Pourra-t-on se passer du métavers ?

En rebaptisant son entreprise Meta, fin 2021, Mark Zuckerberg donne le ton. L’avenir sera dans le Web3 ou ne sera pas. Les entreprises s’emparent du sujet et les fonctions RH ne souhaitent pas prendre de retard en la matière. Regard sur ce monde virtuel à considérer comme un véritable outil RH ?

En rebaptisant son entreprise Meta, fin 2021, Mark Zuckerberg donne le ton. L’avenir sera dans le Web3 ou ne sera pas. Les entreprises s’emparent du sujet et les fonctions RH ne souhaitent pas prendre de retard en la matière. Regard sur ce monde virtuel à considérer comme un véritable outil RH ?

Travailler sur le métavers, oui, mais comment ? S’il n’est plus question de se priver des modèles hybrides en entreprise, passer le cap de travailler uniquement en virtuel n’est pas toujours évident. Collaborer, recruter et former dans le Web3, sont autant de possibilités sur lesquelles certaines sociétés misent aujourd’hui.

Une nouvelle expérience collaborative

Bâtir une entreprise sans locaux ni siège social, cela existe déjà. Et s’il s’agit encore pour beaucoup d’une phase d’expérimentation, certains ont opté d'ores et déjà pour une collaboration uniquement sur le métavers. eXp World Holdings est la première société immobilière uniquement basée dans le cloud. Elle compte à ce jour 64 000 agents mandataires qui collaborent uniquement par l’intermédiaire de la plateforme digitale Virbela et son chiffre d’affaires s’évalue à 3,8 milliards de dollars. La filiale française eXp France séduit de plus en plus l’Hexagone depuis son implantation en 2020. Samuel Caux, directeur général d’eXp France, souhaite atteindre sous peu le chiffre de 500 conseillers en France. Selon lui, "le métavers nous permet d’ouvrir un pays par mois dans le monde, car celui-ci limite considérablement nos frais. Nous n’avons pas de bureau. Toute notre activité se déroule au sein de cette plateforme virtuelle et collaborative en 3D." Sous forme d’avatars, les collaborateurs interagissent entre eux, affirment que cela permet d’assurer l’équilibre vie personnelle et professionnelle et facilite les interactions entre les équipes situées dans le monde entier.

La course aux talents

En France, le groupe Carrefour a vite prouvé qu’il ne souhaitait pas louper le coche en la matière. Dès février 2022, la société a acquis un terrain virtuel sur The SandBox, soit 36 hectares de terrain virtuel. Un premier pas dans le Web3, et le géant de la distribution ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin et innove à présent en réalisant les premiers recrutements dans le métavers : Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour se félicite sur Twitter de "faire passer un entretien d’embauche face à la mer à Paris". Opportunisme, valorisation de la marque employeur, certes… mais cette initiative répond à un réel enjeu auquel sont confrontées les entreprises : la fuite des talents. Le métavers représente en effet un outil séduisant qui prouve l’intérêt que porte une entreprise aux nouvelles technologies, mais surtout un véritable levier d’engagement pour les collaborateurs. Impossible de nier le fait qu’il facilite les échanges dans un cadre ludique tout en s’adaptant aux nouvelles exigences des candidats qui souhaitent pouvoir exercer leur métier d’où ils veulent. De plus, réduire l’impact carbone avec une collaboration sur le métavers répond sans nul doute à l’envie des talents de travailler dans une entreprise engagée. Toutefois, actuellement les technologies du Web3 ne sont pas encore assez à la pointe ou régulées pour ne pas être polluantes.

"Si l’on suit la courbe de l’innovation de Gartner, le métavers a connu une forte croissance qui tend à présent à se rationnaliser."

Se former aux compétences de demain

Les solutions numériques ont déjà une importance toute particulière au sein des fonctions learning. Le distanciel a favorisé l’innovation et le secteur de la formation porte un réel engouement pour la réalité virtuelle. Se former sur le métavers garantit de nombreux avantages, notamment pour l’ancrage corporel. Outre le fait qu’il réponde aux besoins de secteurs très spécialisés, le métavers s’aligne surtout sur les attentes des générations Y et Z souhaitant des modules d’apprentissage correspondant au mieux à leurs disponibilités et leurs goûts. Si l’outil suscite tout particulièrement l’intérêt des talents de la data, d’ici quelques années ne sera-t-il pas l’outil qui fera la différence ? Raphaël Chenol, directeur innovation chez Demos s’explique : "Si l’on suit la courbe de l’innovation de Gartner, le métavers a connu une forte croissance qui tend à présent à se rationnaliser. Nous en sommes encore en phase de test, cependant après le gaming et les généralistes (The SandBox, Decentraland…), l’un des usages exercés du métavers commence à être la formation. D’une part, une réelle communauté apprenants/enseignants peut y être recrée, d’autre part, le métavers peut-être pensé comme un LMS. Dans le cadre d’un appel à programme DEFFINUM nous avons monté un projet intitulé “relations clients 4.0” qui permet au sein d’un même univers des mises en situations différentes : derrière le bar d’un restaurant ou dans un centre d’appels téléphoniques par exemple. D’un point de vue pédagogique, le métavers représente un réel atout notamment pour tester les soft skills."

Services IT et ressources humaines ont donc tout intérêt à travailler dès maintenant main dans la main. La phase d’expérimentation permet de penser d'ores et déjà à la finalité que l’on souhaite donner à cet outil : meilleure collaboration, onbarder efficacement, recruter activement, ou encore offrir la possibilité de se former plus rapidement. Aux directions des ressources humaines de ne pas l’envisager comme un simple gadget mais bien comme une opportunité pour résoudre les problématiques actuelles d’employabilité et de formation des compétences de demain.

Elsa Guérin

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