L'entreprise s'ouvre à l'autisme

Longtemps ignorée, la problématique de l’emploi en milieu ordinaire
des personnes autistes commence à prendre place parmi les dispositifs d’inclusion. Deux pionniers en la matière racontent leur expérience.

Longtemps ignorée, la problématique de l’emploi en milieu ordinaire des personnes autistes commence à prendre place parmi les dispositifs d’inclusion. Deux pionniers en la matière racontent leur expérience.

Jean-François Dufresne est le père d’un enfant autiste. Lorsque son fils fête ses vingt ans, les professionnels de santé affirment qu’il ne pourra jamais travailler et devra vivre dans un centre spécialisé. « J’en ai visité plusieurs. Certains étaient très bien… se souvient-il, mais je n’ai pas pu accepter ce type de vie pour mon fils. Pour lui, « les autistes sont comme nous : si on les enferme, ils deviennent fous… ». Directeur général du groupe Andros à l’époque, il tente de remédier à la situation. « Un entrepreneur, quand il ne trouve pas de solution, il la crée ! » Jean-François Dufresne conçoit un dispositif destiné à permettre l’intégration d’autistes en entreprise, en partenariat avec des institutions privées et publiques, l’État et les collectivités locales. L’association Vivre et travailler autrement voit officiellement le jour en 2015. Naturellement, c’est au sein des usines d’Andros que le projet est développé. Aujourd’hui, huit personnes autistes sont employées sur l’un des sites de production du groupe, à Auneau en Eure-et-Loir.

D'Andros à Servair

En février 2018, TF1 diffuse un reportage présentant l’exemple ­d’Andros. Patricia Larzillière, directrice générale adjointe de Servair Paris Air Catering & Antilles-Guyane, est immédiatement séduite par l’initiative. Dès le lendemain, elle en parle à ses équipes. Le contact est pris avec l’association, une visite du site d’Andros est organisée… et Servair décide de se lancer dans la démarche.

Il faut environ huit mois pour ­préparer l’accueil du premier salarié. L’entreprise est conduite à adapter l’organisation de l’usine, même si les changements restent assez marginaux. « Nous avons dû remettre des visuels, sérier les postes de travail, repenser les tâches répétitives…, explique la dirigeante. Mais il s’agissait essentiellement de remettre de la clarté et de la rigueur dans le processus de production, ce qui s’est avéré positif pour tous. » La ­personne autiste est accompagnée par les bénévoles de Vivre et travailler autrement, qui l’aident ensuite pour la prise en main de son poste et l’apprentissage de son métier. « Ce sont des salariés très assidus, ils ne sont pas rebutés par les travaux répétitifs, à la différence de beaucoup de neurotypiques (les non autistes), souligne le fondateur de l’association. Ils ont une forte capacité de concentration, sont minutieux… et nous avons pu mesurer qu’ils sont plus productifs que les autres ! »

Sens

Le premier salarié autiste de ­Servair est accueilli en mai 2019 « en CDI et au même niveau de rémunération que les autres personnes sur ce poste », précise Patricia Larzillière qui prévoit d’étendre le projet d’ici à la fin de l’année. « Une fois le premier autiste intégré, on peut aller un peu plus vite et accueillir deux à quatre collaborateurs supplémentaires par an », confirme Jean-François Dufresne. L’initiative a été remarquée au sein du groupe Servair, et d’autres entités envisagent de s’insérer dans le programme. « Je n’ai rencontré aucun frein de la part des équipes, se félicite la directrice générale adjointe. Leur enthousiasme est allé au-delà de mes espérances. Ce ­projet est porteur de sens et permet d’améliorer l’entreprise par bien des aspects. » Les pouvoirs publics se sont intéressés à cette initiative qui reçoit notamment l’appui de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel. « L’emploi en milieu ordinaire fait partie des priorités du gouvernement », se réjouit Jean-François Dufresne. Il cherche aujourd’hui d’autres entreprises susceptibles d’emboîter le pas à Servair et Andros.

Marie-Hélène Brissot

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