Gènes, éthique : la modification

La FDA approuve pour la première fois une thérapie génique aux États-Unis. Ce traitement oncologique basé sur la modification génétique des cellules immunitaires des patients est développé et distribué par le laboratoire Novartis, premier à se positionner sur ce marché prometteur.

La FDA approuve pour la première fois une thérapie génique aux États-Unis. Ce traitement oncologique basé sur la modification génétique des cellules immunitaires des patients est développé et distribué par le laboratoire Novartis, premier à se positionner sur ce marché prometteur.

Même la FDA (Food and drug administration) s’émeut. « Ces technologies ont le potentiel de changer la médecine et constituent un point de transformation de notre capacité à traiter et même guérir de nombreuses maladies incurables », explique-t-elle dans son communiqué de presse annonçant l’autorisation de mise sur le marché du Kymriah. Cet optimisme est justifié au regard de la révolution clinique que constitue le nouveau traitement de Novartis, le premier de son genre à être commercialisé aux États-Unis.

Les thérapies géniques sont une piste d’étude très prometteuse depuis de nombreuses années dans le sens d’une médecine personnalisée. Elles consistent à modifier génétiquement des cellules du patient pour pallier une déficience ou l’aider à combattre un agent pathogène. On parle de « médicaments vivants ». En l’occurrence, le traitement s’adresse aux patients victimes de leucémie lymphoblastique aigüe ne répondant plus aux traitements traditionnels. Dans le cas du Kymriah, ce sont les cellules immunitaire tueuses, les cellules T, qui sont prélevées de l’organisme du patient puis modifiées en laboratoire pour les rendre sensibles aux cellules tumorales.

Il faut avoir en tête que les cellules T, sorte d’assassins professionnels de l’organisme, n’attaquent que si elles reconnaissent un élément pathogène. Leurs « yeux » sont des récepteurs spécifiques situés sur leur membrane. Les cellules tumorales étant des cellules du corps, elles peuvent ne pas être reconnues ou insuffisamment comme des éléments dangereux. La manipulation va ici « augmenter » ces cellules T d’un nouveau récepteur. Les cellules T ainsi modifiées sont réinjectées dans l’organisme et éliminent la tumeur. Testé sur 63 jeunes patients ne répondant pas aux traitements existants, le Kymriah a fait montre d’une extraordinaire efficacité avec un taux de rémission de 83 % après une seule administration.  

Ce type d’approche présente des difficultés particulières. Elles se nichent dans l’identification d’un marqueur spécifique des cellules tumorales et le développement de récepteurs adaptés. À défaut d’identifier un élément qui leur est propre, le risque est d’envoyer des cellules T qui élimineront à la fois les cellules cancéreuses mais aussi les saines. L’US National Cancer Institute en a malheureusement fait les frais lors de l’essai clinique d’une thérapie similaire ciblant le marqueur moléculaire MAGE-A3. Deux participants sont morts après injection. Il s’est avéré que le marqueur était aussi présent sur le tissu cérébral. Une tentative aussi tragique menée par une entreprise britannique a provoqué la mort de deux autres patients par crise cardiaque. La titine, exprimée par les cellules du cœur et trop similaire à MAGE-A3, a été identifiée comme cible par les cellules T.

Depuis, de nombreuses améliorations ont été apportés au procédé et le traitement de Novartis vise une molécule plus spécifique aux tissus cancéreux, le CD19. Pour autant, tout risque n’est pas écarté et la FDA précise que le CD19 est aussi présent dans d’autres cellules immunitaires et peut conduire à une augmentation du risque d’infection. L’agence souligne, de surcroît, l’existence d’un risque neurologique, puisque la réinjection des cellules T modifiées est susceptible de provoquer une « orage cytokinique » (libération massive de protéines inflammatoires), potentiellement mortel et qui doit être traité très rapidement.

Un traitement à 475 000 dollars

Pour autant, la thérapie reste très prometteuse et pourrait ouvrir la voie à toute une gamme de solutions porteuses d’espoirs pour les patients atteints de maladies incurables. Novartis réussit donc un coup de maître. Ce résultat est le fruit d’un investissement massif dans la recherche et le développement de l’ordre de 9,3 milliards en 2014, plus que tous ses concurrents. Une stratégie de long terme bien différente du « tout marketing » et de la rentabilisation suicidaire qui avait conduit l’industrie pharmaceutique à la falaise des brevets.

Le coût du traitement est annoncé à 475 000 dollars, ce qui en fait l’un des médicaments les plus chers du monde. Cela ne va pas sans faire grincer des dents. En geste d’apaisement, Novartis s’est engagé à ne faire payer que les patients qui réagissaient au traitement.

Le contrôle des effets secondaires et une standardisation des méthodes de modifications génétiques sont les champs d’intenses efforts de recherche pour permettre à mesure que la gamme des thérapie géniques s’étend de proposer des traitements à la fois sûrs et accessibles. D’ici là, Novartis rend ses lettres de noblesse à la pharmacie, en allumant une flamme d’espoir là où il n’y en avait plus.

Maxime Benallaoua (@Maxdesinternets)

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