J.-D. Gries (Transactis) : « Notre appartenance à deux actionnaires bancaires est vue comme un gage de pérennité »

Filiale de deux grandes banques, Transactis est un processeur d’opérations monétique et paiements. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros en 2018 et représente 25% des paiements par carte, virement et prélèvements Sepa en France.
Jean-Daniel Gries

Filiale de deux grandes banques, Transactis est un processeur d’opérations monétique et paiements. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros en 2018 et représente 25% des paiements par carte, virement et prélèvements Sepa en France.

Transactis est une co-entreprise fondée en 2008 par La Banque Postale (LBP) et la Société Générale (SG). Ces deux banques ayant décidé de mettre en commun les activités de développement et exploitation des systèmes d’informations de gestion des moyens de paiements. Quel bilan faites-vous de ces années de collaboration ?

Jean-Daniel Gries. Le bilan de ces premières dix années est très positif. A sa naissance, Transactis devait répondre à des objectifs stratégiques ambitieux pour les deux grands groupes bancaires dans le domaine de la monétique. Il y a dix ans, le contexte était favorable à la création d’une joint-venture. D’une part après l’Euro, l’arrivée de l’Europe des paiements était un enjeu chacune des banques qui ne pouvait faire face seule à tous les investissements nécessaires et, d’autre part, les deux établissements n’adressent pas les mêmes cibles de clientèles. La plateforme monétique commune leur a offert la possibilité de mettre en commun leurs expertises et leurs investissements. Ces objectifs ont ensuite été étendus aux prélèvements et aux virements Sepa et internationaux au cours de la période dans une visée européenne.  

Votre activité demande des investissements importants, notamment en R&D. Le risque n’est-il pas que Transactis soit vue davantage comme une « charge » plutôt que comme une opportunité ?

Notre activité peut être regardée sous deux angles : celui du « banquier actionnaire » et celui du « banquier client ». Ces deux points de vue ne sont, heureusement, pas portés par les mêmes personnes. Pour le « banquier client », ce qui compte c’est d’investir dans de nouveaux produits et services monétiques et paiements ou dans le niveau de service. En investissant à deux, les banques peuvent dégager des marges de manœuvre pour investir davantage. En restant seule, chaque banque n’aurait pas pu couvrir tous ses besoins d’investissement sur la période.

« En investissant à deux, les établissements bancaires peuvent dégager des marges de manœuvre supplémentaire »

Vous travaillez également avec d’autres institutions financières françaises et européennes. Le fait d’être une joint-venture de deux grands établissements français n’est-il pas un frein au développement de cette offre ?

Après son succès sur la monétique, Transactis se positionne depuis 2017 sur les autres moyens de paiement européens (carte, prélèvement, virement Sepa et internationaux). Nous travaillons à l’échelle européenne pour la carte et l’instant payment.

Jusqu’alors notre développement a été mis au service de nos deux actionnaires. Nous avons ainsi accueilli leurs filiales, groupe Crédit du Nord, Boursorama, Ma French Bank, etc., et nous opérons maintenant une quinzaine de clients. Cette première étape de notre développement achevée, nous nous tournons désormais vers le marché des paiements. Nous sommes d’ailleurs en discussion cette année avec plusieurs prospects. Nous visons des établissements financiers de taille moyenne et notre appartenance à deux actionnaires bancaires est vue comme un gage de pérennité. Elle leur garantit que nos plates-formes monétique et paiements continueront à évoluer et resteront conformes, avec un bon niveau qualité de service. Ce sont autant d’avantages compétitifs sur nos concurrents. Et, notre autre carte maitresse, c’est évidemment le personnel de Transactis qui maîtrise le métier de l’IT tout en s’appuyant sur une forte culture bancaire, un niveau d’expertise difficile à obtenir pour un concurrent industriel.

Votre croissance future repose-t-elle sur votre offre en matière de paiement instantané ?

Nous venons de finir de bâtir fin 2018 une plate-forme instant payment pour le compte de nos quatre principaux clients (SG, LBP, Boursorama, Crédit du Nord) qui représente déjà 40 % des virements instantanés en France. Nous allons poursuivre nos investissements sur ce nouveau service ainsi d’ailleurs que sur la carte puisque ce sont nos deux offres phares pour le marché. Transactis est une « solution » pertinente pour des établissements de tailles moyennes qui veulent continuer d’investir dans les paiements et optimiser leur coût de gestion. Sur l’instant payment, nous leur évitons de concevoir une nouvelle plateforme, dépense d’autant plus lourde que la mise en œuvre des virements et prélèvements au Sepa vient de se terminer.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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