Le Private Equity dans la zone EMEA en période de pandémie

Alors que les entreprises du monde entier se remettent de la perturbation sans précédent causé par la pandémie du coronavirus, le private equity pourrait devenir vraiment résilient. Alors que les firmes de private equity ont beaucoup de poudre sèche, elles doivent faire face à la contraction du PIB et à l'explosion du marché SAVS.
Thierry Bosly

Alors que les entreprises du monde entier se remettent de la perturbation sans précédent causé par la pandémie du coronavirus, le private equity pourrait devenir vraiment résilient. Alors que les firmes de private equity ont beaucoup de poudre sèche, elles doivent faire face à la contraction du PIB et à l'explosion du marché SAVS.

Il y a dix ans, le secteur du private equity luttait contre les retombées de la crise financière mondiale. Une décennie plus tard, toutefois, l'industrie a fait preuve de résilience face à la pandémie de coronavirus. Les premiers jours du confinement ont été difficiles, toutefois, plus de 85% des transactions en cours qui se trouvaient à un stade antérieur à la signature ont été mises en attente du jour au lendemain la nuit ou presque. En revanche, les transactions qui se trouvaient à un stade entre la signature et la clôture sont restées actives et ont été conclues malgré la pandémie. Les praticiens ont dû faire preuve de flexibilité et s'adapter aux nouvelles mesures sanitaires avec des séances de clôture se déroulant totalement à distance. Un parfait exemple de la manière dont les cabinets d’avocats ont fait face au confinement est la clôture de l’acquisition de la société française Sparflex en février 2020 par la société italienne Enodev détenue par Copeba. En effet, beaucoup de transactions nécessitèrent des solutions innovantes en termes de technologie ou même de savoir-faire juridique. Les transactions de private equity ont commencé à montrer des signes de reprise au troisième trimestre, avec des négociateurs européens clôturant 972 transactions pour une valeur de 100,8€ milliard au troisième trimestre.

"Les transactions de private equity ont commencé à montrer des signes de reprise au troisième trimestre"

 

Toutefois, il convient de noter que le volume de transactions a diminué de 6 % par rapport au troisième trimestre de 2019. À la suite de l’arrêt partiel du confinement à la fin du deuxième trimestre, diverses transactions importantes ont été publiées à la fin de cette période, comme l’acquisition par EQT Infrastructure de Colisée, un opérateur européen de premier plan d’établissements de maisons de retraite et de service de soin à domicile en France, en Belgique, en Espagne et en Italie, auprès du fond IK Investment Partners. Au début de l’automne, alors que de nouvelles restrictions sont sur le point d’être appliquées partout en Europe, on peut se demander quelles sont les perspectives futures pour le secteur du private equity.

Forces

Il y a de nombreuses raisons d’être optimiste, en effet, les efforts de collecte de fonds ont été importants au troisième trimestre, l’industrie du private equity a connu une augmentation accrue du capital par rapport aux deux trimestres précédents de l'année 2020. Au total, 69 fonds ont atteint une clôture finale pour une valeur totale de 68,5€ milliard, ce qui, si le rythme actuel se maintient, signifierait que la collecte de fonds du private equity pourrait dépasser 90€ milliards en 2020. Malgré les difficultés causées par la pandémie du coronavirus, les associés commanditaires ont continué d’engager des capitaux, avec une tendance accrue à engager lesdits capitaux à leurs gestionnaires de longue date et les plus fiables. Par exemple, CVC Capital Partners a clôturé avec 21,3€ milliard pour CVC Capital Partners Fund VII, le plus grand fonds de rachat européen à ce jour.

Faiblesses - contraction du PIB

Le Royaume-Uni a été l’un des pays les plus durement touchés par la pandémie de COVID-19, le PIB ayant reculé de 19,8 % au deuxième trimestre de 2020, un taux beaucoup plus rapide que celui des autres pays comme les États-Unis. En contraste avec les difficultés du marché du Royaume-Uni au deuxième trimestre, le volume des transactions au Royaume-Uni et en Irlande a fait un bond de 25 % du deuxième trimestre au troisième trimestre. Pour l’avenir, il est difficile de prédire si cette tendance se poursuivra. La suppression du régime de congé du gouvernement ainsi que l’introduction du plan de confinement à trois niveaux (avec la possibilité d’un autre confinement national) signifient que la confiance des investisseurs n’est peut-être pas aussi élevée que le volume de transactions le suggère.

