LafargeHolcim unis dans l’adversité

Si les deux géants du ciment célèbrent leur mariage, les réjouissances devront attendre : la conjoncture morose combinée à des résultats financiers décevants invite à la prudence. LafargeHolcim doit rapidement faire ses preuves.

Si les deux géants du ciment célèbrent leur mariage, les réjouissances devront attendre : la conjoncture morose combinée à des résultats financiers décevants invite à la prudence. LafargeHolcim doit rapidement faire ses preuves.

La réalisation de la méga-fusion annoncée en avril 2014 n’aura pas été de tout repos. Bruno Lafont, P-DG de Lafarge, et Rolf Soiron, président du suisse Holcim, ont dû assurer le service après-vente pour venir à bout de bien des obstacles et finaliser le succès de l’opération. «?Le nouveau groupe bénéficiera à plein de la taille de son réseau industriel facilitant les optimisations.?» C’est en ces termes que Bruno Lafont présentait la fusion de son groupe avec son homologue suisse Holcim à l’occasion de l’assemblée générale 2015. Quelques mois plus tard, le mariage est consommé mais l’euphorie est retombée. Les bienfaits des synergies tant vantées de la fusion deviennent indispensables. Le 10 juillet 2015, c’est enfin chose faite?: l’offre publique d’échange (OPE) lancée par le groupe helvète sur les titres du fleuron hexagonal est un succès (plus de 95?% du capital et des droits de vote de Lafarge ont été apportés).

 

« Noces entre égaux?»??

 

À écouter les deux hommes, il s’agit d’un rapprochement naturel et stratégique mais surtout d’un «?mariage entre égaux?». Pourtant, la gouvernance de la nouvelle entité laisse à penser que le groupe suisse a pris le dessus sur Lafarge. Contrairement à ce qui avait été initialement prévu, Bruno Lafont a été écarté de la direction générale (il devient coprésident non exécutif du conseil d’administration) et la parité d’échange des titres des deux sociétés n’a finalement pas été respectée (neuf actions suisses étant attribuées contre dix titres français). Autre indice du déséquilibre de l’opération?: le choix d’implantation du siège social du géant en terres helvètes. La direction se défend en faisant valoir que l’OPE était la solution la plus simple, la moins coûteuse et la plus rapide. «?Personne ne rachète personne?!?», martèle Bruno Lafont. Quoi qu’il en soit, sur le papier, le rapprochement a tout pour plaire. LafargeHolcim vise 32?milliards de chiffres d’affaires cumulés (avant cessions), se déploie dans 90 pays, est coté à Zurich et à Paris et totalise 130?000 salariés : un leader du secteur des matériaux de construction est né.

 

Cent jours pour réussir l’intégration

 

La publication des résultats semestriels des deux groupes, sur une base indépendante, a mis en lumière des situations financières contrastées. Chez Lafarge, la hausse de 5?% du chiffre d’affaires qui atteint ainsi les 6,3?milliards d’euros au premier semestre ne suffit pas à faire oublier des comptes dans le rouge. Le groupe essuie une perte nette de 477?millions d’euros, alors qu’à la même période l’année dernière il dégageait un bénéfice de 70?millions d’euros. La mauvaise performance s’explique par la moins-value dégagée à l’occasion de la cession d’actifs à l’irlandais CRH et par les effets comptables temporaires liés à la fusion. Côté Holcim, le constat n’est pas vraiment meilleur. Certes, le résultat net est en hausse de 18?% à 539,8?millions d’euros. Mais cela tient en grande partie à la cession des parts détenues dans le groupe thaïlandais Siam City.

 

D’ailleurs, le chiffre d’affaires recule de 3,1?%, plombé par la demande plus faible qu’escomptée dans certains pays émergents. La fusion tombe donc à pic. «?Le montant des synergies dégagées est estimé à 1,4?milliard d’euros à moyen terme [d’ici trois ans]?», explique Bruno Lafont. Le groupe a déjà le pied à l’étrier. En plus de ces économies de coûts, la priorité est donnée à la réduction des investissements et au maintien d’un bilan solide pour offrir une politique de dividende attractive. «?Nous escomptons les premiers résultats tangibles dès la fin de l’année?», confirme Eric Olsen, directeur général de LafargeHolcim. La progression annoncée du marché mondial du ciment en 2015, «?comprise entre 1?% et 4?%?» selon les prévisions de Lafarge, est un espoir pour le nouveau géant qui y voit autant de parts de marchés à conquérir.

 

La lune de miel attendra

 

Le lendemain de noces ne s’annonce pour autant pas de tout repos. Plus encore que les derniers résultats décevants de chacun des deux mariés, c’est la conjoncture mondiale qui incite au pessimisme. La Chine ne semble pas donner de signes annonciateurs d’une reprise, l’Europe et surtout la France s’essoufflent ou le Brésil marche au ralenti… Pourtant, la direction se veut rassurante. «?Le nouveau groupe est déjà à pied d’œuvre?», pointe Eric Olsen. La première étape consiste en une étude minutieuse du portefeuille d’actifs pour, le cas échéant, y faire le ménage et l’optimiser. Accélérer la réalisation de synergies est également l’une des priorités. La direction promet des résultats tangibles en la matière dès la fin de l’année à hauteur de 93,8?millions d’euros environ. Enfin, les investissements sont revus à la baisse et triés sur le volet. Globalement, le groupe devrait ainsi réduire d’au moins 187,6?millions d’euros ce poste de dépenses par rapport à ce que les deux entités prévoyaient de débourser séparément. Grâce à ces efforts, LafargeHolcim promet la mise en œuvre d’une politique de dividende progressive avec pour point de départ un niveau d’au moins 1,30 franc suisse (1,22?euro) par action pour l’année 2015, sous réserve d’une approbation en assemblée générale en 2016.

 

Cent jours, voilà l’échéance que s’est imposée Eric Olsen pour mettre en œuvre les principaux axes de transformation nécessaire pour que le rapprochement des deux groupes soit un succès. Le dirigeant, pleinement conscient de l’urgence à agir, ne minimise pas l’ampleur du défi qui est le sien. Pourtant, rien ne saurait entamer son optimisme. «?Nous avons surmonté des obstacles qui paraissaient insurmontables?», rappelle-t-il dans un sourire.

 

S.V.

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