J-P. Riso (Fnadepa) : "On ne peut pas attendre trois ans pour changer de modèle"

Jean-Pierre Riso, président de la FNADEPA, fédération nationale qui regroupe 1 200 directeurs et directrices d’établissements médico-sociaux, revient sur l’épidémie de Covid-19 qui a durement touché les Ehpad et sur les moyens de faire évoluer leur modèle.

Jean-Pierre Riso, président de la FNADEPA, fédération nationale qui regroupe 1 200 directeurs et directrices d’établissements médico-sociaux, revient sur l’épidémie de Covid-19 qui a durement touché les Ehpad et sur les moyens de faire évoluer leur modèle.

Décideurs. Comment l’épidémie a-t-elle été préparée au sein des établissements médico-sociaux ?

Jean-Pierre Riso. Avant la crise, au mois de janvier, on savait notre système à bout de souffle. On faisait face au manque de personnel, aux difficultés à trouver des médecins coordinateurs par exemple. Nous sommes arrivés sur ce terreau, avec des établissements fragilisés. Puis il y a eu une forme de sidération. Dans les jours qui ont précédé le déclenchement du plan bleu, le 6 mars, nous étions dans une sorte de déni. Les établissements n’étaient pas tous préparés. Ils ne disposaient pas forcément des équipements, des masques ou des gels hydroalcooliques, au début.

Comment se sont-ils adaptés ?

Nos personnels ont fait preuve de courage, d’endurance et d’une formidable conscience professionnelle pendant cette période. Dans beaucoup d’établissements, lutte a été constante pour que le virus n’entre pas et ne se propage pas, et pour réussir, malgré toutes les mesures sanitaires, à conserver une vie la plus normale possible. Pour cela, il a fallu être d’une grande inventivité : repenser les conditions de prise de repas, créer des animations différentes. Il a fallu également développer le numérique, on n’avait pas imaginé que les tablettes pourraient servir à des résidents de 85-90 ans pour échanger avec leur famille. On n’en avait pas eu l’idée auparavant.

"On ne peut pas construire une vraie politique d’accompagnement du grand âge si le sanitaire et le médico-social ne travaillent pas main dans la main"

Comment se sont déroulées les relations entre les établissements publics-privés publiques-privées avec les hôpitaux, les cliniques ?

Cela a été assez variable d’un territoire à un autre. On a vu, là-aussi sous les effets de la crise, se mettre en place de belles collaborations entre l’hôpital et le champ du médico-social, avec des vraies logiques de partenariat. Sur d’autres territoires, les relations ont été absentes. Le sanitaire est resté de son côté, le médico-social du sien. On ne peut pas construire une vraie politique d’accompagnement du grand âge si le sanitaire et le médico-social ne travaillent pas main dans la main. Sur ce sujet, il y a du travail.

Comment doit évoluer le modèle des Ehpad ?

Le modèle doit se transformer sur plusieurs points. Certes, il faut augmenter durablement le nombre de professionnels mais pas que…; il est aussi nécessaire de valoriser les métiers, ce qui doit passer par une revalorisation financière. En même temps, ces éléments ne sont pas suffisants pour transformer durablement le modèle. Il faut qu’on injecte dans nos établissements de nouvelles catégories de professionnels. Par exemple, on a vu que les psychologues avaient eu un apport considérable pendant la crise. On sait aujourd’hui que les ergothérapeutes, les psychomotriciens ou les animateurs sportifs, présents trop marginalement dans nos établissements, peuvent avoir un rôle important. L’Ehpad doit se recentrer sur les conditions d’accompagnement de nos aînés. Ces professionnels permettent de construire des conditions de vie plus individualisées, ce qui permet d’accompagner au mieux les résidents dans leurs attentes et leurs besoins. On sait aussi qu’il est indispensable que nos établissements restent des lieux de vie ouverts vers l’extérieur.

Quel serait le coût de ce changement de modèle ? 

Depuis le rapport de Dominique Libault [président du Haut conseil du financement de la protection sociale et directeur de l’En3s, Ndlr] il y a un peu plus d’un an, les moyens ont été évalués à 10 milliards d’euros afin de pérenniser le système dans les dix ans qui viennent. Nous serons probablement plus proches des 12 milliards à la suite des travaux de Myriam El-Khomri sur la revalorisation des métiers. Le point essentiel, selon nous, est qu’il faut mettre beaucoup plus de moyens en matière de personnel. Le niveau actuel ne permet plus de répondre correctement aux attentes des résidents.

"On ne comprendra pas que, de cette crise sans précédent, une grande loi ne voit pas le jour avec des moyens pérennes"

 Que pensez-vous des premières pistes concernant le Ségur de la santé ?

Le discours d’Olivier Véran est ambitieux. Concernant le financement, les pistes envisagées visent à débloquer des sommes non négligeables, je pense ici au 0,15 point de CSG. En outre, les mécanismes donneraient une place importante à la CNSA [caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, Ndlr], ce qui est porteur d’espoir. Mais si le discours est ambitieux et qu’on n’arrive pas à mettre les moyens en face, on risque de passer encore à côté d’une chance de transformer nos établissements. On ne comprendra pas que, de cette crise sans précédent, une grande loi ne voit pas le jour avec des moyens pérennes. J’ajoute que les besoins sont pour maintenant. On ne peut pas attendre trois ans pour changer le modèle.

Propos recueillis par Victor Noiret

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