier modèle développé par la DGFIP (direction générale des Finances publiques) destiné initialement à prévenir des procédures collectives. Désormais, à travers une plateforme numérique collaborative, les partenaires peuvent partager diverses informations et résultats de manière sécurisée et confidentielle. Parmi ces partenaires sont présents des acteurs publics tels que Bpifrance Altares, Diane, la CCI, les tribunaux de commerce… L’instrument digital, grâce à l’intelligence artificielle, regroupe leurs différentes données pour détecter et signaler toute difficulté actuelle ou à venir de l’entreprise. Ainsi, il prévient les défaillances. Une fois ces données prises en compte, elles vont permettre à l’algorithme de définir quelles seront les tendances futures, prévoyant les potentielles chutes d’activité et l’impact sur la trésorerie de la société en question. Un profil de risque d’ici à dix-huit mois a été conçu. S’il y a menace, plusieurs solutions sont proposées, toutes analysées de manière personnalisée. 

Ainsi, les structures, qui auront été considérées en difficulté, se verront proposer des solutions de la part des CRP (commissaires aux restructurations et à la prévention des difficultés des entreprises), des chargés de mission de la Direccte, de la Banque de France ou encore de l’URSSAF. La société pourra alors anticiper les décisions à prendre et les acteurs du retournement prévoir toutes les modalités d’une potentielle restructuration à venir. 

Les logiciels de recouvrement de créances

Autre outil préventif, les différents logiciels de recouvrement de créances. Ils permettent à la fois de préserver la relation clients, de diminuer le risque d’impayés et d’améliorer la gestion des encours, tout en gagnant du temps et en automatisant un maximum de tâches. En effet, en favorisant le suivi en temps réel de la totalité des sommes dues au moyen de relances automatisées en amont de l’échéance des factures, ils permettent aux clients d’anticiper, ou encore de partager les informations aux services de l’entreprise pour faciliter la vérification de la trésorerie et recouvrir le poste clients. L’entreprise maîtrise alors non seulement la communication avec eux mais également l’organisation qu’elle souhaite avoir. Ici, le coût est celui de la licence, donc un coût fixe, qui peut être mensualisé.

L’affacturage en ligne

Enfin, autre recours possible, l’affacturage. Classique, il propose une solution pour faciliter la gestion courante des comptes clients des organisations, grâce au recouvrement de créances et en octroyant un financement anticipé. Ainsi, l’affactureur devient un sous-traitant en charge de cette gestion. Dernièrement, pour relancer la croissance à travers les chaînes d’exploitation et de production des sociétés, le gouvernement a mis en place une mesure inédite qui permet avec un simple bon de commande, de demander le paiement auprès des factors. Ce qui permet de ne plus attendre la livraison ou l’émission des factures correspondantes. D’après les co-fondateurs de FinexKap, Arthur de Catheu et Cédric Teissier, "quand les entreprises ont besoin de continuer d’opérer dans des conditions incertaines, cette mesure est une très bonne chose pour l’économie". Cependant, cette mesure n’est applicable que par les établissements de crédits et ce, jusqu’au 30 juin 2021. Alors qu’en France, l’affacturage ne représente que "40 000 entreprises, il n’y a que 30 000 TPE et PME qui ont recours à de l’affacturage traditionnel avec les banques", ajoutent les deux dirigeants.

À qui s’adressent les 10 000 autres ? Les plateformes d’affacturage en ligne, telles Finexkap, s’en chargent. Nul besoin d’être en lien avec un établissement de crédit pour accélérer et réduire les délais entre les flux de trésorerie. Des interfaces informatiques offrent aux fournisseurs d’être payés plus rapidement et, pour certaines, à des acheteurs professionnels de financer leurs achats avec des délais de paiement supplémentaires. Ainsi, les sociétés peuvent soutenir leur BFR pour leur croissance mais aussi pour financer une baisse d’activité. 

