L’audacieux Monsieur Darmanin

Nommé ministre de l’Action et des comptes publics à seulement 35 ans, celui que certains considéraient il y a quelques mois encore comme le prodige de la droite républicaine s’inscrit dorénavant comme l’un des bras armés d’Emmanuel Macron. Portrait d’un homme d’action.

© Bercy Photo / Gezelin GREE

Nommé ministre de l’Action et des comptes publics à seulement 35 ans, celui que certains considéraient il y a quelques mois encore comme le prodige de la droite républicaine s’inscrit dorénavant comme l’un des bras armés d’Emmanuel Macron. Portrait d’un homme d’action.

Gérald Darmanin serait-il le jumeau caché d’Emmanuel Macron ? Décomplexés, spontanés, sympathiques, à la fois exigeants et ouverts d’esprit … On ne compte plus les traits de caractères communs entre les deux hommes. Mais la comparaison s’arrête là. Si le ministre de l’Action et des Comptes publics est lui aussi un bourreau de travail doté d’une intelligence hors norme, son parcours ne ressemble en rien à celui du Président. Issu d’un milieu modeste, ce natif de Valenciennes, diplômé de Sciences-Po Lille et engagé à droite depuis l’âge de 16 ans, a su gravir un à un les échelons du parti. Jusqu’au 31 octobre dernier. Evincé des Républicains pour avoir rallié les rangs de la majorité présidentielle, Gérald Darmanin, accusé par certains – Laurent Wauquiez, Eric Ciotti en tête – d’avoir « trahi » sa famille, affirme n’avoir jamais renié ses convictions. « En écoutant Emmanuel Macron débattre avec Marine Le Pen entre les deux tours de la campagne, Il s’est rendu compte que rien, dans son programme, ne froissait ses opinions profondes, explique Cécile Collin, son chef de cabinet et sa collaboratrice depuis plus de six ans. Édouard Philippe est par ailleurs l’un de ses plus fidèles amis. C’est presque naturellement qu’il lui a proposé d’intégrer son gouvernement.»

« Il retient instantanément tout ce qu’il lit. Il a bluffé la plupart des directeurs administratifs lorsqu’il est arrivé au ministère des Finances. »

Un sens politique aigu

Conscient de l’opportunité qui s’offre à lui, Gérald Darmanin –- taclé d’opportunisme par ses détracteurs –-, prend toutefois le temps de consulter ses proches. « Ils lui ont largement conseillé d’accepter », poursuit Cécile Collin. Si ces derniers témoignent régulièrement de sa gentillesse et son attention particulière aux autres, ils le reconnaissent : l’ex-élu du Nord est doté d’un sens politique aigu. Son principal atout ? Une excellente mémoire. « Il retient instantanément tout ce qu’il lit, confie sa collaboratrice. Il a bluffé la plupart des directeurs administratifs lorsqu’il est arrivé au ministère des Finances. » Et là où d’autres responsables politiques se montrent parfois colériques, Gérald Darmanin, lui, ne hausse jamais le ton, s’autorisant même une certaine dose de fantaisie. « Il aime rire, assure-t-elle. Pas une réunion n’a lieu sans qu’il ne fasse une blague. C’est très agréable de travailler pour lui. »

Force de travail

Des qualités humaines auxquelles s’ajoutent un sérieux et une rigueur inébranlables. Sa force de travail, l’homme en a fait sa marque de fabrique, son ticket pour s’offrir progressivement une place à part dans le paysage politique. Dès le début des années 2000, encore étudiant, le jeune militant décroche un poste d’assistant parlementaire à Bruxelles. Cette première expérience lui ouvre rapidement les portes du parti. Juriste de formation, il est choisi en 2008 par Xavier Bertrand, alors secrétaire général de l’UMP, comme conseiller aux affaires juridiques. Un an plus tard, il dirige la campagne législative de David Douillet, dont il deviendra le directeur de cabinet au ministère des Sports. Dans l’ombre de ses aînés, Gérald Darmanin se familiarise avec les rouages de l’administration, se forme et apprend. Jusqu’en 2012, lorsque, à seulement 30 ans, il est élu député et s’inscrit comme l’un des responsables politiques les plus prometteurs de sa génération. Quelques années plus tard, il s’affiche aux côtés de Nicolas Sarkozy  ̶  avec qui il conserverait aujourd’hui encore des liens d’amitié  ̶  , d’abord comme porte-parole en vue de la présidence de l’UMP puis en tant que directeur de campagne pour la primaire en 2016. S’il multiplie les responsabilités nationales, Gérald Darmanin s’engage en parallèle au niveau local, se forgeant au fur et à mesure de ses mandats dans le Nord, une étiquette « droite sociale et populaire ».

