La grande distribution accélère sa mue

La crise sanitaire actuelle modifie les comportements de consommation. Elle semble même agir comme un catalyseur de tendances concernant la grande distribution. L’e-commerce, déjà en croissance, explose tandis que les hypermarchés, éloignés, souffrent encore plus. Le bio continuant de tirer les ventes.
Daniel Ducrocq, spécialiste de la grande distribution chez Nielsen

La crise sanitaire actuelle modifie les comportements de consommation. Elle semble même agir comme un catalyseur de tendances concernant la grande distribution. L’e-commerce, déjà en croissance, explose tandis que les hypermarchés, éloignés, souffrent encore plus. Le bio continuant de tirer les ventes.

Depuis la mi-mars, le secteur de la grande distribution traverse une période inédite. En pré-confinement, les Français se sont rués dans les magasins d’alimentation. Le lundi 16 mars, veille du confinement, les ventes ont triplé sur le territoire selon les données récoltées par le cabinet Nielsen.

Confrontées à de grosses difficultés sur le plan logistique, en particulier sur la partie e-commerce (drive et livraison à domicile) où la demande a littéralement explosé, les enseignes ont reçu sur leur site un afflux de commandes jamais observé. Monoprix a vu les inscriptions sur son site se multiplier par dix par rapport à la moyenne sur les deux premiers mois de l’année. Intermarché, de son côté, annonce une envolée de 150 % sur la livraison.

Pour répondre à la demande, là où c’était possible, les supermarchés ont basculé leur personnel sur les livraisons et les entrepôts. Mais, dans bien des cas, les clients patientent plusieurs jours avant d’être livrés ou ne reçoivent pas la totalité de leur commande. Face à cet afflux, les enseignes s’adaptent tant bien que mal. Désormais, Casino, qui a installé 50 drives de plus courant avril, ouvre dès 7 h 30.

En route vers l’économie du drive ?

Sur l’ensemble du pays, les livraisons à domicile ont progressé de 77,5 % et les ventes du drive de 78,3 % sur la première semaine d’avril. Si les consommateurs cherchent à limiter les contacts en raison des risques sanitaires, l’économie du drive apparaît comme un catalyseur d’une tendance déjà présente. « Le drive était déjà en croissance de 6 % en 2019 », explique Daniel Ducrocq, spécialiste de la grande distribution chez Nielsen, et tirait un secteur globalement en berne. D’après l’Insee, son chiffre d’affaires (hors carburants) a connu une légère baisse entre le dernier trimestre 2019 et la même période en 2018, pourtant marquée par les Gilets jaunes.

Une tendance à laquelle il semble désormais essentiel de s’adapter et qui pourrait s’inscrire dans le temps. Le cas chinois donne une idée du futur. Déjà, en 2003, lorsque l’épidémie de SRAS provoque la mise en confinement de certains territoires, cela avait accéléré la progression du e-commerce pour les produits de grande consommation. Sa part représente désormais 30 % des ventes de la grande distribution et continue de croître.

La proximité progresse

En France, ce marché se situait jusque-là aux environs de 6 %. Sur la semaine du 30 mars, il a grimpé à 10,6 %. Du jamais vu. Ces centres de retrait des courses en ligne attirent d’autant plus que « le télétravail devrait se développer, ce qui renforcerait la livraison à domicile et la proximité », estime Daniel Ducrocq.

"Le télétravail devrait s’accélérer, ce qui renforcerait la livraison à domicile et la proximité"

L’une des conséquences de la crise est également de limiter les déplacements. Ainsi, les enseignes de proximité connaissent une forte croissance de leurs ventes. Toujours sur la même semaine, celles-ci ont augmenté de 30 %.

Cette évolution s’est faite aux dépens des hypermarchés « dont les ventes étaient stables, voire en léger recul l’année dernière », ajoute le spécialiste de la distribution. Avec le confinement, cette évolution s’accentue et l’ensemble des hypers souffre. Plus la surface est grande et plus le recul est fort. Pour les hypermarchés de plus de 7 500 m2, la chute des ventes atteint 13,4 %, alors que celles-ci augmentaient de 6,5 % sur le plan national lors de la semaine du 30 mars. Les Français vont donc au plus près, quitte à perdre en pouvoir d’achat.

Si l’inflation est réelle sur les fruits et légumes, elle reste « ressentie » car les acheteurs se sont portés vers des magasins dont les prix sont globalement plus élevés. Il serait « très étonnant de voir les distributeurs augmenter leurs marges dans une telle période », insiste Daniel Ducrocq. Cela pourrait être mal perçu par les consommateurs, qui pourraient se reporter vers d’autres acteurs non traditionnels comme Amazon. Le contexte leur est également favorable.

Le bio tire la croissance des ventes

Dans le même temps, le bio tire son épingle du jeu. Là encore, il s’agit d’une tendance de fond. En 2019, le chiffre d’affaires du bio progressait de 19 %. Aujourd’hui, « les consommateurs se sont en partie rabattus sur ces produits car ils subissent moins de rupture », selon l’analyste. Sur la semaine du 16 mars, les achats de produits bio se sont accrus de 63 % tandis que pour les produits conventionnels, la hausse se montait à 40 %.  Le bio pourrait de nouveau connaître une croissance à deux chiffres cette année malgré le contexte difficile.

Victor Noiret

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