La santé est entrée dans l’ère digitale. De plus en plus d’acteurs surfent sur la vague porteuse de l’e-santé dont le potentiel s’avère gigantesque pour améliorer à la fois le quotidien et la santé des patients et faciliter la vie des professionnels de santé. Quel avenir pour ces traitements numériques d’un nouveau genre ?

La thérapie digitale commence à faire son nid… dans nos smartphones ! Si les cadors de la Silicon Valley y travaillent depuis de nombreuses années, en France le sujet est plus récent. Cette nouvelle forme de thérapie tire son potentiel de son existence au sein d’un appareil intelligent de proximité, à savoir nos chers portables. Via cet appareil, il est aujourd’hui possible de suivre de plus près l’activité corporelle d’un utilisateur et d’interagir à tout moment avec lui.

Novartis vient ainsi de lancer ReSet, une application qui permet de lutter contre les addictions et qui affiche des résultats très encourageants aux États-Unis. Conçue avec la start-up américaine Pear Therapeutics, elle se présente comme un « coach » santé pour épauler la personne dans la maladie, faire le point sur sa consommation de tabac, d’alcool ou de médicaments, son état de manque mais aussi ses états d’âme. Pour éviter de craquer, il peut, via ReSet, faire des exercices de thérapies comportementales par vidéo, répondre à des quiz, mesurer ses progrès et même être récompensé de ses efforts par des chèques cadeaux Starbucks ou Amazon. Pendant ce temps, son médecin suit son évolution en temps réel.

Si de nombreuses applications pour lutter contre les addictions existent déjà sur le marché, ReSet a déjà été certifiée par la FDA (Food dans Drug Administration) en 2018 pour les accros à l’alcool, cannabis ou cocaïne et est prescrite par un médecin. En janvier 2019, le laboratoire suisse a lancé une autre version pour les dépendants aux opiacés, épidémie déclarée « priorité nationale » par Donald Trump, qui a reçu le feu vert des autorités. Une première aux États-Unis.

32 milliards de dollars en 2024 (contre 2 aujourd'hui)

C’est le poids du secteur des médicaments numériques dans le monde

(Source : cabinet Juniper)

ROI et maintien du lien avec le patient

Jusqu’ici trusté par les start-up, Novartis est le premier des big pharma à se positionner sur le secteur de la santé connectée en France. Un secteur porteur mais aussi très rentable puisque quelques années de développement suffisent pour une application contre près de vingt ans pour développer un nouveau médicament. Le retour sur investissement est donc beaucoup plus rapide. Et les résultats sont là. Aux États-Unis, plusieurs centaines d’Américains utilisent aujourd’hui ReSet. Un essai clinique sur 399 patients a prouvé que 40% des utilisateurs ont réussi à s’abstenir trois mois durant, contre 17,6% pour ceux traités sans l’application. Lutter contre les addictions mais également contre l’insomnie, le diabète ou encore l’asthme, les programmes d’accompagnement sur mobile se multiplient et misent sur l’efficacité de la médecine comportementale. Et donc sur un changement des habitudes, sans pour autant tourner le dos à l’industrie pharmaceutique.

Quelques années de développement suffisent pour une application contre près de 20 ans pour développer un nouveau médicament

Dispositifs connectés

L’un des pionniers de la santé connectée en France depuis 2014, BewellConnect, membre de la French Tech et ambassadeur de la Health Tech, a signé en janvier 2019 son premier contrat de distribution de ses dispositifs connectés aux États-Unis avec la société RehabMart. Celle-ci vise, en plus du suivi à distance des patients et de la téléconsultation augmentée, le segment à fort potentiel de la thérapie digitale. Un segment adressé avec les dispositifs médicaux connectés de deux gammes de traitement, l’un pour celui de la douleur et l’autre pour le renforcement musculaire, avec un focus sur la France, où ces deux produits bénéficient d'un code de remboursement, et sur les États-Unis où une équipe dédiée a été mise en place à la fin du premier trimestre 2018. « Cet accord est la première concrétisation des efforts lancés il y a six mois pour développer l’activité Digital Therapy auprès des professionnels de santé aux USA », souligne Olivier Hua, président de BewellConnect dans un communiqué, avant de poursuivre, « il nous ouvre, à côté des ventes en BtoC, le marché des professionnels, validant ainsi notre positionnement vis-à-vis de ces derniers et notre légitimité dans l’ensemble de l’écosystème de la santé connectée. »

En septembre dernier, c’est le champion français Sanofi qui se lançait à son tour dans la santé connectée pour aider les patients à lutter contre le diabète. Via un partenariat avec FreeStyle Libre d’Abbott, le numéro un mondial des systèmes de surveillance de la glycémie par capteur, le groupe pharmaceutique veut aider les diabétiques qui prennent eux-mêmes en charge leur maladie. Les deux entreprises vont mobiliser leurs capacités d’innovation en matière de soins connectés pour développer des outils combinant la technologie de FreeStyle Libre aux données sur le dosage de l’insuline dans de futurs stylos intelligents et applications de dosage de l’insuline, ainsi que dans un logiciel cloud. « Cette collaboration avec Abbott représente un pas de plus vers la création d’un écosystème connecté qui devrait contribuer à améliorer le contrôle du diabète et le cycle de décisions en lien avec la qualité de vie des patients diabétiques, grâce à une prise en charge individualisée de leur glycémie », a déclaré Gustavo Pesquin, vice-président senior, de la franchise globale diabète et cardiovasculaire de Sanofi. 

Anne-Sophie David

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