L'Élite 2020 : qui sont les figures du palais ?

Thomas Baudesson, Kiril Bougartchev, Jean-Yves Garaud, Corinne Lepage, Kami Haeri, Olivier Fréget et Thomas Rouhette sont les avocats identifiés par Décideurs Juridiques pour figurer parmi les meilleurs du barreau d'affaires, dans la catégorie "figures du palais".

Thomas Baudesson, Kiril Bougartchev, Jean-Yves Garaud, Corinne Lepage, Kami Haeri, Olivier Fréget et Thomas Rouhette sont les avocats identifiés par Décideurs Juridiques pour figurer parmi les meilleurs du barreau d'affaires, dans la catégorie "figures du palais".

Thomas Baudesson, le méticuleux

(Clifford Chance, contentieux)

Impossible de passer à côté de la première convention judiciaire d’intérêt public grâce à laquelle Airbus, en payant une amende record de 2 milliards d’euros, s’est exonéré en janvier dernier de poursuites pénales engagées par le DoJ américain, le Service Fraud Officer anglo-saxon et le Parquet national financier. Parmi les avocats de ce dossier, Thomas Baudesson. À la tête de la pratique litigation de Clifford Chance, il intervient alors aux côtés de l’avionneur français dans cette négociation de haut vol. Issu d’une famille d’architectes, milieu pour lequel il se passionne depuis son plus jeune âge, il explique avoir été introduit dans le vif du contentieux pénal par le biais du très médiatique procès de l’incendie du tunnel du Montblanc survenu en 1999. Dans cette affaire charnière pour sa carrière, il défendait le groupe Volvo, constructeur du camion à l’origine de l’incendie, devant faire face à d’importantes demandes d’indemnisation et finalement relaxé. "L’affaire Outreau venait tout juste de secouer la justice française, il fallait au travers de ce procès regagner la confiance des citoyens", explique cet adepte de design thinking qu’il utilise pour expliquer à ses collaborateurs et ses clients ses stratégies judiciaires. Ce Parisien troque volontiers son crayon contre une plume pour écrire de nombreux ouvrages juridiques en lien avec sa pratique et confie être en train de travailler sur un projet quelque peu différent : à savoir un ouvrage de réflexion sur la profession d’avocat. Avis de publication !
 

Kiril Bougartchev, le fondateur

(Bougartchev Moyne & Associés, contentieux)

On ne présente plus Kiril Bougartchev : à la tête du cabinet qui porte son nom et celui de son associé, Emmanuel Moyne, il est considéré comme l’un des pères fondateurs du volet "affaires" du droit pénal, la criminalité financière et en col blanc. C’est sans nul doute l’affaire Pechiney-Triangle, un scandale politico-financier de la fin des années 1980, qui lui fit comprendre qu’il désirait se consacrer à cette matière. À l’époque, nombreux sont pourtant les avocats qui ne croient pas en l’avenir d’une telle pratique. "Aux États-Unis, une personne morale pouvait pourtant être pénalement responsable. Aussi étais-je persuadé que ce serait aussi le cas un jour en France", explique cet ancien Secrétaire de la conférence. Au cours de ses expériences chez Gide Loyrette Nouel et Linklaters, où il a fondé la pratique white collar, Kiril Bougartchev s’empare de dossiers aussi tentaculaires que médiatiques, qui forgeront peu à peu sa renommée : l’affaire des écoutes de l’Élysée, des Frégates de Taïwan, de l’Établissement français du sang de Rennes, les poursuites contre Jérôme Cahuzac, l’attentat de Karachi, la défense de la banque suisse UBS, le scandale de François Fillon et des emplois fictifs, ou encore la manipulation d’indices Euribor/Libor. Kiril Bougartchev se consacre également à des litiges moins médiatiques, mais tout autant stratégiques. Au cours de ces derniers mois, l’avocat a constaté l’accroissement de fraudes au président dans les entreprises ainsi que des contentieux de haut de bilan liés à des ruptures de pourparlers du fait de la crise sanitaire. "J’aurais adoré être architecte, afin de laisser une trace", confie cet amateur de navigation et de marche en pleine nature, qui a déjà marqué de son empreinte le monde du droit pénal des affaires.


