Oui, le bureau traditionnel c'est bel et bien fini

S’il est un mot qui hante actuellement le monde du travail, ce serait certainement celui-ci : hybride. Jongler entre présentiel et distanciel, trouver les meilleurs outils collaboratifs, redéfinir le rôle du manager au sein de ce nouveau modèle. Une chose est certaine : nous ne travaillerons plus comme avant.

S’il est un mot qui hante actuellement le monde du travail, ce serait certainement celui-ci : hybride. Jongler entre présentiel et distanciel, trouver les meilleurs outils collaboratifs, redéfinir le rôle du manager au sein de ce nouveau modèle. Une chose est certaine : nous ne travaillerons plus comme avant.

La crise sanitaire a accéléré les mutations déjà en cours au sein des entreprises. Longtemps guidé par le modèle fordiste qui s’appuyait sur les trois unités de temps, de lieu et d’action, le monde du travail se transforme et tend à bouleverser ces règles. Réflexion sur un monde en pleine mutation : fin de l'unité de lieu.

Travailler hors les murs

Accéléré par les confinements successifs, le télétravail a sans commune mesure déconstruit la notion de lieu de travail. Si la pratique s’installait timidement, rares étaient les entreprises qui n’y voyaient pas certains inconvénients. À présent, nul doute que nous n’exercerons plus dans un seul et unique lieu. En France, les accords relatifs au télétravail mis en place depuis 2020 ont conduit à une norme de trois jours en présentiel et deux jours de distanciel, selon l’étude du Boston Consulting Group et de l’ANDRH de mars 2022. Le passage temporaire au télétravail forcé a popularisé cette pratique au sein des entreprises, même pour les plus réticentes qui y ont vu de leur côté une façon d’optimiser locaux et budgets.

Fin des bureaux traditionnels

S’il devait y avoir un fait caractéristique concernant la fin de l’unité du lieu, ce serait sans doute celui des entreprises qui optent pour le full remote et s’affranchissent de leurs locaux physiques. Deloitte, géant du conseil, a déjà cédé un tiers de ses locaux depuis le début de la crise sanitaire en Grande-Bretagne. Autre changement en cours : il est à présent inenvisageable de revenir au bureau de la même façon qu'auparavant. Sylvain Montcouquiol, directeur général d’Unibail-Rodamco-Westfield, témoigne : "Il nous a semblé essentiel d’accompagner l’évolution induite par la crise par une refonte de notre espace de travail. Pourquoi venir travailler au bureau quand on peut travailler depuis chez soi ? Une question que nous nous sommes posés pour donner du sens au "travailler ensemble" et pour donner l’envie aux collaborateurs de se retrouver."

D’un côté les bureaux adoptent le flex office invitant au travail collaboratif et non plus aux tâches individuelles pouvant s’exercer de chez soi, de l’autre les tiers-lieux : coworking et centres d’affaires émergent. Pour aller plus loin, certaines sociétés vont même jusqu’à créer un espace de dans le métavers. C’est la démarche que développe Mehdi Dziri, directeur général d’Ubiq, plateforme qui répertorie les bureaux en France et tente l’expérimentation de réunir trois lieux physiques en une seule réalité virtuelle. Si la démarche peut faire sourire, elle souligne cependant bien que la fin de l’unité de lieu ne se traduit pas tant par la fin d’un lieu commun que par celle de son ancrage physique et amovible.

"Nos accords télétravail incitent les collaborateurs à venir régulièrement sur site afin de maintenir la créativité et la convivialitéÉric Chevalier

Distance et présence

La contrainte d’un espace dédié au travail semble donc obsolète pour les fonctions cadres de nombreux secteurs d’activité. Décorréler l’exercice de son travail et le lieu de sa réalisation n’est toutefois pas si aisé et les directions des ressources humaines sont actuellement préoccupées par l’enjeu de redéfinir le management : "Nos accords télétravail incitent les collaborateurs à venir régulièrement sur site afin de maintenir la créativité et la convivialité. Une vigilance particulière est toutefois de circonstance concernant les managers qui doivent développer de nouvelles approches et modes de fonctionnement." indique Éric Chevalier, DRH d’AstraZeneca France. Les échanges informels, la créativité induite par l’énergie de groupe ainsi que la culture d’entreprise ne sont pas si faciles que cela à recréer sans partager le même espace physique. Les enjeux de l’hybridation apparaissent plus complexes que la simple reproduction du présentiel en distanciel. "La pandémie a accéléré des bouleversements organisationnels et managériaux émergents et il n’y aura pas de retour en arrière. L'hybride, qui est devenu la norme pour une grande part des salariés, est un bon exemple. Mais le futur du travail ne s’arrête pas là" explique Vinciane Beauchene, directrice associée au Boston Consulting Group.

Fin de l’unité de lieu, certes, mais qui ne s’envisage donc pas comme l’abandon de l’appartenance à une communauté, même virtuelle… Le monde du travail de demain s’inscrit agilement hors des murs. L’urbanisation dans les grandes villes en sera certainement affectée : en France, déjà, est observé que la taille moyenne des réductions de surface de bureaux est de 32 %. La même pièce ne se déroule donc plus en un lieu unique et neutre comme l’évoquait Boileau : "Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli." Le salariat de demain s'invente nomade. Travailler d'où l'on veut et pourquoi pas quand on veut ?

Elsa Guérin

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