"Jusqu’au 31 mai 2020, la France et le Benelux n’ont enregistré que 417 transactions évaluées à 36,2€ milliard"

De même, la région du Benelux a été touchée de la même manière. Le PIB de la Belgique s’est contracté de 11,8 % au deuxième trimestre 2020, pendant que celui du Luxembourg poursuit sa contraction avec des baisses de 1,7 % au deuxième trimestre et de 7,2 % au troisième trimestre 2020. En France et dans la région Benelux, le flux de transactions est bien en deçà des niveaux enregistrés ces dernières années dans la région. Jusqu’au 31 mai 2020, la France et le Benelux n’ont enregistré que 417 transactions évaluées à 36,2€ milliard, selon les statistiques. La valeur des transactions pour l’ensemble de l’année devrait être inférieure aux chiffres des années précédentes. Cela marquerait la première année depuis 2017 durant laquelle la valeur transactionnelle tomberait en dessous de 100€ milliards dans la région. La sortie des investisseurs est restée stable du deuxième au troisième trimestre en Europe. Il y a eu 181 événements de liquidité d’une valeur de 58,1€ milliard qui ont été clôturés au cours du trimestre. Cela représentait de petites augmentations de 6,9% pour le deuxième trimestre et 1,9% pour le troisième trimestre.

"La résilience de l'activité PE dans le secteur des TMT a été en partie justifiée par la nécessité pour les entreprises de fournir des solutions numériques à leurs clients en pleine pandémie"

Cela marque un net contraste avec les perspectives mondiales, qui ont connu un retour inattendu au troisième trimestre. Des accords de sortie de 136,9 milliards de dollars américains ont été annoncés à l’échelle mondiale au cours du premier semestre et la valeur de sortie du troisième trimestre a facilement dépassé ce chiffre. Quatre des cinq principales transactions liées au private equity annoncées au troisième trimestre étaient des sorties. De plus, l’augmentation de la valeur des transactions de sortie est encore plus significative par rapport à la forte baisse d’activité enregistrée au premier semestre.

La plus importante transaction PE de l’année était la vente prévue de la société britannique de semi-conducteurs ARM à NVIDIA pour 38,5 milliards de dollars américains"

 

Ce contraste s’explique peut-être par le fait qu’un certain nombre des sorties les plus importantes du trimestre étaient atypiques. La plus importante transaction PE de l’année était la vente prévue de la société britannique de semi-conducteurs ARM à NVIDIA pour 38,5 milliards de dollars américains. La transaction – si elle est approuvée – entraînerait la sortie de l’opérateur télécom japonais SoftBank et de SoftBank Investment Advisers, sa société PE.

La cinquième plus importante cession de PE du trimestre est la vente de Bombardier Transport à Alstom pour un montant de 8,4 milliards de dollars américains, une autre transaction qui verra la sortie d’une entreprise et d’un sponsor financier, Bombardier et la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ)

Menaces ? Le rôle du private equity en Europe dans l’explosion du marché SAVS

Comment le marché européen du private equity interagira-t-il avec un nouveau challenger sur le terrain des transactions ? Et comment les bourses européennes seront-elles dominées par la voie des IPO accéléré des États Unis que les SAVS offrent ? Tandis que ces questions commencent tout juste à être comprises, l’explosion de l’activité SAVS des États-Unis s’installe en Europe et les SAVS s’adaptent aux attentes des investisseurs européens. Un SAVS peut fournir aux fondateurs un moyen attrayant et peu coûteux de lever des fonds dans un marché disloqué ; il peut également servir de voie de sortie alternative pour les PE au niveau des investissements qui peuvent être moins chers, plus rapides et moins risqués par rapport à un IPO traditionnel. Comme pour la plupart des perturbations du marché, il y a beaucoup plus d’inconnues que de connaissances sur la manière dont les SAVS interagiront avec le marché du PE en Europe et sur la manière dont les investisseurs européens vont innover pour trouver un équilibre.

Opportunités

La résilience du secteur TMT

La résilience de l'activité PE dans le secteur des TMT a été en partie justifiée par la nécessité pour les entreprises de fournir des solutions numériques à leurs clients en pleine pandémie. Alors que les communautés du monde entier se sont adaptées au confinement en 2020, elles se tournent de plus en plus vers des solutions numériques pour réaliser les tâches quotidiennes - en particulier dans les domaines du travail, de la santé, de l'éducation et du divertissement. Cela a à son tour conduit à une augmentation de l'activité du PE ciblant le secteur des logiciels. L'industrie a été épargnée des pires effets de la crise en raison de l'attrait continue des actifs technologiques, ce qui a entraîné une convergence intersectorielle. La demande accrue de solutions numériques en pleine crise a entraîné une forte hausse des valorisations des entreprises technologiques en 2020. Cette tendance pourrait encore s’accentuer dans le marché du PE pour le secteur TMT au dernier trimestre annuel.

