Jean-Marc Le Roux (Bain) : « Il vaut mieux parler de marché européen »

Les chiffres publiés dans la dernière étude du cabinet de conseil en stratégie montrent que le private equity a de nouveau prouvé sa résilience par rapport aux autres classes d’actifs. La performance a été significativement supérieure aux marchés boursiers, tant à court-terme qu’à long-terme. Face à des levées record, la concurrence s’internationalise.

Les chiffres publiés dans la dernière étude du cabinet de conseil en stratégie montrent que le private equity a de nouveau prouvé sa résilience par rapport aux autres classes d’actifs. La performance a été significativement supérieure aux marchés boursiers, tant à court-terme qu’à long-terme. Face à des levées record, la concurrence s’internationalise.

Décideurs. Quel bilan tirez de 2016 pour le marché equity français ?

Jean-Marc Le Roux. En termes de levées, cela restera une grande année. Mais il faut faire attention dans l’analyse de ces chiffres car ils sont faussés (fossés) par la concentration du marché. A eux trois, Ardian, Astorg et PAI représentent près de 80 % des levées. Il est donc normal que les montants s’envolent lorsque ceux-ci réalisent des closings. Cela traduit néanmoins une tendance positive qui devrait se confirmer en 2017. Les acteurs français du capital-investissement  réussissent à attirer de plus en plus de Limited Partners (LPs) étrangers, notamment des fonds de pensions canadiens francophones. Du côté des investissements, les montants et les volumes des opérations sont très encourageants. Et les chiffres ne reflètent pas l’entière réalité du marché puisque de nombreux fonds étrangers investissent dans les entreprises françaises.

À l’inverse, les fonds français se tournent-ils vers l’étranger pour investir ?

Oui, bien sûr. C’est même un élément clé de leur stratégie. La concurrence oblige ces acteurs à s’internationaliser. Le marché tricolore reste un marché étroit, surtout pour des fonds qui ont levé beaucoup d’argent. C’est pourquoi beaucoup d’entre eux adoptent une stratégie d’investissement européenne. PAI, Ardian, Astorg ou encore Eurazeo et Wendel ont ainsi tous des bureaux dans un ou plusieurs pays européens.

Le marché américain a été longtemps considéré comme la chasse gardée des fonds locaux. La donne est-elle en train de changer ?

Oui, les acteurs européens et français n’hésitent plus à se tourner vers l’Amérique du Nord. C’est un marché plus profond que ce que l’on peut croire. Comme les fonds américains se concentrent sur les grands groupes ou les start-ups, la part du marché LBO sur les PME est plus faible aux Etats-Unis qu’en Europe. De plus, les sorties y sont plus simples, notamment les introductions en Bourse pour des raisons réglementaires. Une autre zone géographique privilégiée par les fonds français est l’Asie. Pour le moment, il ne s’agit pas d’investir directement dans une entreprise chinoise mais plutôt d’accompagner les entreprises sous portefeuille dans leur développement sur place. Wendel et Eurazeo ont par exemple ouvert des bureaux en Asie (Chine).

« Le private equity impliquera toujours des métiers locaux »

Que manque-t-il pour que les fonds français investissent en Asie ?

Les fonds ont du mal à recruter des locaux disposant à la fois de l’expertise technique, de l’expérience et du réseau pour sourcer les bonnes entreprises. Cela prendra donc du temps mais cela viendra. Le potentiel de ce marché est énorme.

Au vu de cette internationalisation, peut-on encore parler de marché français du private equity ?

Au niveau de l’investissement, le champ concurrentiel est clairement international. Il vaut mieux effectivement parler de marché européen. En revanche, les entreprises garderont toujours une perspective locale forte de par leur activité, leur culture et leur réglementation propre. C’est pourquoi le private equity impliquera toujours des métiers locaux.

Propos recueillis par Vincent Paes

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