Egis fait 21 propositions pour une reprise bas carbone

Egis, acteur du conseil et de l’ingénierie de la construction et de l’exploitation d’infrastructures de transports, a publié un rapport compilant 21 propositions qui couvrent une pluralité de secteurs, des transports à l’énergie, en passant par le bâtiment et la fabrique de la ville. Compendium de cette vision du monde de demain.

Egis, acteur du conseil et de l’ingénierie de la construction et de l’exploitation d’infrastructures de transports, a publié un rapport compilant 21 propositions qui couvrent une pluralité de secteurs, des transports à l’énergie, en passant par le bâtiment et la fabrique de la ville. Compendium de cette vision du monde de demain.

"Si on construisait 50 % des surfaces réalisées en France chaque année en bois, on pourrait déjà réduire le bilan carbone français de 1 % (à comparer au 3 à 5 % de baisse du bilan dû au coronavirus)". C’est après avoir fait ce constat qu’Egis, propose 21 propositions pour une relance économique bas carbone et s’engage pour un après-coronavirus résolument différent de la tendance passé, plus écologique et conscient de son environnement. 

La ville durable, organisme en mutation

Pour Egis, la reprise verte passe avant tout par la reconception de la ville. En effet, elle souligne que cet espace concentre 70 % des émissions de CO2, et est donc un levier sur lequel il faut absolument agir. La ville durable est divisée en cellules, représentées par les quartiers, qu’il faut dimensionner intelligemment. Tout cela en prenant par exemple en compte les effets de micro-climats créés par l’activité urbaine, tout en veillant à y intégrer des dispositifs de précaution, incluant les enseignements tirés du Covid-19. Ainsi, Egis appelle à privilégier les circuits courts, alternatives aux chaînes d’approvisionnement tentaculaires, en surchauffe lors d’épisodes épidémiques. Les espaces publiques sont également mentionnés par le document, dans lequel il est proposé de les repenser, de les adapter aux nouvelles exigences sanitaires. De plus, si la densité de certaines agglomérations a été questionné, à cause du risque accru de propagation du coronavirus qu’elle génère, il ne fait pas de doute pour Egis que l’étalement urbain ne peut pas être envisagé dans une démarche écologique. Au contraire, il faut repenser l’espace disponible, en privilégiant le multifonctionnel.

Les bâtiments, cellules vitales de l’ensemble

WWF et l’économiste chargé d’études au CNRS Gaël Giraud l’avaient signalé, Egis le reprend de plus belle : la reprise verte passe par la rénovation énergétique des bâtiments. Cette dernière est, pour l’acteur de la construction, indissociable de l’utilisation de "matériaux bas carbone", et de technologies "smart", pour mieux maîtriser la demande. L’économie circulaire est d’autre part un maillon très important de la réflexion de l’acteur de l’ingénierie, qui prône la réutilisation systématique des matériaux de construction qui "constitue[nt] en France plus de 70 % de la production totale de déchets". En fait, pour une mise en place cohérente de ce recyclage d’envergure, Egis conseille l’utilisation du BIM (Building Information Modelling), afin d’affiner et de diffuser les diagnostics sur les ressources de matériaux proposés, et diminuer les freins réglementaires aux achats et aux ventes circulaires.

Artères bouchées : revitaliser les transports

L’entreprise d’ingénierie française constate que l’utilisation des transports en commun s’est effondrée pendant le confinement, et craint que leur fréquentation ne reprenne que très lentement. Le rapport incite à poursuivre le développement des transports en commun, qu’il faudra adapter à la nouvelle situation, et aux nouveaux risques qui en découlent. Des équipements conformes à ces risques, au même titre qu’une "adaptation de l’organisation des flux dans les espaces tels que les gares et stations, pour faire face aux impératifs de distanciation" pourraient être instaurés. Une numérisation des patrimoines des acteurs du transports limiterait le nombre d’interventions physiques sur site nécessaires et faciliterait les tâches de maintenance. Egis propose même d’aller plus loin, en diminuant peu à peu les émissions de gaz à effets de serre de ces transports, par le développement de la mobilité hydrogène, mais reste un peu plus pessimiste quant à l’électromobilité dans sa situation actuelle, et sans "politique ambitieuse" pour la dynamiser. Cependant, la France a plus d’une corde à son arc. Le canal Seine-nord Europe (CSNE) et le tunnel euralpin Lyon Turin (TELT) sont considérés par le rapport comme des "accélérateur[s] de la transition énergétique et écologique", en tant que grands projets de transport interurbains, qui pourraient inverser la tendance, en substituant des volumes de fret ferroviaire au routier.

Diagnostic mitigé pour l’énergie française

En ce qui concerne l’énergie, Egis rappelle qu’une grande partie de l’énergie fatale (flux d’énergie perdus ou non maîtrisés lors du processus de transformation) est perdue et défend une "récupération et optimisation de chaleur fatale au niveau industriel". Agir sur les réseaux de chaleur et de froid est essentiel pour l’entreprise, la chaleur représentant à elle seule la moitié de nos émissions de CO2. La biomasse, le solaire et la géothermie sont donc, selon le document, des candidats de choix pour agir sur la production de chaleur. L’exploitant d’infrastructures de transport considère l’électricité nucléaire comme "une composante indispensable de la lutte contre le réchauffement climatique". Il salue la résilience, les performances écologiques et la productivité du secteur nucléaire qui "coche toutes les cases des aspirations et exigences nées de cette crise".

Enfin, le rapport suggère des actions sectorielles afin de proposer une refonte des secteurs hospitalier, du tourisme et aérien. Du côté des hôpitaux, la séparation des circuits, l’augmentation de la capacité seront de mise pour Egis, au même titre que l’implémentation de secteurs reconfigurables et de systèmes plug & play. Le tourisme, quant à lui, devra s’appuyer sur les mesures de mobilité locale décarbonée et de rénovation énergétique des bâtiments pour alléger son empreinte carbone. De fait, les aéroports, intimement liés au tourisme, pourraient avoir intérêt à investir dans l’automatisation et les robots, ainsi que dans des technologies sans contact, pour garantir la biosécurité des infrastructures. La balle est maintenant dans le camp des entreprises et des Etats qui devront choisir entre appliquer ou ignorer ces propositions. 

Par Thomas Gutperle

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