Transition écologique : l'essor de la finance positive

Transition écologique : l'essor de la finance positive
Mathilde Reverberi

Depuis quelques années, la recherche de l'impact positif de l'investissement touche l'ensemble de la finance et gagne du terrain. Après les différentes évolutions de la finance et l'ouverture vers l'investissement socialement responsable (ISR), le monde financier évolue et souhaite que l'impact qu'elle produit au quotidien devienne de plus en plus positif.

La finance positive à la hauteur des enjeux du développement durable

Le dernier sommet mondial de la finance au service des enjeux climatiques, le One Planet Summit, s’est déroulé le 24 octobre dernier à Paris. Il a été lancé sous l’impulsion d’Emmanuel Macron pour faire avancer la transition écologique. En effet, aujourd’hui, c’est une liste d’enjeux planétaires assez conséquente à laquelle il va falloir faire face dans les années à venir sur la pression croissante pesant sur la terre, l’énergie ou l’alimentation.

Ce sont quatre vastes thèmes qui sont au cœur de ce sommet : la lutte contre le réchauffement climatique (baisse des émissions de CO2 liées au transport), la protection des océans (lutte contre la pollution plastique et contre la pêche illégale), la préservation de la biodiversité (notamment par le changement des pratiques agricoles) et la mobilisation de la finance. De l’agroalimentaire à l’automobile, de la mode à l’électronique, de l’Europe au Brésil en passant par les États-Unis, de plus en plus d’entreprises souhaitent afficher une approche résolument positive du développement durable, en orientant sur les opportunités d’innovation et de business que représente la résolution des problèmes écologiques et sociétaux contemporains.

"Les impacts négatifs doivent être clairement identifiés et compensés"

La transition écologique nécéssite des financements importants

Il ne s’agit plus de montrer que l’activité menée ou financée n’a pas causé de tort à la planète ou à la société mais de prouver que la finance apporte des effets positifs, (développer la biodiversité, les énergies propres…) de les quantifier et de les projeter dans l’avenir. Les impacts négatifs doivent être clairement identifiés et compensés. Par exemple, le cas d’une ferme d’éoliennes génère une énergie propre en réduisant les émissions de carbone, en revanche, elle constitue une menace pour les oiseaux et crée une pollution sonore…

Il faut désormais tenir compte de tous les impacts d’une telle mise en place, en installant des réflecteurs pour éloigner les oiseaux, afin de compenser les dommages de la biodiversité. C’est lors de l’Accord de Paris que la référence au rôle des investisseurs est réellement intégrée. Il est désormais intéressant de se pencher plus précisément sur les avancées et les obstacles rencontrés par les investisseurs pour intégrer ces enjeux.

Aujourd’hui, les investisseurs font face à deux problématiques : d’une part, la transition écologique qui nécessite des financements très importants (plus de 2 trillions de dollars par an et ce, sur les vingt prochaines années), uniquement sur le système énergétique. Et d’autre part, le réchauffement climatique qui aura un impact économique considérable sur de nombreux secteurs, et bien au-delà des plus évidents comme l’énergie ou le transport.

La communauté financière considère aussi des risques de « transition », qui sont définis comme l’exposition aux évolutions induites par la transition vers une économie bas carbone. Par exemple, des mesures d’atténuation, comme une hausse du prix du carbone peuvent engendrer un risque pour les entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre.

Le risque est aussi géographique. En effet, certains pays sont davantage éloignés des pôles financiers et décisionnels, et d’autres, comme la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Europe de l’Est se trouvent « enlisés » dans des actifs plus polluants. Ces deux types de données contribuent malheureusement à une moins bonne connaissance des mécanismes de propagation des risques.

"Près de 40 % des investisseurs disent vouloir intégrer ces notions dans leurs choix pour favoriser l’essor de la finance positive"

L'évolution des enjeux suite à la crise de la Covid-19

La crise du Covid-19 a accéléré toutes ces réflexions problématiques. Aujourd’hui, les axes des débats publics échangent sur une nouvelle évolution de notre modèle économique et social : relocalisation des industries en France, soutien aux circuits courts tant alimentaires que sanitaires, soutien aux PME innovantes en matière médicale, alimentaire et environnementale. Près de 40 % des investisseurs disent vouloir intégrer ces notions dans leurs choix pour favoriser l’essor de la finance positive. Plus des trois quarts des Français déclarent que le secteur de la finance doit être présent pour aider notre société à revoir tous ses fondamentaux.

Cette révolution de l’impact positif et du « business for good » se joue aussi dans les caddies. L’acte d’achat n’est plus anodin et certaines marques, qui s’attachent à retravailler leur raison d’être pour y intégrer l’idée qu’elles sont à but lucratif, mais aussi au service de l’intérêt général, l’ont bien compris. Des entreprises performantes vont continuer à gagner du terrain en positionnant leur cœur de stratégie autour d’une finance à impact positif.

C’est le cas pour les sociétés qui ont comme modèle la lutte contre le gaspillage alimentaire et qui font le nécessaire pour pouvoir en finir avec les tonnes de nourriture perdues, et donc responsables d’inutiles émissions de gaz à effet de serre. C’est à ce niveau que désormais de nouvelles décisions sont prises pour les entreprises qui dirigent leurs investissements vers davantage de projets capables de régler à leur échelle une partie des crises planétaires.

La finance positive offre toutes les possibilités pour continuer à créer et évoluer dans un monde meilleur. La crise du Covid-19 devrait continuer à accélérer ce mouvement.

Mathilde Reverberi, Associée, Allure Finance

Allure Finance

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