L’essor de l'assurtech, vers l’infini et au-delà ?

L’essor de l'assurtech, vers l’infini et au-delà ?

© OlenyatkO

Acheel, Stoïk, Ornikar, Qiti, Luko, Bifröst… Qui sont ces start-up de l'assurtech qui bousculent le monde de l’assurance ? Après une émergence rapide, elles révolutionnent le marché en profondeur et assoient leur position tant en France que dans le monde.

Avec une levée de fonds cumulée de 627 millions d’euros en 2021, la France fait partie du top 3 des pays européens leaders sur le marché de l'assurtech européen dont le développement a contribué à la croissance fulgurante du marché mondial : les investissements dans le secteur ont dépassé les 10 milliards de dollars en 2021.

Une offre nouvelle et diversifiée

Fin 2021, la plateforme de veille des start-up et des innovations stratégiques Klein Blue Partners a recensé plus de 250 assurtech en France. En 2017, elles n’étaient encore que 47. La multiplication de ces structures est la conséquence directe de l’évolution des modes de consommation, de la demande accrue de produits personnalisés et de la transformation numérique. L’intelligence artificielle, les objets connectés, la blockchain et le big data sont notamment des outils révolutionnaires dont s’emparent progressivement les assurtech.

Désormais, toutes les jeunes pousses de l’assurance promeuvent la simplicité et la transparence, au travers d’offres innovantes et technologiques et à des coûts moins élevés que ceux proposés par les assureurs traditionnels. Cela n’empêche pas une grande diversité au sein des néo-assurances. En janvier 2022, le média sur l’entrepreneuriat et l’innovation Maddyness, en partenariat avec l’incubateur d’assurtech et de fintech platform58, estime à 53 % la part des assurtech adressant leurs services directement aux particuliers. Compte tenu du marché ultra-concurrentiel, les occasions en B2C se raréfient et les néo-assureurs se positionnent sur des secteurs de niche. En témoignent Insurly, spécialisée en assurance voyage, et Qiti, destinée aux expatriés.

De façon générale, l’offre des assurtech porte sur des contrats nouveaux. EasyBlue propose des assurances professionnelles sur mesure grâce à l’intelligence artificielle, Bifröst met à disposition une plateforme de pair-à-pair pour ses clients et Descartes Underwriting développe des solutions d’assurance paramétriques. Les risques à couvrir évoluent également. Si les thèmes de la santé et de l’habitation sont toujours bien représentés, certaines assurances innovent et s’attaquent aux risques climatiques et cyber, comme Stoïk sur ce dernier créneau.

Assureurs et assurtech : amis ou ennemis ?

Pour beaucoup, la bataille avec les assureurs traditionnels se jouera sur le terrain de la data. Si ces derniers disposent de données en quantité, les assurtech se démarquent dans leur manière de les exploiter. C’est ce qui fait leur agilité et agrandit leur champ des possibles. Pour autant, peut-on vraiment parler de bataille avec les assureurs traditionnels ? Leur relation est complexe mais semble tendre vers une entente, si ce n’est une collaboration. Les start-up de l’assurance proposent des services innovants aux assureurs et courtiers qui, de leur côté, investissent dans ces jeunes pousses. Le lancement de quelques produits d’assurance concurrents ne semble pas perturber cet équilibre.

En France, la légitimité des assurtech vis-à-vis des assureurs traditionnels est confortée par l’ACPR, chargée de la stabilité du secteur de l’assurance et de la protection de la clientèle de ces établissements. Après avoir lancé son activité en assurance santé "100% en ligne", Alan est considérée comme la pionnière des assurtech. En 2016, elle est la première start-up à recevoir le titre officiel de compagnie d’assurance grâce à l’agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Depuis, trois autres assurtech ont bénéficié de cette accréditation : Seyna, Acheel et Mila. Luko s’est quant à elle tournée vers un équivalent de l’ACPR outre-Rhin.

Un marché en expansion

Leur développement se concrétise pour certaines par l’acquisition du statut de licorne, dès lors qu’elles atteignent l’équivalent d’un milliard de dollars de valorisation. Alan en est devenue une en 2021. Elle continue sur sa lancée et annonce en mai 2022 une nouvelle levée de fonds de 183 millions d’euros : la start-up double sa valorisation qui s’élève désormais à 2,7 milliards d’euros. Seule autre assurtech à faire partie du club très fermé des licornes : Shift Technology. Ses services de détection des fraudes à l’assurance basés sur le big data lui ont permis de lever 220 millions de dollars en 2021. Autre signe illustrant l’évolution du marché : le rachat d'assurtech par les assurtech elles-mêmes et non plus uniquement par les assureurs. En ce début d’année 2022, Luko a racheté Coya, son équivalent allemand. Autre exemple, +Simple a fait l’acquisition de pas moins de sept professionnels de l’assurance en deux ans, dont l’assurtech Marintec en Italie !

Ces rachats en pays voisins traduisent une expansion des assurtech françaises en Europe. Alan s’est déjà implantée en Belgique et en Espagne, Descartes Underwriting voit encore plus loin et envisage un déploiement en Asie et en Amérique du Sud. De son côté, Stoïk espère avoir une empreinte dans d’autres pays européens et souhaite s’attaquer au marché allemand. Si une légère décroissance sur le plan mondial semble s’annoncer pour 2022, la France échappe pour l’instant à cette tendance.

Clara Lafforgue

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