Jean Castex, premier ministre du nouveau chemin

C’est la fin d’un casse-tête dont Jean Castex apparaît comme étant la solution. Le parcours et la fibre sociale du nouveau Premier ministre, par sa souplesse non dénuée d’autorité, devrait permettre au Président de la République de marquer les contours de son "nouveau chemin".

C’est la fin d’un casse-tête dont Jean Castex apparaît comme étant la solution. Le parcours et la fibre sociale du nouveau Premier ministre, par sa souplesse non dénuée d’autorité, devrait permettre au Président de la République de marquer les contours de son "nouveau chemin".

Attachez vos ceintures. Car le nouveau Premier ministre dit-on, invite et incite à l’adhésion et ses proches collaborateurs clament, unanimes : "on le suivrait sur Mars". Distillée par Challenges, la confidence est révélatrice mais le voyage ne sera pas si long, même si l’ "enfer de Matignon" promet son lot de secousses. Partout où il est passé, (souvent nommé à la rescousse), Jean Castex a impressionné par sa puissance réformatrice et à bientôt 55 ans, l’homme et son parcours permettent de dégager ses lignes directrices. Celles-ci permettent de dessiner un double portrait aux caractéristiques symétriques : d’une part le manager, directeur d’équipe ouvert de l’autre le leader, respecté, qui revendique sa qualité de serviteur…de l’État.

Adepte du franc-parler

Nommé en avril dernier, Monsieur Déconfinement du gouvernement, il déclarait dans un entretien au journal L'indépendant mesurer pleinement "la très grande difficulté de cette fonction […], mais ma doctrine est que quand mon pays va mal, je ne réfléchis pas, j’y vais. (…) J’ai été formé pour être serviteur de l’État, donc lorsqu’on m’appelle, je me dois d’être présent" .

C’est ce poste de chargé du déconfinement qui le révèle au Président. Certes, le chef de l’État avait déjà l’œil sur l’ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand et pensait même à lui en 2018, pour prendre la succession de Gérard Collomb, lorsque celui, à l’Intérieur, présenta sa démission. L’étiquette sarkozyste qui collait à son veston aura eu raison des velléités d’Emmanuel Macron, nous y reviendrons. Après des semaines de crise sanitaire évidemment complexes à gérer, l’arrivée de Jean Castex suffit à calmer le vortex dans lequel l’exécutif était entré. Indispensable, il hérite d’ailleurs à cette occasion, du sobriquet de vice premier-ministre. Le titulaire en chef de l’époque, Édouard Philippe avait prévenu l’opinion : "c’est un haut fonctionnaire d’une redoutable efficacité". Jean Castex, symbole des périodes d’essai transformées en CDI ?

Attention, le nouveau Premier ministre le démontre, on peut être au service  de l’État, sans pour autant être lisse. Et à ceux qui verraient de la rondeur chez l’homme à l’accent chantant, ils pourraient être troublés par "son franc-parler à faire pâlir un sénateur" comme le rappelait La gazette des communes après une intervention au palais du Luxembourg, consacrée au déconfinement, qui avait quelque peu décoiffé la vénérable assemblée…

Ne pas se fier à son rondeur et son accent chantant. Jean Castex est un adepte du franc parler

Un homme de droite à dimension sociale

Sa faconde et le côté franc-du-collier, n’étaient pas de nature, bien au contraire, à refroidir Nicolas Sarkozy, qui allait pendant son mandat, en faire un homme clé. L’ancien Président de la République a découvert Jean Castex grâce à Raymond Soubie, son conseiller aux affaires sociales, le démineur en chef des conflits sociaux depuis le début des années 70, il raconte au micro de France-Info : "Quand j’ai souhaité quitter l’Élysée pour retrouver mes entreprises, Nicolas Sarkozy m’avait dit : "À la condition que vous me donniez un remplaçant que j’agrée" la relation privilégiée Castex-Sarkozy pouvait débuter. Raymond Soubie poursuit : "Sa nomination ne me surprend pas vraiment parce que je crois qu'il a toutes les qualités de l’emploi. Jean Castex est un garçon fort intelligent. Ça, c'est assez commun. Deuxièmement, Jean Castex a toujours été un remarquable organisateur ce qui, à Matignon, qui est quand même un peu à la centrale de l'État, est bien important. Il a toujours eu un contact heureux avec tous les gens qui l'ont rencontré et a toujours été très proche des sujets sociaux".

"Le couteau suisse"

Ce petit fils d'un sénateur de droite et d'un élu communiste maîtrise l'art de la synthèse

Les sujets sociaux : voilà bel et bien la thématique que le nouveau Premier ministre, homme de droite, désire porter haut depuis le début de sa carrière. Haut fonctionnaire, il l’est incontestablement. Mais ce Gersois, étiqueté LR, petit-fils d’un ancien sénateur de droite et d’un élu communiste, a hérité d’un art de la synthèse qui confine à l’ascèse. Les syndicalistes, et ils sont nombreux à l’avoir pratiqué, notent tous son appétence au dialogue et ses préoccupations sociales. Au ministère du Travail, à la Santé, dans les deux fonctions de directeurs de cabinet qu’il a occupées auprès de Xavier Bertrand, c’est son leadership en matière de négociations qui a marqué. L’ancien ministre ne tarit pas d’éloges sur celui qui fut son protégé : "C'est un couteau suisse !", un "gros bosseur, plein de bon sens, organisateur hors pair. Pas le genre à imaginer un plan beau sur le papier mais inepte sur le terrain". Le Travail, la Santé, deux chantiers majeurs que le chef de l’État veut imprimer…

Poser les pavés du nouveau chemin

Mais voilà bien l’autre dimension qui a présidé à sa nomination : l’élu de terrain. Maire de Prades (Pyrénées-Orientales) depuis 2008, et (réélu avec 75 % des voix au premier tour en mars dernier), comprend aussi bien le langage des technocrates que celui des élus de terrain.

Jean Castex, futur poseur des pavés du "nouveau chemin" social ? C’est d’ailleurs l’Élysée qui en parle le mieux, avec ce communiqué publié ce jour : "il est un haut fonctionnaire complet et polyvalent qui aura à cœur de réformer l'État et de conduire un dialogue apaisé avec les territoires (…) Il est l'homme de la situation" car, "connu pour travailler par le dialogue et dans un esprit de rassemblement", et "saura mettre en œuvre les reconstructions évoquées par le chef de l'État dans ses dernières expressions dans le cadre du nouveau chemin" du quinquennat.

Derrière ce panégyrique, d’aucun lui reprochent son manque d’appétence pour les problématiques écologistes. Il est vrai que Jean Castex, par le passé, ne s’y est guère penché. Il faut garder en tête la préemption du sujet par le Président de la République et la future architecture ministérielle en matière d’environnement. Car pour le reste, dans l’optique d’habiter la fonction, s’il n’est certes pas Vert, Jean Castex, n’en paraît pas moins mûr…

Sébastien Petitot

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