Journalistes, le retour aux sources

Fin 2016, on comptait ainsi 35 238 titulaires de la carte de presse, soit 690 de moins qu'à fin 2015, la baisse étant de 8 % depuis 2009. Une profession qui souffre de la concurrence des nouveaux usages liés au numérique, mais qui peut nourrir quelques espoirs en poursuivant sa mue... et un retour à ce qui fait sa différence : la qualité.

© Q.L.

Le nombre de titulaires de la carte de presse poursuit sa baisse.

Fin 2016, on comptait ainsi 35 238 titulaires de la carte de presse, soit 690 de moins qu'à fin 2015, la baisse étant de 8 % depuis 2009. Une profession qui souffre de la concurrence des nouveaux usages liés au numérique, mais qui peut nourrir quelques espoirs en poursuivant sa mue... et un retour à ce qui fait sa différence : la qualité.

Ce n’est pas un scoop, la profession de journaliste traverse depuis l’avènement du numérique une crise sans précédent. Alors que depuis le début des années 1990 les journaux prenaient volontairement le virage d’une baisse qualitative du traitement de l’information (pagination, enquêtes, effectifs, temps donné…) pour des raisons économiques, l’instantanéité temporelle et spatiale du Net venait balayer ces efforts de rationalisation toute financière. Dans la foulée, un retard à l’allumage au niveau technologique des groupes de presse couplé au dénigrement de ce Web vu uniquement comme « une poubelle de l’info » par une caste vieillissante, empêchaient tout renouvellement du lectorat et freinaient la possibilité de nouveaux revenus.

 

Fuite structurelle

Dans les années 2000, l’érosion de la profession dans son ensemble (titres, effectifs) fut lente et constante, mais c’est la crise financière de 2008 qui créa un véritable choc avec une chute conjoncturelle massive des revenus publicitaires et leur « fuite » plus structurelle vers les supports numériques. C’est donc bien à partir de là que date l’érosion réelle du nombre de journalistes : fin 2016, on comptait ainsi 35 238 titulaires de la carte de presse, soit 690 de moins qu'à fin 2015, la baisse représentant 8 % depuis 2009. Selon l’étude de la CCIJP* présentée lors des Assises du journalisme à Tours mi-mars, le quart de la profession a dorénavant un statut précaire (pigiste et demandeur d’emploi). Autre enseignement, si 46 % sont d'ores et déjà des femmes, la tendance à la féminisation de la profession se confirme puisqu’elles représentent 54 % des nouvelles demandes de carte. Concernant les « carrières », elles ont une durée relativement courte de quinze ans en moyenne selon des données de la chercheuse Christine Leteinturier reprises dans l'étude. Quant aux petits nouveaux, ils doivent faire preuve de compétences multisupports, devenant des datajournalistes, des développeurs, des designeurs, etc. sans bénéficier toujours du statut de journalistes et des avantages qui y sont liés, avec notamment un « évitement des droits d'auteurs, voire de la clause de cession ».

 

250 emplois ont été créés par les chaînes d'infos au cours des dernières années

 

 

Se réinventer

Sur le front des bonnes nouvelles, « le secteur de l'information en continu emploie un peu plus de 1 700 journalistes, avec la création de près de 250 emplois au cours des dernières années », note le baromètre, et les pure players comme Mediapart ou le Huffington Post rencontrent un succès qui ne se dément pas.

Jean-Marie Charon, auteur de l’étude, répond ainsi à Télérama que « c’est plus une réinvention qu’une crise » que traversent les médias traditionnels. Le sociologue spécialiste des médias relève également que si l'on constate bien « un tassement voire une érosion », la profession ne subit pas en France la même hécatombe qu’à l’étranger : 30 % en dix ans aux États-Unis, et  autant en Espagne pour les seules années 2007 et 2010. Reste à espérer que cette « résistance » hexagonale soit bien le fruit d'une réinvention en cours, et non pas l'habituel décalage que le pays connaît lorsqu'une crise économique frappe le monde...

Quant à Anne-Claire Coudray, présentatrice du 20h de TF1 et présidente du jury des Prix des Assises, elle souligne que « dans ce monde rempli de "fake news" (fausses nouvelles), il faut insister pour dire que la rigueur n'est pas ringarde ». Luc Hermann, producteur associé de Premières Lignes (Cash Impact, émission dérivée de Cash Investigation), ne dit pas autre chose lorsque s'adressant dans Stratégies « aux éditeurs de presse », il lance : « Laissez les journalistes travailler deux mois ou même deux semaines et vous en recueillerez les fruits »... Le renouveau du journalisme passerait-il donc par ces plus-values délaissée – à contre-courant – il y a trente ans, et qui sont pourtant au cœur du métier : la qualité du travail que donne le temps et la force du recul ? À n'en pas douter.

 

* Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP), « Baromètre sur l'emploi des journalistes », réalisé par le sociologue spécialiste des médias Jean-Marie Charon.

@Quentin Lepoutre

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