J-F. Ott (Ott Ventures) : "Nous voulons proposer une version économique de la Station F au Blanc-Mesnil"

La passion de bâtir anime toujours Jean-François Ott. Après avoir développé de nombreux programmes immobiliers en Europe, l’ancien CEO d’Orco Property Group porte aujourd’hui la "Station G" au Blanc Mesnil (93). Un projet qui fait écho à la bataille d’actionnaires en cours chez Foncière Paris Nord. Explications avec le président d’Ott Ventures.
(©Jean-François Ott - CC BY-ND 3.0 FR)

La passion de bâtir anime toujours Jean-François Ott. Après avoir développé de nombreux programmes immobiliers en Europe, l’ancien CEO d’Orco Property Group porte aujourd’hui la "Station G" au Blanc Mesnil (93). Un projet qui fait écho à la bataille d’actionnaires en cours chez Foncière Paris Nord. Explications avec le président d’Ott Ventures.

Décideurs. Le site sur lequel vous souhaitez développer "Station G" est détenu par Foncière Paris Nord qui a annoncé en juillet dernier des négociations en vue de sa cession. Comment entendez-vous mener à bien votre projet dans ces conditions ?

Jean-François Ott. Le conseil d’administration de Foncière Paris Nord est aujourd’hui contrôlé par la société FIPP. Cette dernière, filiale du groupe Acanthe Développement, souhaite vendre le site détenu par Foncière Paris Nord dans le Centre d’Affaires Paris-Nord au Blanc-Mesnil (93). Mais les actionnaires doivent valider cette cession potentielle. Ott Partners Limited, Ott Ventures S.R.O et Ott Holdings Limited agissent de concert et sont aujourd’hui les actionnaires majoritaires de Foncière Paris avec 29,92 % du capital. En exerçant les obligations remboursables en actions (ORA), nous pourrions même détenir 65 % du capital. Nous nous opposerons à la vente de l’actif car ce serait une erreur, au même titre que le projet de réhabilitation en résidentiel porté par la société depuis 2014. Nous avons sollicité la tenue d’une assemblée générale pour prendre le contrôle du conseil d’administration et enfin valoriser le site grâce au projet Station G. D’autres actionnaires comme Advenis (Inovalis) nous soutiennent. Mais FIPP reporte sans cesse la tenue de cette assemblée générale pour nous empêcher de mener à bien ce projet. C’est d’autant plus inacceptable que Foncière Paris Nord fait face à des difficultés financières.

Quelles sont les grandes lignes de votre projet ?

Tout comme j’étais convaincu il y a 15 ans du portefeuille GSG à Berlin (1 million de m²), je suis persuadé du potentiel unique de ce site. Il est localisé dans le triangle d’or de la logistique européenne, avec des acteurs comme Amazon, La Poste et Monoprix pour voisins. Il est localisé entre l’A1, l’A3 et la nationale 2, non loin des aéroports du Bourget et de Paris-Charles-de-Gaulle. Et cette accessibilité va être encore renforcée dans les années à venir. Le site sera à 700 mètres de la future gare du Blanc-Mesnil sur la ligne 16 du Grand Paris Express qui sera opérationnelle dès 2023. A horizon 2030, la station permettra de rejoindre l’aéroport de Roissy en moins de 20 minutes et la Défense en 25 minutes. Le super métro sera un véritable game changer pour ce site.

