L’avenir des infrastructures d’aujourd’hui en question

Le cabinet de conseil Carbone 4 a publié un rapport, proposant une méthodologie d’alignement des portefeuilles financiers d’infrastructures avec les objectifs des accords de Paris. Analyse des résultats.

Le cabinet de conseil Carbone 4 a publié un rapport, proposant une méthodologie d’alignement des portefeuilles financiers d’infrastructures avec les objectifs des accords de Paris. Analyse des résultats.

Les infrastructures ont cette caractéristique d’être des actifs à vie longue, présentes souvent pour des décennies. Un investissement judicieux et lucide sur l’impact à long terme de ces actifs est indispensable selon Carbone 4, pour espérer rester dans les clous des accords de Paris. C’est donc pour diriger et donner un cadre aux investissements que le cabinet de conseil, sponsorisé entre autres par l’agence française de développement (AFD) et la Banque Postale Asset Management, a mis au point la méthode 2-infra. Cette dernière a pour ambition de déterminer quels portefeuilles sont compatibles avec des scénarios bas carbones, et les risques, de transition comme physiques, auxquels s’exposent les infrastructures dans un monde au climat altéré.

Un mécanisme de précision

L’évaluation du portefeuille est, selon le rapport, plutôt précise, et s’appuie sur une analyse de chaque actif, ne se contentant pas d’une analyse globale, ou d’une extrapolation de tendances sectorielles. De plus, la méthodologie s’applique à une période donnée, pouvant être déterminée par la durée de détention d’un actif dans le portefeuille, ou au contraire être calquée sur sa durée de vie économique ou utile. D’autre part, la notation se base fortement sur l’utilisation finale qu’il sera fait d’un actif. Qu’elle soit utilisée pour produire de l’électricité ou transporter des passagers, une infrastructure sera systématiquement comparée avec toutes celles fournissant le même service, et non pas uniquement celles du même type. Par exemple, une centrale à charbon achetée pour chauffer un logement ne sera pas seulement comparée aux autres centrales remplissant la même fonction, mais bien à toutes les installations capables de fournir le même service (géothermie, gaz, centrales nucléaires…). Enfin, les actifs sont notés différemment s’ils sont greenfield ou brownfield. De fait, une infrastructure greenfield étant neuve, il est attendu d’elle une meilleure performance carbone qu’une brownfield.

Une évaluation en deux temps

Infra-2 couvre au total 65 types d’actifs différents, dans les secteurs de l’énergie, de la mobilité, des déchets et de l’eau, des télécommunications et de l’immobilier tertiaire. 42 pays sont également intégrés au processus, principalement issus du l’union européenne et du bassin méditerranéen. Cette multitude de facteurs permet de déterminer l’alignement des portefeuilles avec n’importe quelle trajectoire entre 1,5°C et 6°C. Il ressort du processus d’évaluation un indicateur dont la valeur peut être positive comme négative. Sa vocation principale étant de renseigner si le portefeuille aurait généré un potentiel surplus d’émissions ou, au contraire, permis d’en éviter une certaine quantité. Ainsi, un indicateur à la valeur positive ne sera pas témoin d’un résultat positif, bien au contraire, cela signifie que le portefeuille n’est pas compatible avec des trajectoire 2°C ou moins. Évidemment, un indicateur négatif sera, quant à lui, plutôt bon signe, indiquant que le portfolio évite une quantité d’émissions par rapport au scénario de référence. La notation au cas par cas, permet ici de détailler le résultat, qu’il soit positif ou négatif, en identifiant les actifs influençant la position du portefeuille dans son ensemble.

Carbone 4 propose à ses clients deux modalités d’évaluation différentes. La première, "financial mode", est l’alternative simplifiée s’appuyant sur des moyennes et ne nécessitant que relativement peu d’information des investisseurs. Compte tenu de ces caractéristiques, elle est fatalement moins précise que la deuxième option, mais plus économe en temps. Elle est donc idéale pour identifier rapidement les classes d’actifs incompatibles avec une certaine trajectoire, permettant alors d’orienter efficacement la première vague d’investissement, en attendant une analyse plus en profondeur. Cette analyse pourra être fournie par la deuxième modalité d’évaluation : "bottom up – mode", plus aiguisée. Basée sur les données physiques associées à chaque infrastructure, elle est d’après le rapport l’unique solution pour obtenir une estimation fiable de l’impact des portefeuilles sur les niveaux d’émissions.

Des portefeuilles compatibles…mais avec quoi ?

La méthode 2-infra évalue l’alignement de certains portefeuilles avec des scénarios tenant compte des objectifs de non-dépassement des +2°C, énoncés au cours des accords de Paris. Ces hypothèses sont le fruit d’une coopération entre Carbone 4 et Enerdata, une entreprise de modélisation. Le cabinet de conseil estime que les scénarios pour l’Union européenne actuellement présents sur le marché ne sont pas exempts de quelques défauts. De fait, les gains estimés en efficacité énergétique sur la période 2020 – 2050 de +2 % par an sont jugés trop optimistes par l’entreprise. Les scénarios en circulation prévoient également que les énergies renouvelables occupent une part importante des mixes énergétiques et le nombre de voiture par habitant diminuent jusqu’en 2050 (0,5 voitures par habitant en 2015, 0,4 en 2050). En revanche, ils ne s’appuient pas, selon le document, sur certaines avancées technologies et plus particulièrement dans le secteur des pièges à gaz carbonique et de stockage de ce même gaz.

Si 2-infra devrait être capable d’estimer les émissions générées par un actif en particulier, elle ne sera pas en mesure de relier ce montant à l’épuisement progressif du budget carbone. De fait, elle pourrait considérer un portefeuille financier d’infrastructures compatible avec une certaine trajectoire, alors même qu’il dépasse le montant restant du budget carbone. Autre point à nuancer : la méthodologie est très liée au scénario référence, qui n’est, comme le met en garde le rapport, qu’un futur possible parmi tant d’autres. Les mises à jour prévues du scénario serviront à l’ajustement des données.

Par Thomas Gutperle

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