Jean-Denis Bachot (Fidelity) : « Mettre en place une gestion de portefeuille plus responsable »

Créé en 1994, le bureau français de Fidelity International est un acteur historique de la gestion active. Jean-Denis Bachot, son directeur, détaille sa vision du marché et revient sur l’actualité récente de la société de gestion.

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Créé en 1994, le bureau français de Fidelity International est un acteur historique de la gestion active. Jean-Denis Bachot, son directeur, détaille sa vision du marché et revient sur l’actualité récente de la société de gestion.

Décideurs. Quels sont les grands défis que doivent relever les sociétés de gestion, et comment Fidelity réussit-il à s’insérer sur ce marché ?

Jean-Denis Bachot. Aujourd’hui, l’industrie est très mature et l’environnement du marché français de la gestion collective est toujours très concurrentiel. C’est un marché qui se compose de trois grandes catégories d’acteurs, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans d’autres pays européens. En premier lieu, les grandes sociétés européennes d’origine française qui disposent de réseaux de distribution propriétaires et sont adossées à de solides banques et compagnies d’assurances. Ensuite, on retrouve les « boutiques », dont certaines ont réussi à l’international. Ce segment reste porteur et rencontre un certain succès. Enfin, il y a les groupes internationaux installés en France, dont nous faisons partie, avec la particularité de bénéficier d’une société de gestion locale et d’une présence depuis près de 25 ans qui font de Fidelity un acteur très engagé sur ce marché. Cependant, dans l’hexagone, il faut reconnaître que l’activité des fonds de droit luxembourgeois distribués par des acteurs étrangers est moins dynamique qu’en Italie ou en Espagne. Alors que la création de nouvelles structures de gestion françaises continue de se développer.

Le second défi auquel les sociétés de gestion doivent répondre est l’attente réglementaire. C’est un enjeu crucial pour nous et nos clients. Actuellement, une société de gestion à l’empreinte européenne se doit d’avoir une taille critique suffisante sous peine de ne pas pouvoir digérer ses coûts de fonctionnement.

Il n’est plus possible d’avoir des rendements sans prendre de risques. Quelles sont les solutions que vous proposez aux investisseurs qui doivent changer leurs habitudes ?

Cette question n’est pas nouvelle mais nous devons nous la poser chaque année. Pendant un long moment, le fonds « euros » a répondu à cette problématique grâce à un rendement stable et généreux. Aujourd’hui, il n’est plus que de 2,5 % en moyenne et il faut trouver des alternatives. La gestion patrimoniale a été assez malmenée ces dernières années par rapport à ses débuts. L’alpha généré par la gestion patrimoniale au début des années 2000 ne peut plus être le même car la structure de marché a changé et les moteurs de performance doivent évoluer. Dans un contexte de marché qui se rapproche d’une fin de cycle, les solutions patrimoniales se doivent d’intégrer de nouveaux ingrédients permettant davantage de décorrélation et de diversification entre les actifs, afin de continuer à répondre à leurs engagements.

Concrètement, comment cela se traduit-il dans la gestion patrimoniale de Fidelity ?

Nous avons récemment fait évoluer la gestion de notre fonds patrimonial phare, Fidelity Patrimoine, afin de répondre précisément à ce sujet. En restant dans une optique de préservation du capital, nous avons donné une nouvelle dimension au fonds en intégrant notamment davantage de stratégies de diversification. L’idée étant de capitaliser sur notre équipe de gestion multi-assets très expérimentée sur des classes d’actifs décorrélantes permettant d’aller chercher davantage d’alpha et s’affranchir de la directionnalité des marchés. Cela se traduit par des investissements via des véhicules liquides (côtés au quotidien), offrant une exposition aux actifs réels (infrastructure, aéronautique, REIT, plateforme d’énergie renouvelable, …) et aux stratégies de type ‘absolute return’. Parallèlement à cela, des stratégies de béta plus dynamiques permettant davantage d’agilité pour s’adapter aux évolutions de marché constituent un autre élément de l’évolution de cette gestion.

Vous avez pris un tournant en annonçant un modèle de tarification à frais variables en fonction de la performance sur votre gestion actions. Comment s’explique ce positionnement ?

Nous avons en effet lancé cette année notre modèle de Frais de Gestion Variables (VMF) au sein de notre expertise de fonds actions de gestion active. Le modèle VMF offre une approche de tarification simple et transparente qui alignera les frais perçus par le gestionnaire d’actifs à la performance dont bénéficiera le client.

Nous pensons en effet que lorsqu’on propose de la gestion active il faut être en mesure de délivrer de la valeur ajoutée et de faire preuve de convictions. En ce sens, la notion d’« active money » (somme des paris positifs par rapport à l’indicateur de référence) est un principe auquel nous nous attachons, en proposant systématiquement à travers notre gamme de fonds actions gérés activement un niveau élevé d’ « active money ».

Travaillez-vous beaucoup pour les family offices avec vos fonds « immobiliers » ?

La gestion immobilière fait partie des quatre expertises historiques de Fidelity, avec les stratégies actions, obligations et multi-assets. Notre expertise en immobilier a été conçue pour générer un rendement soutenu et stable sur le long terme. Jusque-là fortement sollicitée par les investisseurs institutionnels, nous souhaitons élargir la distribution de cette offre en France à d’autres segments incluant les banques privées et les family offices.

Où en êtes-vous en matière d’intégration des critères ESG ?

Convaincus que l’intégration des critères ESG permet de soutenir la performance des entreprises, les facteurs extra-financiers sont désormais systématiquement considérés dans le cadre de notre analyse fondamentale sur les actions et les obligations. Nous disposons d’une équipe de près de 15 analystes spécialisés ESG qui travaillent étroitement avec nos 150 analystes actions et taux afin d’alimenter nos gérants de portefeuille sur une vision à 360 degrés des entreprises en incluant les données extra-financières.

A travers cette démarche, Fidelity cherche à mettre en place une gestion de portefeuille plus ‘responsable’. L’autre enjeu pour nous est d’accompagner les entreprises dans lesquelles nos gérants investissent vers davantage d’engagement et d’impact positif sur des enjeux à long terme notamment : la gestion de l’eau et le recyclage des déchets, l’innovation environnementale, la cybercriminalité, le développement durable…  Cette approche est aussi une matérialisation de notre ADN de gestion active basé sur la recherche.

Nous bénéficions d’importantes capacités de recherche fondamentale et d’un accès privilégié aux entreprises à travers le monde et nous sommes convaincus que notre approche ESG bénéfice à plein de cet avantage concurrentiel historique de Fidelity International.

Enfin, notre développement en matière d’ESG se matérialisera très prochainement par un renforcement de notre offre de fonds à la fois sous l’angle thématique mais également sur différentes zones géographiques. 

Propos recueillis par Yacine Kadri et Firmin Sylla

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