Nous avons l’intention de faire le lien entre la logistique et les bureaux en développant des espaces qui s’apparenteront à des locaux d’activités dédiés à l’innovation. Nous envisageons la création d’un nouvel incubateur d’entreprises ; d’une pépinière en partenariat avec un acteur majeur du e-commerce comme Alibaba à qui le projet a été proposé ; d’un pôle d’excellence lié au secteur des drones et robots avec un partenariat stratégique en discussion avec l’entreprise Delta Drone afin d’installer une école de pilotage de drone sur plus de 1 000 m² ; l’exploitation d’une « dark kitchen » desservant tout le nord de Paris dans le bâtiment abritant actuellement un restaurant inter-entreprise ; la transformation d’une partie des silos de parking en self storage à destination des professionnels sur le site travaillant avec Amazon, La Poste ou Alibaba ; l’aménagement d’une résidence hôtelière de type coliving à destination d’étudiants et jeunes actifs…

"Les structures des quatre immeubles existants sont saines, les démolir serait une hérésie"

Pourquoi avez-vous décidé de baptiser le projet "Station G" ?

Pour commencer, c’est un clin d’œil à la Station F développé par Xavier Niel dans la Halle Freyssinet à Paris 13e. Je suis admiratif de ce projet. Notre ambition est de proposer une version économique de la Station F au Blanc-Mesnil avec des loyers à partir de 100€ par mètre carré à destination des PME e-commerçants du Grand Paris qui travaillent avec les sites de logistiques voisins. G fait aussi référence à la zone de Garonor et à l’aspect "green" : nous réhabiliterons l’existant pour ne pas générer des dizaines de milliers de tonnes de béton non recyclables et éviter d’en recréer tout autant. Les structures des quatre immeubles sont saines, les démolir serait une hérésie. Cette approche environnementale nous conduira également à privilégier le bois pour remplacer les façades et à mettre l’accent sur la végétalisation du site.

Le maire du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen, soutient le projet de réhabilitation résidentielle portée par Foncière Paris Nord depuis 2014. Comment perçoit-il la Station G ?  

Je n’ai pas encore eu l’occasion d’échanger avec lui mais je le ferai avec grand plaisir dès que j’en aurai l’occasion. Il a démontré ses capacités de bâtisseur au cours de son premier mandat en lançant de nombreux projets résidentiels. Je pense que le site détenu par Foncière Paris Nord ne se prête pas à ce type de programme compte tenu de son environnement. De plus, notre campus devrait drainer près de 5 000 emplois directs et indirects, pour la plupart qualifiés, ce qui devrait le séduire. Enfin, ce projet aurait toute sa place dans l’Arc de l’innovation lancé il y a quelques années par Jean-Louis Missika, alors adjoint de la maire de Paris en charge de l’urbanisme. Les retombées en matière d’attractivité pour le Blanc-Mesnil seraient considérables. Nous comptons déjà des soutiens de plusieurs personnalités dont Maurice Leroy, ancien ministre en charge du Grand Paris et désormais directeur général adjoint du Grand Moscou.

"Nous financerons le projet avec des investisseurs privés et le refinancerons ensuite quand il sera sur les rails"

Quel serait le montant de l’investissement pour réaliser ce projet ?

Nous avons évalué le montant de l’investissement à 35 M€. Compte tenu des difficultés financières rencontrées par Foncière Paris Nord, les banquiers ne nous suivraient probablement pas. Nous financerons donc le projet avec des investisseurs privés et le refinancerons ensuite quand il sera sur les rails pour refaire éventuellement un projet similaire ailleurs. Des acteurs étrangers nous ont déjà fait part de leur intention de se joindre à nous une fois que nous aurons pris le contrôle du conseil d’administration de la foncière.

Sur quel calendrier tablez-vous ?

Nous espérons récupérer le contrôle du conseil d’administration de Foncière Paris Nord d’ici le mois de décembre. Les étapes s’enchaîneront ensuite rapidement si les services de la mairie croient dans notre projet. Nous conclurons les premières pré-commercialisations car de nombreux contacts ont déjà été établis. Et deux immeubles ayant été curetés, la rénovation prendra entre six et douze mois de travaux suivant le type d’autorisations que nous obtiendrons. Station G pourrait ainsi accueillir ses premiers locataires mi-2021. La deuxième phase qui concernera les deux autres immeubles du site devrait quant à elle être achevée mi-2022.  

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

(©2LE Architecture)

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