L’ambition de BCLP pour son bureau français

Depuis la fusion entre l’américain Bryan Cave et l’anglais Berwin Leighton Paisner (BLP) en avril 2018, le bureau de Paris a entamé la seconde phase de son histoire commencée dix ans plus tôt. Grâce à de nombreuses arrivées récentes et d’autres recrutements en cours, la marque inscrit l’équipe française dans une stratégie globale de positionnement sur ses points forts historiques. Quels sont les objectifs de BCLP ?
L'équipe de BCLP à Paris en mai 2020.

Depuis la fusion entre l’américain Bryan Cave et l’anglais Berwin Leighton Paisner (BLP) en avril 2018, le bureau de Paris a entamé la seconde phase de son histoire commencée dix ans plus tôt. Grâce à de nombreuses arrivées récentes et d’autres recrutements en cours, la marque inscrit l’équipe française dans une stratégie globale de positionnement sur ses points forts historiques. Quels sont les objectifs de BCLP ?

Légende de la photo : L'équipe de BCLP Paris en mai 2020. Au premier rang : Olivier Mesmin, Jean-Pierre Delvigne, Julie Catala Marty, Claire Fougea, Marion Brière Ségala, Constantin Achillas et Christine Daric. Au second rang : Laurent Schittenhelm, Rémy Blain, Christian Sauer, Antoine Martin, Kathie Claret, Olivier Borenstejn, Henry Ranchon, David Blondel et Kai Volpel (of counsel).

 

Après la construction discrète d’une équipe parisienne pendant une dizaine d’années, Bryan Cave Leighton Paisner a récemment donné un coup d’accélérateur. Celui que tout le monde appelle dorénavant BCLP veut faire partie des enseignes qui comptent sur le marché français de la prestation juridique. Les projets d’envergure se sont succédé en quelques mois, et ce, dans un objectif bien précis : « Nous avons décidé de mettre l’accent sur nos points forts, explique Rémy Blain, le managing partner du bureau de Paris. Nous ne souhaitons pas investir partout ni dans tout, mais sélectionner nos moteurs de croissance. » Une stratégie déjà largement entamée.

Un effectif qui a triplé

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors qu’en juillet 2019, BCLP réunissait 5 associés entourés de 12 counsels et collaborateurs, un an plus tard, l’effectif a triplé, dépassant le seuil des 50 avocats en l’espace de quelques semaines. Aux premiers jours de janvier, ce sont d’abord 7 associés qui rejoignent la firme avec leurs équipes : Henry Ranchon et Laurent Schittenhelm en droit immobilier, Christine Daric et Olivier Mesmin en fiscalité, David Blondel et Olivier Borenstejn en financement et Jean-Pierre Delvigne en droit public et de l’environnement. En février, c’est le pôle corporate qui s’agrandit grâce à l’arrivée de Christian Sauer, entouré de Kai Völpel (of counsel), Virginie Brault-Scaillet (counsel) et trois collaborateurs. Et, enfin, en plein confinement, trois nouvelles associées opèrent un changement virtuel de maison, Claire Fougea et Marion Brière Ségala en droit social et Julie Catala Marty en antitrust. « Nous avons vécu une situation rocambolesque, se souvient cette dernière. Mais nos clients ont fait preuve d’empathie, et une solidarité réciproque s’est rapidement installée. »

Un tel investissement pour les associés historiques comme pour la maison-mère est le signe d’une volonté forte de doter le bureau de Paris d’une taille critique indispensable aux ambitions de ce cabinet international dans l’hexagone. Ces mouvements, nombreux, ont été remarqués sur le marché. Recruter des associés en immobilier, fiscal, financement, concurrence, social ou public et bénéficier de cette opportunité de changer de dimension aussi rapidement avec l’arrivée de plusieurs équipes conséquentes est à la fois un défi et une opportunité. Les conditions d’arrivée de ce groupe d’une quarantaine de professionnels ont été sécurisées car l’équipe se connaît bien pour travailler ensemble depuis longtemps. C’est aussi cette proximité qui a permis aux nouveaux associés de BCLP de poursuivre leurs dossiers malgré le confinement. Des dossiers comme la cession de l’activité fragrance de Clarins à L’Oréal ou celle de la filiale charcuterie de Herta par Nestlé fin juin pour lesquelles le volet social a été assuré par l’équipe de Claire Fougea et Marion Brière Ségala. « Grâce à une firme internationale comme BCLP, nous allons pouvoir comparer les mesures mises en place par les différents gouvernements en mobilisant nos associés de différents bureaux », se réjouit la spécialiste du droit social. L’attrait d’une firme mondiale est ce qui a séduit l’ensemble des anciens de chez Franklin : « Les entreprises privilégient les cabinets internationaux pour les suivre partout dans le monde, estime Olivier Mesmin. Nous bénéficions dorénavant de l’infrastructure nécessaire pour servir nos clients. Mais nous aurions pu rejoindre une marque déjà bien implantée en France, poursuit l’associé fiscaliste. Nous avons fait le choix au contraire de participer à la construction du bureau de Paris de BCLP, d’écrire l’histoire, avec le sentiment très agréable d’avoir intégré une start-up dans une multinationale. »

