La lente mais inexorable diffusion du BIM dans le monde

Si le Building information modeling (BIM) ne fait plus la une des journaux immobiliers depuis quelque temps, cette technologie poursuit son développement aux quatre coins de la planète. Mais le rythme de diffusion varie d’un pays à l’autre. Décryptage.
(©Engg317 - [CC BY-SA 4.0])

Si le Building information modeling (BIM) ne fait plus la une des journaux immobiliers depuis quelque temps, cette technologie poursuit son développement aux quatre coins de la planète. Mais le rythme de diffusion varie d’un pays à l’autre. Décryptage.

Le BIM n’est pas has been. « Après une première étape de découverte où les acteurs du marché immobilier tricolore attendaient monts et merveilles du building information modeling, il y a eu une période de désenchantement quand les retours sur investissement n’ont pas été au rendez-vous, explique Nicolas Régnier, CEO de la start-up Data Soluce qui structure et centralise les données du bâtiment. Aujourd’hui, les grands donneurs d’ordre ont dépassé cette phase et l’industrie immobilière française se structure pour enfin tirer avantage de cette technologie. » Anne Michel, directrice de l’ingénierie chez Bouygues Bâtiment France Ouest et chargée d’une mission transverse au sein de Bouygues Bâtiment France Europe sur la digitalisation de l’ingénierie, ajoute : « Nous avons recours au BIM pour des programmes d’envergure mais aussi sur de petites opérations, en particulier en province. Nous observons des degrés d’avancement différents dans son utilisation suivant les phases des projets. En période de conception, le recours au BIM se développe de plus en plus et les acteurs progressent en maturité. Toutefois, la collaboration et les échanges de données pertinentes entre les différents métiers mobilisés doivent encore s’améliorer. L’important, c’est aussi de trouver le bon compromis sur le niveau de développement de la maquette en fonction des enjeux de la phase et du planning. En phase d’exécution, de gros progrès restent à faire. Sur les projets les plus importants, tout repart souvent de zéro au moment du chantier, sauf si nous avons été associés à la phase de conception. »

Elle poursuit : « Quant aux programmes de plus petite taille, le réseau d’entreprises capables d’utiliser cette technologie pendant les travaux est restreint, voire inexistant parfois. C’est à nous, en tant qu’entreprise générale, de les accompagner sur le sujet pour que ce réseau puisse monter en compétences quand c’est utile, ou que nous leur mettions à disposition des données issues du BIM prêtes à exploiter. » Cette structure de marché entrave le déploiement du BIM selon David Vignon, analyste chez Bryan, Garnier & Co et auteur d’un livre blanc sur cette technologie : « 80 % du BTP étant constitué par des PME qui n’ont pas toutes les moyens financiers ou humains de déployer le BIM ou bien qui sont dirigées par des gérants ne souhaitant pas investir car proches de la retraite. La France est assez en retard au niveau mondial dans le déploiement du BIM. » A contrario, la Finlande fait figure de pionnier en Europe d’après son analyse.

La France est-elle en retard au niveau mondial ?

« Le déploiement du BIM d’un pays à l’autre dépend beaucoup du cadre législatif et de la culture, explique David Vignon. Les précurseurs européens en la matière sont les Finlandais. Viennent ensuite les Britanniques dont les standards deviennent ISO, donc internationaux, et qui sont comparables à celui des États-Unis en matière de déploiement du BIM. » Toutefois, la question de la qualité se pose. « Nos collègues de Bouygues Bâtiment au Royaume-Uni, par la force du cadre réglementaire, récupèrent de plus en plus de maquettes numériques réalisées par les maîtrises d’œuvre sur leurs projets. Mais la qualité des modèles reste hétérogène et ils sont souvent obligés de les retravailler. » Quant à Nicolas Régnier, il a eu l’occasion de sonder le marché américain quand Data Soluce a intégré un programme d’accélération des jeunes entreprises françaises dans la Silicon Valley : « Je n’ai pas été bluffé par l’usage du BIM aux États-Unis. Les acteurs français n’ont pas à rougir, bien au contraire. Nous sommes identifiés comme des modèles au niveau mondial dans l’univers de la construction et de l’ingénierie, et nos maquettes numériques s’inscrivent dans cette lignée. »

Le plan BIM 2022, successeur du plan de transition numérique dans le bâtiment, a été officiellement lancé début 2019 en France pour généraliser l’utilisation du numérique, et en particulier du BIM dans le bâtiment. Il repose sur deux axes : la fiabilisation des pratiques et la sécurisation de l’ensemble des acteurs grâce à des définitions « claires et équilibrées » des attentes et responsabilités de chacun ; le soutien à la montée en compétences des professionnels et la mise à disposition d’un écosystème « innovant d’outils numériques » accessibles pour que partout l’acte de construire soit entièrement numérique. « Le plan du gouvernement aidera au déploiement du BIM dans la construction mais il faudrait rendre obligatoire son usage, au moins en phase de conception, pour réellement accélérer l’apprentissage des outils et le développement des bonnes pratiques dans le secteur, estime Anne Michel. En parallèle, les éditeurs devront intégrer au sein de leurs logiciels des paramètres de données référencées dans un dictionnaire commun et améliorer l’interopérabilité. Côté clients, les solutions d’exploitation du patrimoine interconnectées avec le BIM doivent se développer afin qu’ils puissent en tirer toute la valeur. » Justement, la commission BIM de l’association Smart Building Alliance a dévoilé, en juillet 2019, un cadre de référence baptisé « BIM for Value » pour permettre la création de valeur avec la maquette numérique.

Un horizon moyen terme difficile à distinguer

« Nous avons lancé ce guide d’utilisation permettant d’approcher le BIM par la valeur créée, avec les principales organisations professionnelles de la filière bâtiment (Cinov, CNOA, EGF. BTP, Fedene, FSIF, SBA et Syntec Ingénierie), indique Nicolas Régnier, également président de la commission BIM de la SBA. Tous les acteurs de la construction ont ainsi participé à sa définition et de grands donneurs d’ordres se sont pleinement impliqués, comme Nexity ou Icade, ce qui me rend optimiste pour la poursuite du développement du BIM en France. » Suffisant pour permettre à la France de figurer en tête des pays pionniers en matière d’utilisation de cette technologie ? Les avis divergent.

« D’ici deux à trois ans, nous verrons apparaître en France les premiers doubles digitaux des bâtiments qui auront une véritable valeur en termes de data, assure Nicolas Régnier. La France pourrait ainsi prendre une longueur d’avance au niveau mondial. » Anne Michel est plus nuancée : « Je ne vois pas d’éléments actuellement qui nous permettront de prendre de l’avance sur nos voisins européens au cours des prochaines années. À l’inverse, nous ne devrions pas non plus prendre de retard. » Et David Vignon de rebondir : « J’espère que le BIM sera largement déployé en France d’ici dix ans mais le processus prendra du temps. Les États-Unis devraient rester le marché le plus dynamique pendant encore plusieurs années. Le Royaume-Uni et la Scandinavie resteront également en croissance au niveau de la diffusion de cette technologie car les législations rendant son utilisation obligatoire y restent récentes. Enfin, l’Allemagne devrait faire un bond en avant à partir de 2020 avec le recours systématique au BIM dans les travaux publics et la construction des infrastructures. » Rendez-vous est d’ores et déjà pris fin 2022 pour faire un nouveau point.

François Perrigault

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