Freelance, l’autonomie avant tout

Le cadre classique du salariat perd du terrain pour laisser la place à des formes d’emploi plus diverses. Le freelancing en particulier se développe à vive allure. Le point sur une tendance lourde.

Le cadre classique du salariat perd du terrain pour laisser la place à des formes d’emploi plus diverses. Le freelancing en particulier se développe à vive allure. Le point sur une tendance lourde.

Longtemps, les entreprises évitaient d’aborder la question des ressources externes auxquelles elles avaient recours, le sujet restait tabou. Leur approche évolue à mesure que la flexibilité se fait de plus en plus prégnante dans le monde du travail. L’année 2019 fut d’ailleurs celle de l’émergence du « Chief freelance officer », chargé de veiller aux conditions de travail de cette population.

Force est de constater que le nombre de freelances est en forte croissance, dans toutes les entreprises et spécialement au sein des grands groupes. La plateforme Malt, qui met en relation les indépendants et leurs clients, affirme ainsi que les groupes du CAC 40 ont doublé l’année dernière leurs recours à ces travailleurs indépendants. Dans un baromètre publié en septembre, elle affiche par exemple des taux de +126 % chez Crédit agricole, + 97% pour BNP Paribas, et + 89% pour Cap Gemini.

Du choix de raison au choix de l’autonomie

La première des questions soulevée est de savoir si le travail indépendant relève d’un véritable choix pour les freelances, ou s’il est en réalité subi par la difficulté à trouver un emploi salarié. Les chiffres des différentes enquêtes menées sur le sujet tendent à prouver le contraire. En août 2019, Malt a communiqué les résultats d’un sondage réalisé auprès des utilisateurs de ses services. Selon cette enquête, 88% d’entre eux ne souhaitent pas rechercher d’emploi à temps plein, et ils sont 90 % à déclarer avoir fait le choix du freelancing. Presque trop beau pour être vrai.

Dirigeant du site bien nommé « Freelance.com », Claude Tempé confirme que les indépendants n’ont pas forcément tous choisi ce statut au départ, mais que beaucoup finissent par y trouver leur compte. « Nombreux sont les freelances qui se voient proposer un CDD ou un CDI à l’issue de leur mission. observe-t-il. Plus de la moitié d’entre eux le refusent, car ils préfèrent conserver la liberté de leur mode de travail. »

"90 % des freelances déclarent avoir fait le choix du travail indépendant"

Selon un sondage réalisé par l’Ifop pour Freelance et dont les résultats ont été publiés en décembre 2019, c’est avant tout la liberté octroyée par le statut qui convainc. Les personnes interrogées ont ainsi cité l’organisation du temps de travail (25%), le choix des missions (17%), un intérêt pour les sujets traités (12%) et l’absence de hiérarchie (11%). « Il y a de plus en plus de freelances entre 25 et 35 ans, précise par ailleurs Claude Tempé. Cela s’explique en partie par le fait que le rapport au travail change pour ces générations. Elles sont moins attachées à la carrière ou l’argent mais davantage au sens ou à l’équilibre vie privée-vie professionnelle. »

Perspectives

Dans certains pays, la tendance s’avère plus marquée encore. « Aujourd’hui, selon les projections réalisées pour le marché du travail américain, il y aura 50% de travailleurs indépendants à échéance 2035 » expose Claude Tempé. Une croissance impressionnante mais tout de même spécifique aux États-Unis. En France comme en Europe, je pense que nous n'irons pas au-delà de 20-25%, affirme le dirigeant. Ce chiffre correspond à un point d’équilibre pour un pays conservateur comme le nôtre. »

"Nombreux sont les freelances qui se voient proposer un CDD ou un CDI à l’issue de leur mission, mais plus de la moitié d’entre eux le refusent, car ils préfèrent conserver la liberté de leur mode de travail. "

Pas de menace directe donc à l’encontre du bon vieux CDI français selon Claude Tempé qui croit plutôt en la complémentarité des modèles. « Le salariat constitue un bon modèle. Il faut bien entendu le protéger » considère-t-il. Et ce d’autant qu’il existe le dispositif du portage salarial, qui permet d’être salarié tout en étant indépendant. Une flexibilité mesurée donc, mais qui s’installe dans la durée.

Marie-Hélène Brissot

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