IPO de Porsche : un camouflet en vue pour les banques européennes ?

IPO de Porsche : un camouflet en vue pour les banques européennes ?
L'IPO de Porsche pourrait faire s'envoler sa valorisation jusqu’à 90 milliards d’euros

Que des banquiers américains autour de l’entrée en Bourse de Porsche AG, c’est ce qui se profile sur le projet d’IPO du fabricant de voitures de luxe dont la valorisation pourrait s’envoler jusqu’à 90 milliards d’euros selon les analystes. Pour mémoire, la capitalisation boursière de Volkswagen avoisine actuellement les 116 milliards d’euros, bien au-dessous de celle de Tesla qui affiche 570 milliards de dollars. Le calendrier de l’opération, véritable serpent de mer depuis le rachat de Porsche par la marque VW en 2014, risque néanmoins d’être revu, si le conflit en Ukraine s’éternise. Aucune décision finale n'a été prise sur le projet d'introduction en Bourse, a indiqué la société lors d’une récente conférence de presse.

S’il se réalise cette année, le lancement en Bourse de Porsche AG promet d’être historique en termes de levée. Pourtant, selon le Financial Times, aucune banque européenne n’aura le privilège de se pencher au-dessus du berceau de cette IPO. Ni la Deutsche Bank ni ses rivaux européens Barclays et BNP Paribas ne sont appelés à jouer un rôle de premier plan dans ce dossier. Au lieu de cela, le constructeur automobile allemand Volkswagen a choisi un quatuor américain composé de Goldman Sachs, Bank of America, JPMorgan et Citi pour intervenir en tant que coordinateurs mondiaux. Une belle remontée de cash en perspective pour VW qui a besoin de couvrir des besoins massifs en capitaux pour financer la transition électrique et les investissements dans la voiture autonome et connectée. Le groupe allemand a ainsi prévu d'investir des dizaines de milliards d'euros dans son électrification et compte vendre 50 % de véhicules électriques d'ici 2030. Sans parler du contexte industriel tendu pour la firme allemande. L’usine historique de Wolfsburg a vu sa production de véhicules assemblés chuter de près de moitié en 2021.

Le constructeur automobile allemand Volkswagen a choisi un quatuor américain composé de Goldman Sachs, Bank of America, JPMorgan et Citi pour intervenir en tant que coordinateurs mondiaux

Dès février, VW et son premier actionnaire, la holding familiale Porsche SE, présentaient au marché les modalités d'une éventuelle entrée en Bourse de Porsche AG. Actuellement détenu à 100 % par Volkswagen, le constructeur d’automobiles de luxe est lui-même contrôlé par la holding financière Porsche SE à travers laquelle la famille Porsche-Piëch détient une majorité absolue de droit de vote (53,3 %). L’accord-cadre proposé par Volkswagen comprend la vente de 25 % plus 1 action ordinaire du constructeur à Porsche SE ainsi que la cotation jusqu'à 25 % des actions privilégiées de Porsche AG. Environ 49 % du produit de l'introduction en Bourse seraient versés aux actionnaires de Volkswagen sous forme de dividende spécial.

Au premier trimestre 2022, 321 sociétés ont fait leurs premiers pas sur les marchés financiers dans le monde, selon le cabinet EY, soit 37 % de moins qu'en 2021 pendant la même période

Mais la guerre qui déchire l’Ukraine depuis fin février n’est pas sans répercussions sur l’opération. "Nous ne pouvons pas exclure, si le conflit dure plus longtemps, que cela puisse avoir des implications potentielles sur le lancement de l’IPO", a déclaré récemment Johannes Lattwein, membre du comex et directeur financier de la holding Porsche SE, lors d'une conférence de presse, sans préciser comment cela affecterait leurs plans. En effet, la situation en Ukraine a donné un sérieux coup de frein au marché des IPO. Au premier trimestre 2022, 321 sociétés ont fait leurs premiers pas sur les marchés financiers dans le monde, selon le cabinet EY, soit 37 % de moins qu'en 2021 pendant la même période. Elles ont levé 54,4 milliards, contre 82 milliards l'an dernier. Dès lors, Volkswagen évoque le 4e trimestre de 2022 comme horizon d’exécution de l’IPO. Reste à voir si celle-ci franchira bien la ligne d’arrivée, si cette tendance à la baisse persiste.

Emmanuelle Serrano

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