Jean-Yves Garaud, l'accompli

(Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, contentieux)

Lors de la remise en cause de l’arbitrage entre Bernard Tapie et le CDR, l’entrée remarquée de Jean-Yves Garaud aux côtés de l’État s’explique en partie, selon lui, par sa pluridisciplinarité. Celui qui a fait le choix, très tôt dans sa carrière, de lier contentieux commercial, droit pénal des affaires et arbitrage en fait sa marque de fabrique. Le dossier Tapie est un bon exemple de la croisée de ces spécialités, même si "cette décision médiatique n’est pas le reflet de l’arbitrage en France." Pour ce fils de juristes né à Paris, il s’agit d’un mode de résolution des litiges prévu non pas pour les particuliers, mais pour les entreprises et les États. Une illustration amusante de cette caractéristique : la plainte déposée par un justiciable contre la France pour mauvais fonctionnement de la Cour de cassation, "une procédure arbitrale abandonnée par le demandeur", raconte celui qui défend aussi parfois des gouvernements africains. L’homme des grandes batailles boursières, de Capgemini/Altran à Covea/Scor jusqu’au dossier Canal+ contre la Ligue de football est également l’un des artisans de la première convention judiciaire d’intérêt public signée entre HSBC et le Parquet national financier en 2017. Quelques mois plus tard, il défend la Royal Bank of Canada Trust Company dans le dossier de fraude fiscale Wildenstein. L’ancien Secrétaire de la conférence a fait du chemin depuis l’affaire Clearstream, où il plaide pour les parties civiles. De quoi acquérir une vision à la fois globale et précise des rouages de la justice en France. Raison pour laquelle celui qui a fait toute sa carrière chez Cleary Gottlieb tente aujourd’hui de faire comprendre que le système français devrait tenter de s’adapter à chaque litige.


Corinne Lepage, la militante

(Huglo-Lepage, droit de l'environnement)

Se situant à la rencontre du droit et de la politique, Corinne Lepage est une figure notoire de la protection de l’environnement. Ayant cofondé son cabinet avec son mari Christian Huglo en janvier 1978, elle a porté ses convictions aux plus hauts niveaux, successivement en tant que ministre de l’Environnement puis comme eurodéputée. Au sein du premier cabinet de droit public en France, elle intervient sur des dossiers environnementaux majeurs dès le début de sa carrière, notamment celui de la centrale nucléaire de Flamanville ou celui du pétrolier supertanker Amoco. Le 19 novembre 2020, l’avocate a enregistré une nouvelle victoire en défendant la commune de Grande Synthe dans la première action menée contre l’État dans un contentieux lié au changement climatique. "Ce qui m’intéresse, c’est l’efficacité, la défense d’avancées juridiques concrètes, et depuis quelques années, j’ai la chance de pouvoir mener tous les combats que je souhaite", se réjouit-elle.

Entourée d’une vingtaine de personnes triées sur le volet, Corinne Lepage travaille aussi comme conseil auprès d’entreprises souhaitant progresser au travers de la RSE. Pour l’ancienne ministre, "il est plus intéressant d’agir par le droit que par la politique, qui se heurte à trop de difficultés pour rendre des résultats concrets". S’investissant pleinement dans ses idéaux sur les plans européen et international, la rédactrice de la Déclaration des droits de l’humanité en marge de la COP21 tente également de donner l’exemple au sein de son cabinet, l’un des premiers en France à être devenu une entreprise à mission dotée d’une raison d’être.
 

Kami Haeri, l'alchimiste

(Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan, contentieux)

Il ne l’admettra jamais, mais Kami Haeri est un homme très convoité. Par les grandes entreprises d’abord, lorsqu’elles doivent faire face à des enquêtes pénales, se défendre au cours de contentieux multi-juridictionnels, préparer leur programme de conformité ou lutter sur le terrain juridique face à l’activisme actionnarial. Par les institutions publiques ensuite, au premier chef desquelles la Chancellerie, quel que soit le Garde des Sceaux d’ailleurs, qui aime le placer dans une posture d’observateur et de conseil avisé. À son rapport sur l’avenir de la profession en 2016 a succédé le 23 octobre dernier celui sur la formation, un point majeur de son combat d’avocat pour ses jeunes consœurs et confrères. Par les cabinets enfin. Il fallait que ce soit l’enseigne américaine du litigation haute couture Quinn Emanuel qui le sollicite pour que ce Français d’origine iranienne quitte la maison August Debouzy fin 2017. Depuis, l’avocat de 49 ans est dans son élément. "Le droit s’est tellement globalisé, la régulation mondiale est si influente que j’avais envie de toucher du doigt cet écosystème juridique international." Un immense challenge, puisque la simplicité "janséniste" des locaux cache l’exigence d’un niveau de profitabilité dans chacun des bureaux de la firme. Rien d’impossible pour celui qui défend de nombreux hedge funds, dont Elliott, représente Google dans ses class actions contre UFC-Que Choisir, accompagne Airbus et Renault, mais aussi Rexel dans une enquête pénale et de concurrence, Tereos sur des sujets de réglementation, Meridian lors de contentieux financiers et Unibail en conformité. "Grandeur et servitude" : deux mots pour clôturer une liste infinie de dossiers à couper le souffle.
 

