J.-L. Missika (Paris en commun) : "Nous devons poursuivre la mutation écologique pour préserver l’attractivité de Paris"

Président de Paris en commun, la plateforme citoyenne qui soutient la candidature d’Anne Hidalgo aux élections municipales, et adjoint à la maire sortante en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, Jean-Louis Missika dresse le bilan des politiques menées au cours des six dernières années dans son périmètre d’intervention. Il détaille également les principales propositions d’Anne Hidalgo sur ces sujets.
Jean-Louis Missika (©Mathieu Delmestre)

Président de Paris en commun, la plateforme citoyenne qui soutient la candidature d’Anne Hidalgo aux élections municipales, et adjoint à la maire sortante en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité, Jean-Louis Missika dresse le bilan des politiques menées au cours des six dernières années dans son périmètre d’intervention. Il détaille également les principales propositions d’Anne Hidalgo sur ces sujets.

Décideurs. Quel bilan tirez-vous de la politique du logement mise en place depuis 2014 ?

Jean-Louis Missika. Nous avons construit et financé un grand nombre de logements sociaux. Nous avons ainsi respecté nos engagements : le taux SRU est actuellement supérieur à 23 % et il atteindra 25 % à l’horizon 2025. Nous avons également mis en place en 2015 une charte anti-spéculative avec les promoteurs immobiliers. En parallèle, nous avons obtenu du gouvernement le droit d’encadrer les loyers. Ce dispostif n’a toutefois pas encore donné sa pleine mesure car le tribunal administratif de Paris a cassé la première mouture. Ce dernier a été réintroduit en 2019. Enfin, nous venons de mettre en place un organisme de foncier solidaire en application de la loi Alur. Baptisé « Foncière de la Ville de Paris », il sera pleinement opérationnel au premier semestre. Ce nouvel outil va acquérir du foncier et vendre, sous condition de ressources, les murs des bâtiments réalisés sur ces terrains à des ménages qui signeront des baux de très longue durée. En dissociant le bâti et le foncier, nous serons en mesure de proposer des logements à 5 000 € du m² alors que le prix moyen sur le marché libre dépasse 10 000 € du m². Il reste toutefois des marges de progression dans la politique du logement. Airbnb neutralise par exemple près de 25 000 logements dans les quartiers centraux de la capitale. Les forts taux de résidences secondaires et de logements vacants à Paris constituent également des problèmes de fond à régler.

Que proposez-vous pour améliorer la situation résidentielle à Paris ?

Nous ambitionnons de créer une foncière qui associerait investisseurs privés et publics, comme la Caisse des dépôts, pour lever une vingtaine de milliards d’euros via des emprunts et des obligations. L’objectif est de constituer un patrimoine de 30 000 logements qui seraient proposés à des loyers inférieurs de 20 % aux valeurs actuelles du marché, sans condition de ressources. Cette foncière viserait un taux de rendement de 2,5 %.

Qu’en est-il de la transformation de bureaux en logements ?

Nous avons transformé plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés de bureaux en logements depuis 2014. Toutefois, nous évoluons dans un univers contraint avec un taux de vacance très faible dans le tertiaire à Paris. Mais la foncière que nous souhaitons mettre en place pourrait acquérir des immeubles de bureaux pour les transformer en logements ou bien des propriétaires pourraient la rejoindre en apportant des immeubles de logements.

Comment comptez-vous accroître l’attractivité de Paris dans la compétition des villes-mondes ?

Nos performances en la matière sont excellentes. Surtout, nous avons progressé dans les classements internationaux ces dernières années. À titre d’exemple, nous avons mené une politique ambitieuse en matière d’innovation. Paris totalise aujourd’hui 250 000 m² de surfaces dédiées à ces activités via des incubateurs, ce qui en fait l'une des principales places du monde dans ce secteur économique. Ces bons résultats apportent une réponse claire à tous ceux qui nous ont accusés de menacer l’attractivité en menant une politique environnementale forte. C’est tout l’inverse qui se produit car les critères de l’attractivité ont changé. Pour attirer les talents, nous devons proposer une qualité de vie exceptionnelle en améliorant la qualité de l’air que nous respirons, en renforçant l’offre culturel comme nous l’avons fait en accueillant la collection Pinault au sein de la Bourse du commerce… Nous devons donc poursuivre cette mutation écologique pour préserver l’attractivité de Paris dans la compétition des villes-mondes.

 

"Toutes les recommandations en matière d’immobilier doivent maintenant être transformées en règles. C’est ce que nous comptons faire dans le cadre de la révision du plan local d’urbanisme."

 

Quelle doit être la contribution de l’immobilier à la neutralité carbone selon vous ?

Nous avons déjà engagé plusieurs actions dans ce domaine. À travers les différentes éditions de l’appel à projets urbains innovants Réinventer Paris, nous avons incité les promoteurs, les architectes et les investisseurs à modifier leurs approches en s’inscrivant davantage dans le contexte urbain et en travaillant plus en amont avec les utilisateurs finaux. Nous avons également encouragé les professionnels de l’immobilier à sortir du béton. Nous devons privilégier les matériaux biosourcés comme le bois ou la terre crue qui sera à disposition en quantité avec la réalisation du Grand Paris Express. Le réemploi est également un sujet primordial. Nous devons créer une véritable filière. Enfin, la réhabilitation doit être préférée à la démolition-reconstruction pour réduire l’empreinte carbone de l’immobilier et défendre notre patrimoine architectural. Toutes ces recommandations doivent maintenant être transformées en règles. C’est ce que nous comptons faire dans le cadre de la révision du plan local d’urbanisme.

Quel bilan tirez-vous de la fermeture des voies sur berge ?

