La France, terre de contrastes

Peut-on dire qu’un pays est prospère lorsque, comme la France, il cumule les atouts au départ et les sous-performances à l’arrivée ? C’est la question à laquelle les experts présents aux Rencontres économiques d’Aix ont cherché à répondre samedi dernier, pointant les forces et faiblesses d’un territoire aux multiples paradoxes.

Peut-on dire qu’un pays est prospère lorsque, comme la France, il cumule les atouts au départ et les sous-performances à l’arrivée ? C’est la question à laquelle les experts présents aux Rencontres économiques d’Aix ont cherché à répondre samedi dernier, pointant les forces et faiblesses d’un territoire aux multiples paradoxes.

→ Retour sur les Rencontres économiques d'Aix 2017.

Un pays qui compte plus d’atouts que ses concurrents internationaux et qui, pourtant, multiplie les contreperformances économiques. C’est en ces termes que, samedi dernier, Patrick Artus, membre du Cercle des économistes, a désigné la France, pointant ainsi le paradoxe qui, selon lui, la caractérise. « Dix-sept entreprises du CAC 40 sont des leaders mondiaux, notre niveau de productivité – supérieur à celui de l’Allemagne et proche de celui des États-Unis – compte parmi les plus élevés au monde, le poids des inégalités au sein de la société ne progresse pas et notre taux de pauvreté est parmi les plus faibles de l’OCDE… », énumère l’économiste avant d’asséner la suite. Cette réalité est en totale inadéquation avec les caractéristiques de l’écosystème français, à savoir : la France « fabrique » chaque année 130 000 « Neets » traduction : de jeunes « Not in Education, Employement or Training », hors système éducatif, hors formation et sans emploi… , ses performances économiques sont « pitoyables » et son retard en termes de révolution technologique flagrant. Un diagnostic sans complaisance que Virginie Calmels, vice-présidente de Bordeaux Métropole, confirme. « Nous créons de la richesse mais nous comptons neuf millions de pauvres, les disparités territoriales en termes d’aménagement numérique sont saisissantes et nous affichons un taux de chômage des jeunes de 25 % alors qu’en Allemagne, celui-ci reste inférieur à 8 %. » Reste à savoir à quoi imputer un tel effet de contraste.

Bipolarisation du marché du travail

Réponse unanime : au fait que nos politiques « n’ont pas fait les bons choix » en matière de dépenses publiques. Ce à quoi s’ajoutent un système éducatif dégradé et une taxation « extravagante » du capital. De quoi alimenter ce que Patrick Artus désigne comme « une longue liste de défaillances françaises » et créer, à l’arrivée, deux freins majeurs à une prospérité partagée. D’une part, un niveau de compétences insuffisant au sein de la population active, faute de formations adaptées aux attentes du marché – « au lieu de privilégier les secteurs sur lesquels il existe une forte demande, on forme encore des gens à des métiers en voie de disparition ! », déplore Virginie Calmels. D’autre part, ce que Patrick Artus appelle « une bipolarisation du marché du travail », un phénomène de concentration des emplois aux deux extrémités du marché du travail – les plus qualifiés et les mieux rémunérés d’un côté, les moins qualifiés et les plus faiblement rémunérés de l’autre – dont découlent le sentiment de déclassement des classes moyennes et des jeunes, la montée des inégalités et le recul de la mobilité sociale.

Prioriser les dépenses de l’État

Une situation à haut risque, économique et sociale mais aussi politique – puisqu’elle favorise la montée des populismes – dont Patrick Artus appelle le pays à sortir en s’appuyant sur ses richesses bien sûr mais aussi en en finissant avec les schémas dépassés et contre-productifs qui rigidifient les comportements et freinent les énergies créatives. Parmi ceux-ci, la tentation largement répandue consistant à opposer systématiquement – en termes d’image médiatique et d’aides accordées – « la gentille PME et le grand méchant groupe ». Autre urgence : favoriser la montée en gamme des emplois de service pour redynamiser les classes moyennes et repenser la stratégie d’investissement de l’État. Autrement dit : identifier les secteurs de dépenses prioritaires, ce qui, insiste Virginie Calmels, est encore loin d’être le cas aujourd’hui. « Il existe un besoin urgent de ré-allouer les moyens en priorisant les objectifs, estime-t-elle. Pour cela les États doivent se recentrer sur leurs fonctions régaliennes. » Et laisser le reste au secteur privé, plus compétent. « Il faut redéfinir le périmètre des missions de l’État, poursuit la première adjointe à la mairie de Bordeaux. Concentrer ses dépenses sur des secteurs stratégiques, et mettre un terme à la dérive massive des dépenses publiques. » Seuls moyens, selon elle et nombre d’économistes, de créer de la « croissance inclusive » et donc, une réelle prospérité au niveau national.

Caroline Castets

 

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