« Avec lui, ça se passe toujours bien, même ses adversaires finissent par le reconnaître »

Sa plus grande fierté

Devenu successivement conseiller municipal, puis régional, il est élu maire de Tourcoing en 2014. Une consécration. « C’est, aujourd’hui encore, bien qu’il soit ministre, le poste dont il est le plus fier », note Cécile Collin. Durant ses trois années à la tête de la ville, Gérald Darmanin noue avec les Tourquennois, une relation intime, n’hésitant pas à transmettre aux habitants son numéro de téléphone privé. « Il aime savoir ce qu’il se passe, poursuit-elle. Si bien qu’il est parfois au courant avant la police, qu’un cambriolage a eu lieu. » Homme de réseau, l’élu a su, à Tourcoing, se construire un fief solide. « Avec lui, ça se passe toujours bien, même ses adversaires finissent par le reconnaître », constate Didier Droart, qui lui a succédé à la tête de la ville au printemps dernier, lorsqu’il est nommé au gouvernement. Aujourd’hui encore, il retourne régulièrement à Tourcoing. « C’est sa vitamine, son oxygène, assure Cécile Collin. À chaque fois qu’il y met les pieds, ça le booste ». Et les habitants le lui rendent bien. Fiers de voir leur ancien maire occuper l’une des fonctions les plus stratégiques de l’État, les Tourquennois ne semblent pas lui reprocher son ralliement à Emmanuel Macron. « Ce n’est pas un arriviste, estime Didier Droart. Je crois qu’en rejoignant la majorité, il a choisi la France avant un parti. Il aime que les choses bougent. »

Pragmatique

Pourtant, lorsqu’il est nommé ministre de l’Action et des comptes publiques – sans doute l’un des postes plus stratégiques du gouvernement  –, le maire de Tourcoing n’est pas fin connaisseur des finances du pays. Peu importe, l’homme est pragmatique et apprend vite. « Il calque à grande échelle, ce qu’il a déjà fait à petit niveau dans sa ville », souligne sa chef de cabinet. Chargé de défendre le premier budget du quinquennat d’Emmanuel Macron  ̶  déjà partiellement voté, mais dont l’adoption définitive est prévue le 22 décembre   ̶ , il se montre à la fois pédagogue et rassurant, rappelant que le projet de la majorité n’est pas celui « des riches », comme le martèle l’opposition. Face à des adversaires parfois féroce, le ministre fait preuve de répartie, n’hésitant pas à citer Pierre Desproges ou Louis De Funès au beau milieu de l’Hémicycle. Et quand la présidente du Front national le traite publiquement de « Judas », sa réponse est cinglante : « À la différence de madame Le Pen, Judas restera dans l’histoire. »

« Il est ambitieux, mais pas prétentieux »

Le temps de la réflexion

Une réaction qui en dit long sur les intentions de Gérald Darmanin. Rebaptisé « Brutus » par certains au sein des Républicains, il est aujourd’hui plus que jamais persona non grata dans sa famille politique d’origine. Une situation difficile à vivre ? « Il est surtout déçu de constater le virage qu’emprunte aujourd’hui le parti avec lequel il s’est construit », explique Cécile Collin. Ses « véritables amis », comme son mentor, Xavier Bertrand, ne lui ont néanmoins pas tourné le dos. Un soutien de taille pour le ministre aujourd’hui sans véritable étiquette politique, qui s’offre le temps de la réflexion. « Je ne sais pas si je suis de droite ou de gauche, mais je me sens très Français », lançait-il sur RTL en septembre dernier. Dans les couloirs de l’Élysée, certains l’imaginent déjà à la direction de la République en Marche. D’autres l’envisagent même comme le successeur d’Emmanuel Macron. Des spéculations hâtives. « Il est ambitieux, mais pas prétentieux », assure Cécile Collin. Conscient de sa chance d’occuper l’une des plus hautes fonctions de l’État, mais lucide quant à la dureté de la vie publique, l’homme qui rêve secrètement d’ouvrir un restaurant en Italie, aurait l’intention de quitter la politique d’ici une dizaine d’années. Difficile à croire.  

@CapucineCoquand

 

Bio express

1998 : Encarté au RPR, à 16 ans

2004 : Employé comme assistant parlementaire à Bruxelles.

2007 : Diplômé de Sciences Po Lille.

2011 : Nommé directeur de cabinet du ministre des Sports, David Douillet.

2012 : Élu député dans le nord sous l’étiquette UMP

2014 : Élu maire de Tourcoing, et choisi par Nicolas-Sarkozy comme porte-parole pour la présidence du parti.

2015 : Élu vice-président du conseil régional des Hauts-de-France.

2017 : Nommé ministre de l’Action et des Comptes publics dans le gouvernement d’Édouard Philippe et exclu des Républicains pour « dissidence électoral ».

 

Élu maire de Tourcoing en 2014, Gérald Darmanin noue, durant ses trois années à la tête de la ville, une relation intime avec les habitants, n’hésitant à transmettre à chacun d’eux son numéro de téléphone privé.

 

 

 

Gérald Darmanin et Emmanuel Macron, lors d’un déplacement en Guyane. Décomplexés, spontanés, sympathiques, à la fois exigeants et ouverts d’esprit … On ne compte plus les traits de caractères communs entre les deux hommes.

 

 

 

 

 

 

Gérald Damranin et Édouard Philippe sont amis de longue date. C’est ainsi « naturellement », que le maire du Havre lui a lui a proposé d’intégrer son gouvernement, selon Cécile Collin, chef de cabinet du ministre de l’Action et des comptes publics.

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