À part Marcel Campion, aucun candidat à la mairie de Paris ne propose de rouvrir les voies sur berge à la circulation automobile. C’est donc un acquis positif à mettre au crédit de l’équipe municipale en place.

Quelles mobilités entendez-vous promouvoir au cours des six ans à venir en cas de réélection ?

Avec les pistes cyclables qui ont été créées au cours des six dernières années et la mise en place du réseau express vélo, Paris commence à être une ville amicale à l’égard de la bicyclette. Nous avons l’intention de poursuivre cette politique pour faire de la capitale un territoire 100 % cyclable. En parallèle, nous rééquilibrons l’espace public au profit des piétons. La voiture occupe 50 % de cet espace alors qu’elle représente uniquement 10 % des déplacements. Nous comptons donc transformer en surface les places de stationnement en pistes cyclables, en espaces verts et en aires de jeux pour enfants tout en gardant des zones dédiées aux livraisons. En parallèle, les parkings souterrains doivent être mieux utilisés. Concernant le boulevard périphérique, nous voulons apaiser la circulation. Nous sommes en discussion avec les 28 villes voisines de Paris pour le transformer en boulevard urbain avec une voie réservée aux transports en commun, aux véhicules propres et au covoiturage. L’idée serait également de la végétaliser en plantant 100 000 arbres à proximité de cet axe pour rafraîchir la ville, capter la pollution et lutter contre le bruit.

Quelle doit être la place des gares dans la ville de Paris ? 

Les gares doivent rester des espaces publics où le confort des voyageurs constitue l’objectif premier. Nous demandons à Ceetrus et à la SNCF de revoir leur projet de transformation de la Gare du Nord car il convertirait ce lieu en un centre commercial sans améliorer le confort des voyageurs, ni l’intermodalité. La SNCF et l’État ne peuvent pas imposer aux Parisiens des projets qu’ils n’acceptent pas. La Ville de Paris doit être associée à la gouvernance sur ces sujets. De plus, Gare du Nord 2024 rend difficile le grand projet urbain « Paris Nord-Est Elargi » qui s’étend de cet espace ferroviaire jusqu‘à Saint-Denis, Aubervilliers et Pantin. Il est impensable de réaliser des programmes sans tenir compte du schéma directeur général de la zone.

 

"La hauteur ne sera pas un sujet dans le cadre de la prochaine mandature selon moi"

 

Quels seront les grands projets urbains des six prochaines années en cas de réélection d’Anne Hidalgo ?

Dans le cadre des Jeux olympiques 2024, nous avons l’intention de traiter la Porte de la Chapelle. C’est d’ailleurs sur ce territoire qu’Anne Hidalgo a commencé sa campagne pour les élections municipales 2020. De manière plus générale, la réussite du Grand Paris passera par l’effacement du boulevard périphérique. Nous devons donc le traiter, tout comme les portes qui y donnent accès. Le projet de transformation du quartier de la Porte de Montreuil porté par le groupement Nexity, Aire Nouvelle (filiale de promotion immobilière du groupe Engie) et Crédit Agricole Immobilier illustre bien cette volonté. Il permettra, au cours de la prochaine mandature, de végétaliser l’espace, de développer les circulations douces et de faire émerger une vraie continuité urbaine entre Paris et les communes de Montreuil et Bagnolet qui ont été parties prenantes de toutes les décisions prises sur le sujet.

Comment appréhendez-vous la question de la hauteur ?

Anne Hidalgo ne considère pas la hauteur comme un sujet de construction majeur. Londres concentre 500 projets d’immeubles de grande hauteur (IGH) contre seulement une dizaine à Paris. Bien sûr, la tour Triangle a fait l’objet de nombreux débats. Le tribunal administratif a rejeté les recours contre ce projet et nous attendons dans les prochaines semaines l’avis du Conseil d’État qui nous permettra d’y voir plus clair. Mais d’autres sujets n’ont pas posé de problèmes comme le Palais de justice dans le quartier des Batignolles ou les tours Duo dans le 13e arrondissement. Ces IGH sont beaucoup moins énergivores que par le passé et ils ne défigurent plus le paysage. De plus, certains niveaux de densité sont nécessaires dans une ville contrainte en matière de constructibilité comme Paris. La hauteur ne sera donc pas un sujet dans le cadre de la prochaine mandature selon moi.

Quelles nouvelles innovations urbaines avez-vous imaginées ?

De nombreuses villes françaises et mondiales se sont inspirées de Paris pour lancer des appels à projets urbains innovants, ce qui montre que cette démarche a transformé en profondeur les métiers de l’immobilier. Si Anne Hidalgo est réélue, elle lancera donc la troisième édition de Réinventer Paris.

Quelle vision du Grand Paris portez-vous ?

Nous sommes favorables au Grand Paris des projets dans une logique partenariale. Le lancement d’Inventons la Métropole du Grand Paris dans le prolongement de Réinventer Paris, l’extension du Vélib au-delà de Paris, le métropolisation de Paris & Co, de l’Apur, de Paris Batignolles Aménagement (ndlr : devenu Paris & Métropole Aménagement) et de la Semaest vont dans ce sens. Ce mouvement passe aussi par la contribution financière de Paris au fonds de péréquation de l’Île-de-France et par des initiatives solidaires comme la formation de jeunes Franciliens aux métiers du numérique. L’ambition d’Anne Hidalgo est bien sûr de poursuivre dans cette voie. Nous surveillerons également avec attention les décisions qui émaneront du pouvoir central dans le cadre de la loi « décentralisation, différenciation et déconcentration » et de la réorganisation de la Métropole du Grand Paris.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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