Les soins de santé continuent d’opérer

L'importance stratégique d'une infrastructure de soins de santé suffisamment financée a été soulignée à mesure que le COVID-19 s'est propagé. L'indice S&P 500 Healthcare n'a pas perdu de sa valeur en 2020 et se situe près de 15% au-dessus de la valeur des 12 mois précédents. Cette évolution montre que les investisseurs sont conscients de la prospérité du secteur sur le long terme et son importance fondamentale pour les économies.

"L'importance stratégique d'une infrastructure de soins de santé suffisamment financée a été soulignée à mesure que le COVID-19 s'est propagé"

Le secteur est bien parti pour continuer à recevoir des investissements et à générer un flux de transactions pour le reste de 2020 et au-delà. Cette année, White & Case a conseillé divers clients du private equity dans leurs investissements dans le secteur de la santé et de la biotechnologie, ainsi que des clients de ce secteur dans leurs projets d'expansion. À titre d’exemple, nous conseillons Mithra Pharmaceuticals, une société publique de biotechnologie basée en Belgique spécialisée dans la santé des femmes, dans le cadre d’un arrangement de financement adossé à des fonds propres avec LDA Capital, un groupe d’investissement mondial basé à Los Angeles.

Les industriels dominent les P2P européens

Les acquisitions de sociétés cotées en Europe de l'ouest, financées par du private equity, ont connu plusieurs années de très bons résultats, la valeur des transactions augmentant d'année en année à partir de 2013 pour atteindre un total de 38,8$US milliard en 2019. Le volume a suivi un rythme similaire, affichant des augmentations annuelles chaque année à partir de 2017 et atteignant un total de 19 en 2019. Le secteur le plus dominant des P2P européens au cours des trois premiers trimestres a été celui de l'industrie et de la chimie (I&C), avec six transactions d'une valeur de 7$US milliards.

La plus grande transaction européenne I&C P2P a été l'offre publique d'achat de 3,5$US milliard sur Ahlstrom-Munksjo"

En revanche, il n'y a pas eu de transaction dans le secteur aux États-Unis. La plus grande transaction européenne I&C P2P a été l'offre publique d'achat de 3,5$US milliard sur Ahlstrom-Munksjo (que White & Case a conseillé), un fournisseur finlandais spécialisé dans les matériaux à base de fibres, par un consortium composé de Bain Capital et de groupes d'investissement appartenant aux familles finlandaises Ahlstrom et Ehrnrooth.

Perspectives - les perspectives européennes

Bien que les négociations restent nettement au-dessus des points les plus bas de la crise financière mondiale, il n’est nullement évident ou certain que de tels niveaux se poursuivront en Europe à l’avenir.

Premièrement, la hausse des infections dues au COVID-19 et un euro plus fort, avec une appréciation d’environ 10 % par rapport au dollar américain depuis mars, rendront les actifs européens moins attrayants pour les acheteurs non libellés en euros. De plus, la réintroduction des mesures de distanciation sociale dans de nombreux pays européens affectera considérablement les profils de trésorerie des entreprises et augmentera l’écart entre les valorisations des stocks et les fondamentaux. Enfin, la possibilité d’autres confinements nationaux, un Brexit brutal et la fin des programmes de soutien budgétaire (par exemple, le régime des permissions au Royaume-Uni) présentent des risques importants pour les perspectives économiques de l’Europe à court et à moyen terme.

Reste donc à voir si les tendances actuelles mises en évidence par cet article se poursuivront au cours du dernier trimestre 2020 et au-delà. Cependant, il est clair, que les entreprises du PE continuent de jouer un rôle important dans les activités européennes de fusions et acquisitions en ces temps incertains et il ne faut pas s’attendre à ce que cela change.

Thierry Bosly

 

À propos de l’auteur :

Thierry Bosly est associé et responsable des pratiques de White & Case Belgique et Luxembourg. Bosly est également responsable du département Private Equity du cabinet pour la région EMEA. Depuis 15 ans, il conseille des sociétés de private equity, des sociétés de venture capital et des family offices dans le cadre de participation au capital nationaux et transfrontalier, tant du côté des actions que des obligations. Il a joué un rôle de premier plan dans certaines des transactions les plus importantes de la région.

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