Jérôme Selmer (Henri Selmer France) : « En cédant le capital, nous donnons à l'entreprise les moyens de se protéger »

Jérôme Selmer (Henri Selmer France) : « En cédant le capital, nous donnons à l'entreprise les moyens de se protéger »

© Henri SELMER

Jérôme Selmer, directeur général du groupe Henri Selmer France

Le mythique fabricant de saxophones et d'instruments à vent créé en 1885 est racheté par le fonds Argos Soditic. Une petite révolution pour cette pépite française restée propriété de la famille jusqu'alors. Jérôme Selmer, arrière-petit-fils du fondateur, revient sur l'opération qui devrait permettre la montée en puissance de la marque.

Décideurs. C'est la première fois que l'entreprise sort du giron familial. Comment se prépare-t-on à un tel changement ?

Jérôme Selmer. Nous avons dû faire face à un certain nombre de réalités. Henri Selmer Paris est une belle entreprise familiale française qui exporte ses produits à travers le monde mais qui n'est pas rentable. Nous avions besoin de faire des investissements dans l'outil de production pour le moderniser et continuer à embaucher pour accroître notre production. Nous allons recruter des commerciaux pour assurer la promotion de nos instruments et accroitre nos parts de marché. Sans oublier la digitalisation qui est la clé de transformation de notre entreprise traditionnelle en un groupe du troisième millénaire. Tous ces investissements excédaient les possibilités de la famille. Nous avions donc un choix à faire : continuer à remettre au lendemain les décisions qui s'imposaient, mais tous les salariés dont l'emploi n'aurait pu être conservé courraient un risque lourd, ou choisir un futur pérenne. C'est la seconde option que nous avons retenue. En cédant le capital, nous donnons à l'entreprise les moyens de se protéger.

« Renforcer nos capacités de production de saxophones pour pouvoir répondre à la demande mondiale »

Comment votre choix s'est-il arrêté sur Argos Soditic ?

Nous avons étudié toutes les possibilités mais Argos Soditic était le partenaire qui nous accompagnait le mieux. Il nous laisse les mains libres en termes de management, partage notre business plan et connaît notre industrie pour avoir soutenu Buffet Crampon [ndlr. un autre manufacteur français d’instruments à vents] pendant plusieurs années. Nous avons fait ce choix au regard des garanties que nous a apporté Argos Soditic : continuer à fabriquer français pour que nos produits gardent leur âme, conserver le personnel tout en lui garantissant l'ensemble de ses avantages sociaux, ouvrir le capital aux cadres et salariés de l'entreprise, poursuivre notre action en R&D. Au total, le fonds a repris un peu plus de 95 % du capital, le reste étant détenu par notre famille y compris moi qui conserve la présidence du groupe.

 

Comment la nouvelle a-t-elle été accueillie par les salariés ?

Nous avons consulté le comité d'entreprise sur notre projet et sur les garanties apportées. Il a donné son accord pour le mener à bien. J'en suis satisfait car j'ai mené l'opération en parfaite transparence en compagnie du président d’Argos Soditic, Mr Louis Godron. Ce fût un vrai travail d'équipe porteur d'un message très positif annonçant un nouvel élan pour la société qui pouvait ainsi aborder le futur plus sereinement. L'arrivée de ce partenaire financier modifie notre mode de travail et requiert bien sûr des résultats mais nous offre la possibilité de nous développer, ce que les salariés ont bien compris.

« En matière instrumentale, le label made in France est un gage de qualité »

Quels sont les principaux projets de l'entreprise ?

Nous allons entreprendre des chantiers très divers. Côté juridique, nous allons travailler sur la distribution et la propriété intellectuelle. Nous travaillons aussi à accroître la notoriété de la marque, ce qui passe notamment par la refonte du site Internet et l’ouverture d’un site marchand. Surtout, il nous faut renforcer nos capacités de production de saxophones pour pouvoir répondre à la demande mondiale qui excède aujourd'hui nos capacités et occasionne des retards dans les livraisons. Le recrutement, la formation, la transmission de savoir-faire ultra-spécialisés sont primordiaux pour l'avenir. Enfin, nous veillons à accompagner le personnel dans ces changements. Ce point est crucial.

 

Le made in France demeure-t-il une priorité ?

Absolument. Le label made in France est un gage de qualité. C'est pourquoi nous concentrons nos investissements sur l'Hexagone. La facture française a une renommée mondiale. En témoigne l'intérêt de l'Asie pour nos instruments et produits, qui représente à elle seule la moitié de nos exportations.

Propos recueillis par Sybille Vié

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