Isabelle Kocher, chronique d'un échec programmé

Le sort de la patronne d'Engie a été scellé jeudi 6 février : Isabelle Kocher va quitter son poste de directrice générale. Retour sur 4 ans d'une aventure dès le début mal embarquée.

Le sort de la patronne d'Engie a été scellé jeudi 6 février : Isabelle Kocher va quitter son poste de directrice générale. Retour sur 4 ans d'une aventure dès le début mal embarquée.

Le feuilleton touche à sa fin et la tribune de soutien signée par 50 personnalités parmi lesquelles Anne Hidalgo, Cédric Villani ou encore Yannick Jadot et Clara Gaymard, point d'orgue d'une campagne médiatique qui dure depuis des semaines, n'y aura rien changé. Au contraire, ce tapage, peu bénéfique pour l'image business d'Engie, aura certainement contribué à sceller le sort d'Isabelle Kocher qui ne verra pas son mandat à la tête du géant français de l'énergie, qui court jusqu'en mai, renouvelé.

Pas d'état de grâce...

L'ancienne conseillère aux affaires industrielles du premier ministre Lionel Jospin avait été désignée pour prendre la tête d'Engie, en 2016, avec une feuille de route des plus ambitieuse : inscrire durablement l'ex-GDF Suez dans la transition énergétique. Mais il n'y eut aucune lune de miel : alors que la normalienne voulait les pleins pouvoirs pour opérer ce repositionnement stratégique, elle n'obtint que la direction générale du groupe, Gérard Mestrallet en conservant la présidence. S'en est suivie une guerre de tranchées où président et directrice générale se rendaient coups pour coups, cette dernière écartant méthodiquement et sans ménagement de nombreux lieutenants du premier cité, lui-même semblant peu enclin à abandonner le pouvoir à une dauphine qu'il avait pourtant choisie lui-même.

...Mais un État qui doute

Du côté de l'État, premier actionnaire d'Engie à hauteur de 23,6 %, le dossier est évidemment suivi de très près. Et alors que la nomination de la nouvelle direction générale avait vu des réticences émaner d'un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, c'est assez naturellement que deux ans plus tard, le nouveau locataire de l'Elysée refuse tout net (suivant l'avis du conseil d'administration d'Engie) de fusionner les fonctions de président et de direction générale. Isabelle Kocher se retrouve une nouvelle fois sous une tutelle qui sera cette fois-ci exercée par Jean-Pierre Clamadieu, sauveur de Rhodia puis dirigeant de Solvay, et que beaucoup jugent alors encore jeune (59 ans en 2018) pour se contenter d'un rôle non exécutif.

Un point de non retour

Si l'entente entre les deux têtes de la gouvernance d'Engie semble bien partir du bon pied, la relation se détériore très vite. Personne ne remet en cause la stratégie de l'agrégée de physique, mais on lui reproche en revanche d'être passée à côté de plusieurs opportunités stratégiques, notamment lorsque Direct Energie tombe dans le giron de Total, alors que des prises de positions qui auraient fortement agacé les administrateurs. La situation devenant intenable, Jean-Pierre Clamadieu a convoqué un conseil d'administration exceptionnel le 6 février afin de mettre fin au mandat d'Isabelle Kocher, après 18 ans passés dans l'entreprise, malgré des résultats boursiers positifs et salués mais toujours inférieurs aux autres énergéticiens du continent. Une décision prise « uniquement et exclusivement au regard des critères économiques » s'est défendu Bruno Le Maire. Outre la délicate symbolique de l'éviction de la seule femme dirigeante du CAC40 se pose maintenant l'épineuse question de sa succession, alors que les rumeurs de démantèlement du groupe vont bon train. Le pilotage opérationnel du groupe sera confié à un triumvirat composé de trois DGA : Paulo Almirante, directeur général des opérations, Judith Hartmann, directrice financière et Claire Waysand, secrétaire générale, cette dernière assurant le mandat de directeur général par intérim. 

Boris Beltran

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