Jérôme Lecat (Scality) - “Les entreprises s’affranchissent de la localisation des serveurs et des données”

Scality, la start-up fondée par Giorgio Regni et Jérôme Lecat, est spécialisée dans le stockage et le management de la donnée. Après un tour de table d’envergure, la société lève 48,5 millions d’euros afin de poursuivre sa croissance internationale et atteindre la rentabilité. Ces nouveaux financements apparaissent comme un tremplin en vue d’une prochaine introduction en bourse.
Jérôme Lecat, directeur général de Scality

Scality, la start-up fondée par Giorgio Regni et Jérôme Lecat, est spécialisée dans le stockage et le management de la donnée. Après un tour de table d’envergure, la société lève 48,5 millions d’euros afin de poursuivre sa croissance internationale et atteindre la rentabilité. Ces nouveaux financements apparaissent comme un tremplin en vue d’une prochaine introduction en bourse.

Scality est l’un des champions de la French Tech à plus d’un titre. La société s’est d’abord positionnée sur un créneau technologique qui bénéficie à plein de la transformation digitale. Fondé et dirigé par Jérôme Lecat, le groupe s’est en effet spécialisé dans le stockage et la gestion à grande échelle de la data, ce nouvel or noir des entreprises dans leurs stratégie de personnalisation et d’optimisation de process. Surfant sur la quatrième révolution industrielle, la start-up est aussi parvenue à s’internationaliser, sans renier ses origines hexagonales. Un numéro d’équilibriste souvent fatal pour des jeunes pousses ne sachant comment se développer au-delà de leur marché domestique. Avec un siège social déplacé aux États-Unis et des activités de R&D conservées en France, Scality génère un chiffre d’affaires équilibré entre les deux rives de l’Atlantique. Un autre bureau situé au Japon fait figure de tête de proue pour la société en Asie qui dispose déjà de clients majeurs dans l’Empire du Soleil levant.

Enfin, les ambitions de Jérôme Lecat séduisent de grands investisseurs, prêts à mettre la main à la poche pour accompagner les projets de la pépite. Depuis sa création, Scality a déjà levé 152 millions de dollars et vise une introduction en bourse dans les deux ans à venir. Une technologie prometteuse et innovante, une gestion réfléchie du développement international, des fonds suffisant pour grandir sans se brûler les ailes : les réussites de Scality sont autant de sources d’inspiration pour les entrepreneurs tricolores. C’est à présent la question du scale-up qui s’avère décisive pour trouver les moyens de croître sans sacrifier l’agilité des débuts. Rencontre avec Jérôme Lecat, fondateur de la pépite.

 

Décideurs. Quelles sont les origines de Scality ?

Jérôme Lecat. Cinq après avoir créé Bizanga, une solution anti-spam à destination des opérateurs de télécommunications, j’ai lancé en 2008 Scality. Le marché de Bizanga était alors trop restreint pour croître dans la durée. Il ne dépassait pas, en effet, le cadre des 200 plus gros opérateurs au monde. En m’appuyant sur mes précieuses relations nouées avec cette industrie des télcos, j’ai imaginé un produit adjacent, répondant à leur problématique principale. Grâce à la technologie de Scality, il leur devenait possible de rivaliser avec Google et ses services fiables et gratuits de stockage de données en interne. En 2009, nous avons signé notre premier client en Belgique et en 2013, nous sommes parvenus à lever 22 millions de dollars. La plus-value de nos services et la transformation numérique des entreprises nous ont alors ouvert les portes de nombreuses autres industries.

Quelles ont été les premières difficultés à surmonter ?

En nous adressant à l’origine à des opérateurs critiques, nous avions développé un excellent niveau de performance, de fiabilité et de qualité. Lorsque nous nous sommes tournés vers le marché plus large des entreprises, nous leur proposions donc une technologie de pointe. Toutefois, la simplicité d’usage n’était pas vraiment au rendez-vous. Il fallait s’insérer dans l’univers informatique des sociétés et cela demande de passer avec succès les différentes strates de décision internes. Sans les bons contacts et avec un produit difficile d’accès, il était difficile de se déployer. HP et Cisco sont alors devenus de précieux distributeurs pour notre développement, et nous avons travaillé dur pour que les utilisateurs de notre solution ne rencontrent plus de difficulté dans la prise en main de nos outils. Aujourd’hui, ces efforts portent leurs fruits.

