L. Cornet (Eight Roads) : "Nous souhaitons conserver notre focus sur les scale-up"

Le fonds d’investissement Eight Roads, qui est présent depuis 2010 en Europe, a annoncé le closing de son quatrième fonds d’investissement destiné aux scale-up européennes avec 450 millions de dollars à investir, ce qui porte au total à 8 milliards de dollars les actifs sous gestion du fonds. Lucile Cornet, Partner au bureau de Londres d’Eight Roads, revient sur cette opération et la stratégie du fonds d’investissement.

Le fonds d’investissement Eight Roads, qui est présent depuis 2010 en Europe, a annoncé le closing de son quatrième fonds d’investissement destiné aux scale-up européennes avec 450 millions de dollars à investir, ce qui porte au total à 8 milliards de dollars les actifs sous gestion du fonds. Lucile Cornet, Partner au bureau de Londres d’Eight Roads, revient sur cette opération et la stratégie du fonds d’investissement.

Décideurs. Quels sont vos éléments de différenciations vis-à-vis des autres fonds ?

Lucile Cornet. Nous avons trois principaux axes de différenciation. Le premier, celui de nous être spécialisés dans les scale-up. Alors que la majorité des fonds effectuent des opérations allant du seed jusqu’au post-IPO, nous avons, pour notre part, fait le choix d’être plus horizontal et de nous concentrer uniquement sur une étape de développement et d’être expert en la matière. C’est une stratégie de positionnement qui résonne beaucoup chez les entrepreneurs que nous accompagnons car toutes les entreprises de notre portefeuille sont plus ou moins au même stade, ce qui permet un échange entre pairs, et ce, quand bien même ces start-up évoluent dans des secteurs d’activité totalement différents.

Notre deuxième axe de différenciation est cette identité profondément internationale qui nous caractérise. Eights Roads bénéficie d’une implantation mondiale avec des bureaux aux États-Unis et en Asie. Nous avons également un bureau à Londres, pourvu d’un effectif d’une vingtaine de personnes, et qui couvre l’ensemble de la zone européenne. Nous pouvons ainsi compter dans notre portefeuille des start-up originaires de Malmö, Barcelone, Londres, Francfort ou encore Vilnius.

Enfin, notre troisième axe de différenciation, qui nous tient particulièrement à cœur, est notre relation avec les entrepreneurs. Le Venture reste un métier très humain où le contact et la relation sont primordiaux. Nous essayons d’être très empathiques avec nos entrepreneurs et mesurons tous les ans notre net promoter score [un indicateur permettant de connaître et de mesurer la satisfaction et la fidélisation des entrepreneurs, Ndlr]. Notre résultat le plus récent est de 89, ce qui est un très bon score. Nous accordons une importance particulière à cet aspect relationnel car, sur le marché actuel, les capitaux sont de moins en moins un élément différenciant. L’aspect plateforme et marque restent des éléments importants, mais la dimension humaine a également une importance prépondérante. Par ailleurs, nous avons un portefeuille de sociétés assez concentré du fait de notre nombre restreint d’investissements, ce qui contribue à nous rendre davantage disponibles dans l’accompagnement des start-up.

"Nous investissons en moyenne des tickets entre 10 et 50 millions d’euros dans les entreprises à ce stade de développement."

Quels sont les objectifs poursuivis avec ce quatrième fonds et sur quels segments d’activité ?

Avec les 450 millions de dollars levés pour notre quatrième fonds européen et qui seront dédiés aux entrepreneurs de la région, nous souhaitons conserver le focus qui a toujours été le nôtre depuis le départ, à savoir les scale-up. Il s’agit d’entreprises qui rencontrent déjà un succès initial, ont un modèle qui fonctionne, ou encore une équipe, etc. et qui cherchent à se développer en recrutant et en s’internationalisant. C’est ce que j’appelle les années adolescentes des start-up. Nous investissons en moyenne des tickets entre 10 et 50 millions d’euros dans les entreprises à ce stade de développement.

Notre équipe est agnostique en termes de secteur concernant la tech. Historiquement, nous avons beaucoup investi en consumer, à la fois dans des marques et des places de marché comme Made.com qui vient d’être introduite à la Bourse de Londres, Treatwell et Not On The High Street, ou encore Wallapop en Espagne ou Otrium au Pays-Bas.

Notre deuxième segment important est celui des logiciels. Nous comptons dans notre portefeuille deux sociétés spécialisées dans la data, dont la start-up Neo4j, qui est le leader des bases de données établies à partir de graphes. Celle-ci vient de réaliser un important tour de table avec Eurazeo qui a porté sa valorisation à 2 milliards.

Le troisième segment d’activité sur lequel nous sommes très présents est celui des fintech et des insurtech. C’est d’ailleurs un de mes secteurs d’activité privilégiés. À titre d’exemple, nous avons investi dans Spendesk ou encore Compte Nickel il y a quelques années, qui a été une des premières néobanques à avoir été revendue à BNP Paribas.

Vient enfin celui de la santé. Cependant, nous ne sommes intéressés que par les entreprises qui présentent un angle très technologique. Une bonne illustration des start-up du secteur du healthcare dans notre portfolio pourrait être Owkin, une société qui utilise l’intelligence artificielle dans le domaine de la recherche médicale. Nous sommes très fiers d’être investisseur dans cette entreprise à cœur technologique.

Qui sont vos principaux concurrents sur votre positionnement en Europe ?

Historiquement, nous retrouvons souvent des fonds tels que Highland Europe, Partech ou Eurazeo sur les dossiers qui entrent dans notre périmètre. Phénomène plus récent, les fonds d’investissement américains sont davantage présents en Europe depuis ces douze derniers mois, avec le fonds Tiger en tête de file.

Néanmoins, le marché reste propice à la "coopétition", plus que la compétition, dans la mesure où les fonds ont davantage tendance à investir à plusieurs sur les levées de fonds. Je remarque également, après dix ans de métier, qu’il y a beaucoup plus d’opportunités alors qu’il y avait auparavant très peu de scale-up en Europe.

Propos recueillis par Laurier John-Pierce Ngombe

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