Introduction en Bourse : Softbank défie les Gafa

Le groupe japonais Softbank, un des acteurs majeurs des nouvelles technologies, a annoncé l’introduction en Bourse de sa branche dédiée à la téléphonie mobile. Une opération, très stratégique, qui pourrait aussi être une des plus importantes de l’histoire, et lui permettrait de concurrencer les Gafa.

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Le groupe japonais Softbank, un des acteurs majeurs des nouvelles technologies, a annoncé l’introduction en Bourse de sa branche dédiée à la téléphonie mobile. Une opération, très stratégique, qui pourrait aussi être une des plus importantes de l’histoire, et lui permettrait de concurrencer les Gafa.

Vendredi 30 novembre, dans le cadre de l’introduction en Bourse de sa filiale de téléphonie mobile, le groupe japonais Softbank confirmait le prix indicatif par action de 1 500 yens (13,22 dollars). Cette IPO, qui pourrait lui rapporter entre 21,1 et 23,3 milliards de dollars, s’inscrirait ainsi au palmarès des plus importantes introductions en Bourse de l’histoire en s’approchant du record de 25 milliards de dollars atteint, en 2014, par le géant chinois Alibaba.

Softbank, un fonds Visionnaire

Cette IPO monstre devrait permettre à Softbank d’accélérer sa transformation de groupe de télécoms national en géant mondial des nouvelles technologies. Une mutation voulue et menée tambour battant par le fondateur-PDG de Softbank, Masayoshi Son. L’homme a pour lui un impressionnant palmarès. En 2000, alors que l’e-commerce chinois était balbutiant voire inexistant, il investissait sur Alibaba devenu depuis l'un des leaders mondiaux du secteur avec Amazon. En 1996, son intérêt pour les nouvelles technologies et le développement d’Internet l’avait déjà poussé à miser sur Yahoo!.

Ces premiers faits d’armes ont été suivis d’une série d’investissements couronnée, en 2016, par l’annonce du lancement du fonds Vision. Doté de 93 milliards de dollars, celui-ci a fait en 2017 les gros titres en mettant 8 milliards de dollars sur la table pour prendre le contrôle de 15 % d’Uber. Toujours via le Vision Fund qui, en deux ans d’existence, est parvenu à faire jeu égal avec les grands fonds nord-américains ou européens, Softbank a massivement investi dans la voiture autonome, l’intelligence artificielle, l’e-commerce, les satellites ou encore les nouveaux modes de travail, tels que les bureaux partagés.

Grâce à ces prises de participations très médiatisées, Masayoshi Son est devenu une figure majeure de l’investissement ainsi qu’un visionnaire des nouvelles technologies, multipliant les déclarations sur la capacité de l’intelligence artificielle à rivaliser, à terme, avec l’intelligence humaine. Lors de la présentation des résultats de Softbank en juin dernier, il déclarait qu’il consacrait « 98 % de son temps et de son cerveau à l’intelligence artificielle », preuve supplémentaire de la métamorphose en cours chez Softbank. Les ambitions de Masayoshi Son sont en outre loin d’être apaisées puisqu’en septembre dernier, il déclarait vouloir multiplier ses fonds d’investissement, au rythme d’un nouveau tous les deux ou trois ans.

La plus grosse IPO de l’histoire ?

La boulimie d’investissements de son patron a certes permis à Softbank d’afficher un impressionnant taux de croissance – début novembre, le groupe enregistrait un bénéfice net semestriel multiplié par 8 sur un an, à 840 milliards de yens (6,5 milliards d’euros) – mais a eu tendance à inquiéter les investisseurs. L’IPO de la filiale de télécommunications permettra ainsi à Masayoshi Son de séparer l’activité pour l’instant la plus solide de son groupe de celles plus risquées et surtout plus endettées. Le PDG espère préserver ainsi l’activité télécoms de Softbank des récents scandales qui ont touché le Vision Fund.

Celui-ci, financé pour près de la moitié par l’Arabie saoudite, a été éclaboussé par les conséquences politiques et boursières de l’assassinat, début octobre, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à l’ambassade de son pays en Turquie. Masayoshi Son s’est vu reprocher ses relations étroites avec le prince héritier saoudien Mohamed ben Salman, commanditaire potentiel de cet assassinat. La réprimande boursière a été immédiate : le titre de Softbank perdait 29% sur le mois d’octobre, contre 9% pour le Nikkei, l’indice phare japonais.

En séparant l’activité télécoms du reste de son groupe, Masayoshi Son espère donc cloisonner politiquement et boursièrement ses différentes activités, rassurer les marchés, et faire un pas de plus en vue de la mutation de Softbank en une entreprise capable de rivaliser avec les Gafa. Pourra-t-il détrôner Alibaba comme plus importante IPO de l’histoire ? Réponse le 19 décembre prochain, jour de l’introduction.

Cécile Chevré

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