"Avec Zenko, nous rendons plus facile et moins chers les services proposés par AWS et Azure. "

Les cabinets de conseil (Accenture, Cap Gemini…) pourraient-ils aussi représenter des distributeurs privilégiés ?

HP et Cisco sont nos revendeurs mondiaux. Six personnes s’occupent à temps plein de nos relations avec eux. Accenture et Cap Gemini sont à nos yeux des partenaires naturels mais il est difficile de tout organiser en parallèle. Les ressources nécessaires pour mener à bien ces projets sont très importantes.

Comment a évolué votre offre depuis le lancement de Scality ?

Au départ, Scality était une entreprise de stockage de données. Aujourd’hui, nous permettons aux entreprises d’avoir un meilleur contrôle de leurs données pour créer davantage de valeur. Avec la transformation digitale qui touche tous les secteurs de l’économie, il est indispensable de restructurer ses données afin d’en tirer le meilleur. Notre mission est d’aider nos clients dans cette optique. En 2010, notre premier produit dénommé Ring offrait un stockage de données bon marché dans le cloud de l’entreprise. Il fallait une centaine de disques durs à gérer pour que notre offre ait de la valeur. Depuis 2017, notre seconde offre, Zenko, permet un management de la donnée en multicloud, c’est-à-dire entre les infrastructures internes de nos clients et les infrastructures externes hébergées par les géants du cloud. Nous créons des passerelles stratégiques pour assurer une meilleure lisibilité et une utilisation plus éclairée des données de l’entreprise. Alors que nous travaillons depuis toujours avec des grands comptes, Zenko et son prix modéré peuvent aussi convaincre des PME de l’adopter. Cette couche de middleware, entre les applicatifs et les infrastructures permet aux entreprises de s’affranchir de la localisation des serveurs et des données.

Quels sont les principaux secteurs séduits par vos solutions ?

Notre activité repose encore à 40 % sur les opérateurs de télécommunication et les prestataires de cloud services. L’industrie des médias compte pour 20 % de nos activités, tout comme les “grands comptes” de secteurs traditionnels (banque, assurance, automobile, aéronautique). Enfin, 10 % de notre chiffre d’affaires provient des contrats signés avec des hôpitaux qui stockent de plus en plus de données, et notamment des images médicales.

Chiffres clés de Scality :

200 : le nombre de clients de Scality à travers le monde (TF1, HBO, Natixis, SFR, Softbank, Orange…)

180 : le nombre de salariés de Scality aujourd’hui, répartis entre la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et le Japon

Êtes-vous en concurrence directe avec des géants américains à l’instar d’Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure ou Dropbox ?

Dropbox propose des produits applicatifs alors que Scality se concentre sur des offres d’infrastructures. Nos compétences ne s’adressent donc pas au même marché. Concernant AWS et Azure, ce sont des partenaires. Avec Zenko, nous rendons plus facile et moins chers les services proposés par AWS et Azure.

Les données stockées sur vos infrastructures sont-elles cryptées ?

Le chiffrement des données est souvent demandé et nous le configurons volontiers. Cependant, cette option n’est pas souvent activée par nos clients.

Comment s’articulent les offres de Scality avec la tendance émergente du cloud privé ?

Les entreprises sont nombreuses à avoir des projets de private cloud, toutefois, nous ne sommes qu’aux balbutiements de cette évolution. Les démarches structurées en la matière restent rares. Avec le Ring, nous offrons une première étape vers la mise en place d’un cloud privé avec le stockage de données. C’est pour nos clients un premier pas utile qui en appelle d’autres. Avec Zenko, nous leur donnons les moyens d’aller plus loin. Nous aidons ainsi nos clients à transférer leur IT vers une nouvelle ère.

Propos recueillis par Thomas Bastin (@ThBastin)

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