Les principales différences avec les établissements de crédit portent sur la simplicité de mise en œuvre de l’affacturage en ligne, alliant la rapidité à la fois de la décision et de l’exécution ainsi qu’une totale transparence en termes de prix. En effet, "dans les solutions traditionnelles, il existe un tarif et des frais additionnels qui se cumulent à la fin de l’année", constatent les co-fondateurs de l’un des principaux acteurs en Europe du financement non bancaire de sociétés. Cette solution est d’autant plus utile, que de nombreux partenaires sont prêts à y participer. Ce qui les amène à faire le constat suivant : "Nous avons des entreprises qui détiennent un excès de trésorerie dans notre fonds, alors même que nous nous rendons compte qu’il y a quand même 25 % des défaillances de sociétés qui sont liées à des retards de paiements interentreprises. Il y a un illogisme que nous essayons de corriger, à notre niveau". Ainsi, pour résoudre les soucis de trésorerie en tant de crise ou pour prévenir certaines difficultés, de nombreuses solutions efficaces et simples à mettre en œuvre existent en dehors du système bancaire.

Agathe Giraud

Vous avez apprécié cet article ? Likez Magazine Décideurs sur Facebook !

retrouvez l'intégralité du dossier Stratégie, réorganisation & restructuring 2020

Retrouvez notre dossier issu du guide-annuaire Stratégie, réorganisation & restructuring 2020
Sommaire
F. Johner (Aldi) : "Nous assumons notre modèle de discounter et cherchons à le réinventer chaque jour"

F. Johner (Aldi) : "Nous assumons notre modèle de discounter et cherchons à le réinventer chaque jou...

Le secteur de la distribution connaît de grands remaniements. Le directeur général adjoint d’Aldi France, Franck Johner, revient sur la reprise de plu...

Plan Marshall et cantonnement de la dette : les propositions de François Bayrou

Plan Marshall et cantonnement de la dette : les propositions de François Bayrou

Le haut-commissaire au Plan a dévoilé plusieurs pistes pour faire de la crise sanitaire un levier de croissance pour l’économie tricolore.

F.G. Vaissier (White & Case) : "L’année 2020 est restée très dynamique avec le développement de projets miniers majeurs"

F.G. Vaissier (White & Case) : "L’année 2020 est restée très dynamique avec le développement de proj...

Malgré les conditions sanitaires actuelles et une conjoncture économique morose pour les matières premières, les 122 millions de dollars de dette banc...

La Financière de Courcelles et FinTouch signent un partenariat d’affaires

La Financière de Courcelles et FinTouch signent un partenariat d’affaires

La banque d’affaires Financière de Courcelles a conclu avec la société FinTouch un accord pour accompagner les PME et ETI dans leur développement au c...

Nouvelle levée de fonds de 300 millions d'euros pour Serena

Nouvelle levée de fonds de 300 millions d'euros pour Serena

L’acteur français du capital-risque annonce la finalisation d’une levée de fonds de 300 millions d’euros pour son nouveau fonds, Serena III, qui lui p...

X. Desmaison (Antidox) & J.-M. Bally (Aster) : "Le grand sujet, c’est de repenser le fonctionnement des entreprises"

X. Desmaison (Antidox) & J.-M. Bally (Aster) : "Le grand sujet, c’est de repenser le fonctionnement...

Xavier Desmaison, président du groupe de stratégie de communication Antidox, et Jean Marc Bally, fondateur du fonds de venture capital Aster, ont réce...

Le gouvernement affronte la menace digitale

Le gouvernement affronte la menace digitale

Pour garantir la protection numérique de nos institutions, le gouvernement annonce une stratégie nationale pour la cybersécurité.

Valérie Baudson succède à Yves Perrier à la tête d’Amundi

Valérie Baudson succède à Yves Perrier à la tête d’Amundi

Dix ans après sa création en 2010, une page se tourne pour Amundi. Yves Perrier, jusqu’alors directeur général du gérant d’actifs, cède sa place à Val...

Lire plus d'actualités

Newsletter savoir pour agir

N'avancez plus à l'aveugle

Ne plus afficher ce message

Ce site utilise des cookies. En continuant la navigation, vous acceptez nos conditions d'utilisation des cookies.
Plus d'informations

J'accepte