Olivier Fréget, le précurseur

(Fréget et associés, regulatory et droit de la concurrence)

Entré "par effraction" dans l’avocature, Olivier ­Fréget est devenu une figure d’autorité du droit de la concurrence. Cet européen convaincu a fait de la libre concurrence son cheval de bataille. Se plaçant du côté des outsiders dans un combat contre les monopoles et l’arbitraire, il use d’un vocabulaire de pénaliste pour soutenir l’ouverture des marchés réglementés. "Certes, le droit économique n’est pas une matière laissant beaucoup de place au lyrisme. Il n’en va pas de la liberté d’un homme ou d’une femme. À l’inverse, la recherche d’une cohérence entre les règles peut permettre de ressentir une satisfaction d’ordre esthétique, lorsque l’on parvient à bien agencer les règles pour leur faire donner un sens", explique-t-il. Liant ses convictions à son goût des nouvelles technologies, des multimédias et de l’industrie, il a conclu son premier dossier par la fin du monopole de France Télécom en matière de fax, puis d’Internet. Véritable guérillero, il a assisté plus récemment les groupes pharmaceutiques Novartis et Janssens, et il est intervenu sur les dossiers Arenh opposant EDF et ses concurrents en matière d’énergie nucléaire, critiquant avec véhémence les interventions de l’Autorité de la concurrence. Cet ancien associé d’Allen & Overy s’est bâti seul : "Je crois avoir construit mon parcours en conservant un certain éclectisme, mis au service de convictions libérales et entrepreneuriales", se souvient-il. En 2014, il se lance dans l’aventure entrepreneuriale, fondant un cabinet de niche unique sur le marché, et planifie aujourd’hui un nouveau projet avant-gardiste, au croisement du droit, de l’économie et de la politique.

Thomas Rouhette, l'ouvreur

(Signature Litigation, contentieux)

Thomas Rouhette a créé la surprise il y a un peu moins de deux ans lorsqu’il a quitté Hogan Lovells, la maison dans laquelle il exerçait depuis plus de vingt-cinq ans,  pour ouvrir le bureau parisien d’une boutique jusque-là inconnue sur le marché français : Signature Litigation. Un tournant majeur dans la carrière de celui qui dirigeait l’activité du pôle contentieux de la firme anglo-américaine. À présent, ce natif de Madagascar s’attache à identifier les futures stars pour faire grandir l’équipe qui dispense un service litigation full service en toute indépendance. Ce fils de professeurs de droit n’est pas né de la dernière pluie. Sa carrière a été jalonnée de dossiers ayant trait à des catastrophes industrielles comme le crash d’un Boeing 737 à Charm El Cheikh en 2004 ou celui d’un biréacteur de la West Caribbean au Venezuela en 2005. Depuis, des litiges comme celui issu du dieselgate pour Renault, celui des poursuites engagées par L’Oréal contre eBay pour contrefaçon ou celui de la défense de Cacib plongé dans des procédures contentieuses internationales s’empilent sur son bureau. Et dernièrement, c’est Vivendi qui a toqué à sa porte. À chaque fois, l’attrait pour le combat judiciaire, que cet amateur de rugby compare au sport pour l’application des règles et le respect de l’adversaire qu’il implique, s’ajoute à la dimension internationale de son exercice : "Ce qui me passionne, c’est d’expliquer à un client international dans une langue qui n’est pas la mienne un droit et une procédure qui ne sont pas les siennes", relève-t-il, avant de regretter l’imprévisibilité du droit français, cadencé par une jurisprudence sans cesse mouvante, jusqu’à faire fuir les investisseurs étrangers. La stabilité, il la forge au sein de la Fédération française de football, dont il dirige la commission supérieure d’appel.

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