Trois axes de croissance

« Construire l’histoire d’une start-up dans une multinationale. » Cela passe par l’alignement des compétences parisiennes sur celles de la firme. Rappelons que lorsque la fusion entre Bryan Cave et Berwin Leighton Paisner a été réalisée en avril 2018, l’une des principales raisons était d’unir leurs forces en droit de l’immobilier, en contentieux et en droit des services financiers. Ce sont en effet les trois axes de croissance qui ont guidé les recrutements à Paris. L’immobilier tout d’abord. « Notre ambition est de devenir le premier cabinet mondial dans cette matière, explique Rémy Blain. Et cela ne semble pas délirant lorsque l’on observe notre force de frappe en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. » Londres réunit par exemple 450 avocats dédiés aux acteurs de l’immobilier. Le bureau allemand présente une dominante dans la matière. « Nous unissons aujourd’hui des compétences en droit fiscal, droit public et financement au service de cette clientèle dans une équipe d’une vingtaine de professionnels, précise Olivier Mesmin. Nous ne sommes pas encore au niveau de certains cabinets français qui sont historiquement positionnés sur les grandes opérations immobilières comme Gide ou De Pardieu Brocas Maffei mais nous pourrons bientôt les rejoindre puisque notre équipe grandira encore. »

Côté corporate/M&A, BCLP réaffirme son positionnement sur les opérations mid-cap (pouvant couvrir des deals jusqu’à 2 milliards de dollars outre-Atlantique) transnationales. Visant en particulier les projets ayant un axe transatlantique, le renforcement de l’équipe parisienne, autour de son managing partner Rémy Blain, était incontournable. Le contentieux, enfin, constitue la troisième zone d’efforts, avec un focus les litiges aux enjeux stratégiques grâce à la spécialisation de ses associés. « Nous sommes organisés en départements, bien sûr, chacun avec nos métiers, explique Julie Catala Marty. Mais notre souhait est d’intervenir sur des contentieux complexes et transverses » En d’autres termes, la maîtrise de la matière juridique liée à la connaissance d’un secteur d’activité permet aux associés de la firme d’intervenir lorsque le litige est sensible. L’avocate en antitrust cite l’exemple des actions indemnitaires lancées à la suite d’une décision des autorités de concurrence devant le tribunal de commerce. L’équipe de Londres s’est déjà illustrée dans de nombreuses follow on action. Ce type de contentieux est naturellement amenés à prendre de l’importance au sein de son équipe à Paris. « En Grande-Bretagne, il est plus courant d’obtenir des dommages et intérêts qu’en France, explique l’avocate. Ce type de contentieux y est donc plus répandu et nous aspirons à le développer à Paris. »

BCLP Cubed

Le développement de l’ensemble des activités des équipes à Paris est porté par le prisme technologique de la firme dans le monde. « Je suis admirative de la technologie mise au service du département litigation par la firme », réagit Julie Catala Marty, avant de citer un outil d’e-discovery permettant d’étudier un important volume de pièces sans avoir recours à un prestataire externe ou encore une plateforme pour évaluer les préjudices lors de litiges commerciaux. Des méthodes de travail qui permettent aux avocats de se concentrer sur les aspects juridiques stratégiques. Même s’il ne s’agit pas pour la firme de se présenter comme une legaltech. En réalité, BCLP fait de l’innovation un élément concurrentiel, mettant au service de ses avocats et de ses clients le fruit du travail d’une équipe de 80 personnes, appelée BCLP Cubed, dédiée à la technologie, à l’ingénierie financière et à la data. L’idée est de lier le juridique, le technique et le financier pour fournir un service complet aux directions juridiques ou des achats. Cela vaut donc dans les dossiers non contentieux lorsque le cabinet utilise sa propre dataroom pour la réalisation d’audits avant opération. « Notre originalité réside, plutôt que de parler de produits (qui sont sensiblement les mêmes dans tous les cabinets qui s’intéressent à ce sujet), dans notre approche qui intègre des compétences très variées (IT et développement certes, mais aussi finance, data analytics, ingénieurs qualité, etc.) dans une véritable division interne de type consulting, tant interne que pour les clients », explique le managing partner. Et qui permet à la firme de réaliser des deals multinationaux, comme l’acquisition d’une branche d’un des leaders mondiaux dans le domaine de la cosmétique, des soins de la peau et des parfums après avoir analysé l’ensemble des contrats de distribution partout en Europe. Autre exemple : une application consacrée aux enquêtes diligentées par différents régulateurs en Europe (dont les autorités de concurrence), formant les utilisateurs aux bonnes réactions en intégrant les particularités locales de chaque dawn raids.

Le travail de construction de l’identité n’est pas totalement terminé. Une réflexion est actuellement menée pour définir une offre « sectorisée ». Car, s’il est facile d’identifier les secteurs d’activité sur laquelle les avocats de BCLP interviennent (l’immobilier bien sûr, mais aussi le retail, l’aéronautique, les télécom, les transports, le luxe, la cosmétique…), il est plus difficile d’en faire surgir une gouvernance au sein de la firme. Pourtant, des lignes de travail verticales sont déjà à l’œuvre afin de maîtriser l’ensemble des spécificités de chaque secteur et de délivrer un service qui va au-delà d’une simple prestation juridique. Dépasser le rôle du juriste pour se renouveler : un travail sans cesse en cours d’élaboration.

Pascale D'Amore

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