J. Ginart (Relais vert) : "La solution se trouve dans le collectif"

Grossiste biologique, Relais vert se compose de 250 salariés sur site. En période de crise sanitaire, l'entreprise s'adapte. Son patron, Jérémie Ginart, nous raconte cette période hors du commun.
Jérémie Ginart, président de Relais vert, grossiste biologique pour professionnels et collectivités.

Grossiste biologique, Relais vert se compose de 250 salariés sur site. En période de crise sanitaire, l'entreprise s'adapte. Son patron, Jérémie Ginart, nous raconte cette période hors du commun.

Décideurs. Comment avez vous réorganisé la gouvernance et la prise de décision face à ce choc économique et sanitaire ?

Jérémie Ginart. Nous avons 250 salariés sur site. Ce qui en période de crise sanitaire est une problématique forte (distanciations, mesures de protection..) apparaît par contre comme une véritable solution pour la gouvernance et les prises de décisions.

En effet, aucune grande école ou expérience de vie professionnels passée ne nous avait préparés à affronter cette crise. La solution ne peut donc venir que d’une seule personne, mais au contraire elle se trouve dans le collectif. L’ensemble des salariés s’est investit pour trouver des solutions court et moyen terme. C’est une véritable fierté en tant que chef d’entreprise de voir cette implication. Plus que jamais notre management est donc collectif.

Comment à titre personnel, vous êtes vous organisé pour réagir d'une part, et anticiper d'autre part, les conséquences du Covid 19 sur votre entreprise?  

J’ai appris à écouter encore plus mes collaborateurs et mes clients pour les conséquences. L’écoute est primordiale, devant une telle situation (comme nous sommes dans l’alimentaire nous faisons 30 % de croissance avec des effectifs légèrement réduits). J’ai accepté très vite de ne pas avoir LA solution aux problèmes que nous allions rencontrer. Mais nous sommes tous prêt a gérer ces soucis au jour le jour.

Je pense qu’il faut surtout mettre le caractère de l’entrepreneur de côté pour le moment. Foncer, anticiper et entreprendre… Ce n’est pas l’actualité du moment

Comment combiner lucidité et optimisme ? 

Je pense qu’il faut surtout mettre le caractère de l’entrepreneur de côté pour le moment. Foncer, anticiper et entreprendre… Ce n’est pas l’actualité du moment. Ces trois verbes qui nous font peut-être nous lever le matin tout le reste de l’année. Mais, selon moi, la plus grande lucidité actuelle est de réaliser qu’il y a un temps pour tout. Il faut savoir appuyer sur pause et prendre de la hauteur. Ou en étant confinés quand le métier le permet. Ou en se mettant au plus près de l’activité d’exploitation si nous sommes dans un métier « prioritaire ».

Pour ma part, j’ai abandonné mon bureau et mes responsabilités attenantes. Je suis préparateur de commande dans l’alimentaire. Même si cela me donne beaucoup d’idées pour améliorer par la suite le fonctionnement interne de la société, mon objectif principal est juste d’envoyer la marchandise à mes clients : les magasins bio alimentaires.

Relation et fiabilité des partenaires : comment négocier de bonne foi dans un monde où la maîtrise et la visibilité tendent à disparaitre ?

Sur cette partie, il faudra du temps pour répondre. Je pense que nous sommes encore un peu trop « à chaud » pour faire le bilan de ce qui aura bien tenu le choc ou au contraire des modèles qu’il faudra clairement revoir. Mais le manque de maitrise totale sur l’évolution des différents dossiers dans une période aussi « folle » nous poussera à une introspection profonde de notre stratégie.

Quelle leçon tirez vous de cette crise pour votre entreprise sur le très long terme ?

L’après crise est un sujet qui doit vraiment regrouper de multiples thématiques. Nous ne devons pas simplement analyser les pertes et mettre en place des solutions pour « rattraper ». Que nous le voulions ou non, le monde vient de changer en quelques semaines. L’homme a pris conscience que nous n’étions pas immortel et nos entreprises également ne le sont pas.

La prise de conscience doit être totale, pas seulement sur la partie sanitaire, mais sur notre influence dans le monde sur lequel nous vivons et développons nos activités.

Le parallèle avec la crise écologique actuelle et à venir doit être fait dès aujourd’hui.  Avec beaucoup de recul, il faudra peut-être voir cette crise comme un new deal. En tout cas, tout est à repenser et réinventer.

Propos recueillis en avril 2020

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