En tant que président du directoire de Woodeum, Julien Pemezec est à l’avant-garde d’une aventure qui a vocation à transformer notre manière de construire le bâtiment et la ville. Décideurs a cherché à comprendre les raisons qui ont conduit un pur produit de l’industrie française du bâtiment à penser autrement*.

Aujourd’hui président du directoire de Woodeum, Julien Pemezec fait partie de cette jeune garde qui dessine l’immobilier tricolore de demain. Mais celui qui voit aujourd’hui l’avenir en bois a pourtant commencé sa carrière dans le béton. Issu d’un milieu familial où se côtoyaient architectes et constructeurs, il est présent dès ses 19 ans aux côtés des équipes qui montent les gradins du Roazhon Park de Rennes, sa ville natale. Fraîchement sorti diplômé de Centrale en 2004, il choisit l’expatriation à Hongkong, où Bouygues réalise alors le chantier de l’Asia World Expo : "Une très bonne expérience avec le casque et les bottes", nous confie-t-il. Il gardera également une émotion particulière du concert d’inauguration de l’ouvrage après une année d’un chantier mené sans interruption. Mais si pour beaucoup, entrer chez Bouygues signifie y faire carrière, ce passionné de sports nautiques rêve d’entrepreneuriat. Il est également habité par la conviction qu’il est alors "grand temps pour l’immobilier de faire son introspection" afin d’écrire son avenir avec la plume du bas carbone. C’est alors qu’il fait la rencontre idoine, celle de Guillaume Poitrinal, puis Philippe Zivkovic, alors en train de donner vie au projet Woodeum.

L’aventure Woodeum

Séduit par le projet que lui présente l’ancien homme fort d’Unibail-Rodamco, Julien Pemezec quitte Sodéarif pour rejoindre début 2014, l’aventure Woodeum, convaincu par le rôle clé que les matériaux biosourcés sont amenés à occuper dans l’industrie immobilière. Lorsqu’on lui demande d’où lui vient cette conscience écologique, outre la volonté de dessiner un avenir meilleur pour ses trois jeunes enfants, Julien Pemezec cite d’emblée un autre nom. Alors que de son propre aveu, les faiseurs de bâtiments avaient peu d’informations sur le sujet et "pensaient bien faire en isolant et en installant des panneaux solaires", c’est une étude menée par Jean-Marc Jancovici, le père du bilan carbone, qui lui fait réaliser à quel point il est capital de considérer l’empreinte carbone d’un bâtiment sur son cycle de vie complet. S’il ne devait retenir qu’un projet parmi tous ceux auxquels il a participé ? Il pense immédiatement à celui de Meudon "Sylva", car avec 280 logements, ce morceau de quartier constitue ni plus ni moins le plus grand programme résidentiel bas carbone de France et marque un changement d’échelle pour la construction bois. De plus, le concours des architectes Jean-Michel Wilmotte et Jean-Marie Duthilleul le rend particulièrement fier, certain que l’esthétique irréprochable des bâtiments qu’il construit est une condition sine qua non pour embarquer les investisseurs, les élus, et donc les Français dans son aventure.

Après six ans à tenter de faire bouger des lignes dans un pays ayant pour ainsi dire inventé la construction béton, il ne manque pas de savourer chaque succès, se montrant notamment satisfait de la future RE2020. Jamais rassasié, il a le sentiment d’être encore loin d’avoir atteint les limites du potentiel de Woodeum. Le défi à relever est maintenant de mettre sur pied un modèle industriel pour le bois de construction, afin de l’ancrer durablement dans les habitudes de construction en France pour le bénéfice de la planète : "De toute manière, on n’a pas le choix, l’urgence climatique est là, devant nos yeux."

Boris Beltran

*Ce portrait est extrait du guide construction, promotion et infrastructures 2021 de Décideurs.

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