L’hydrogène, la nouvelle panacée européenne ?

La Commission européenne ambitionne d’ajouter l’hydrogène à sa pharmacopée, et d’ainsi élargir son spectre de réponses potentielles à l’urgence climatique. Aujourd’hui insignifiant dans la production d’énergie européenne, Bruxelles espère ramener l’hydrogène à 12 ou 14 % du mix énergétique de l’UE en 2050. Décryptage de la stratégie européenne.
Un train à hydrogène

La Commission européenne ambitionne d’ajouter l’hydrogène à sa pharmacopée, et d’ainsi élargir son spectre de réponses potentielles à l’urgence climatique. Aujourd’hui insignifiant dans la production d’énergie européenne, Bruxelles espère ramener l’hydrogène à 12 ou 14 % du mix énergétique de l’UE en 2050. Décryptage de la stratégie européenne.

L’Union européenne compte faciliter la relance après le coronavirus en investissant dans les énergies vertes. Selon elle, l’arbitrage entre considération écologiques et relance économique, en cette sortie de crise sanitaire, n’est pas justifié. Frans Timmermans, vice-président exécutif chargé du pacte vert pour l'Europe explique : "La nouvelle économie de l'hydrogène peut être un moteur de croissance et nous aider ainsi à surmonter les dommages économiques causés par la pandémie de Covid-19". Pour soutenir cette stratégie, deux piliers : le plan de relance de la Commission européenne "Next Generation EU", et le Green Deal européen. Bruxelles espère ainsi développer son indépendance énergétique, ces plans étant selon la Commission européenne "cruciaux pour la résilience de l’Europe".

L’hydrogène constitue, selon l’Union européenne, un complément de choix aux énergies renouvelables classiques. L'hydrogène permet en effet une production décentralisée tout en palliant à l'intermittence inhérente au solaire et à l'éolien Cette énergie, si elle est encore loin d’une application massive, nourrit les espoirs et se place comme une option intéressante, potentiel carburant d’une nouvelle mobilité et d’une industrie moins polluante.

Plus facile à dire qu’à faire...

Par ailleurs, l’UE assure vouloir privilégier l’hydrogène produit à partir des énergies éoliennes et solaires. De fait, il existe plusieurs techniques pour produire cette énergie. Les plus efficaces sont les technologies dites de reformage et de gazéification, utilisant respectivement gaz naturel et charbon (et biomasse). Ces procédés sont émetteurs de C02, bien que l’utilisation de biogaz et de biomasse et le couplage avec des dispositifs de stockage ou de captage de gaz carbonique permettent d’en atténuer les effets polluants. C’est donc la troisième option que l’Europe a choisi de valoriser, l’électrolyse. La démarche consiste à dissocier la molécule d’eau en l’exposant à un courant électrique, le procédé est plus ou moins polluant en fonction de la méthode choisie pour produire de l’électricité. En choisissant les énergies renouvelables pour cet office, "l’hydrogène sera émis sans aucune émissions de gaz à effet de serre", on obtient une technologie très peu émettrice de CO2 d'après Airliquide, fournisseurs de solutions énergétiques. Toutefois, toujours selon le producteur d’énergie, cette méthode est la moins efficace, et "est généralement utilisée pour produire de faibles volumes d’hydrogène".

C’est conscient de ces limitations que la Commission européenne annonce que "d'autres formes d'hydrogène bas carbone seront nécessaires pour réduire rapidement les émissions et soutenir le développement d'un marché viable". Les procédés de reformage et gazéification par biogaz et biomasse pourrait donc être développés dans un premier temps, pour épauler l’électrolyse au cours de son déploiement.

Un plan, il nous faut un plan !

Si l’électrolyse est prometteuse, encore faut-il se donner les moyens d’en faire une solution de grande ampleur. L’Europe a donc choisit de planifier une transition progressive vers l’hydrogène, et de définir trois paliers d’action. De 2020 à 2024, l’UE prévoit l’installation de structures productrices d’hydrogène par électrolyse, à raison d’une capacité de six gigawatts, avec pour objectifs la production d’un million de tonnes d’hydrogène renouvelable. Le deuxième palier couvrira la période allant de 2025 à 2030, et devrait voir passer les capacités installées, de six à quarante gigawatts d’électrolyseurs. Il est aussi prévu que la production en tonne soit multipliée par dix. Enfin, le dernier palier ne sera pas de cinq ans, comme les précédents, mais de vingt ans. En 2050, les technologies productrices d’hydrogènes pourraient être arrivées à maturation et contribuer à la décarbonation de nombreux secteurs.

Bien sûr, de nombreux investissements seront nécessaires pour mettre une telle stratégie à l’œuvre. C’est à cet effet que l’alliance européenne pour un hydrogène propre a été fondée.  Regroupant des acteurs du secteur, la société civile, des ministres et la Banque européenne d’investissement, elle permettra, selon Thierry Breton, commissaire au marché intérieur "d'orienter les investissements vers la production d'hydrogène", tout en constituant "une réserve de projets concrets destinés à soutenir les efforts de décarbonation des industries européennes à forte intensité énergétique".  En parallèle, normes, tarifs préférentiels et mesure facilitatrices sont attendus par les pays membres, afin de favoriser l’usage de l’hydrogène. L’UE disposant déjà d’outils comme les feed-in tariffs et feed-in premium (tarifs de rachat fixés à l’avance), fers de lance de la stratégie européenne de déploiement des énergies renouvelables, les dirigeants de l’UE sont confiants.

Par Thomas Gutperle

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