Institut de l'engagement, l'entreprise de la seconde chance

A des jeunes en difficulté sélectionnés et accompagnés dans leur projet, l’association fondée  par Martin Hirsch propose une intégration dans le monde de l’entreprise. 
Focus sur les clés d’une véritable réussite.

A des jeunes en difficulté sélectionnés et accompagnés dans leur projet, l’association fondée par Martin Hirsch propose une intégration dans le monde de l’entreprise. Focus sur les clés d’une véritable réussite.

En 2012, Martin Hirsch fonde l’Institut de l’engagement. L’objectif ? Offrir "une nouvelle voie républicaine" aux jeunes éloignés du monde de l’entreprise et du système académique en créant des ponts entre des univers étrangers l’un à l’autre. L’association épaule ceux dont les "parcours atypiques et cabossés", selon les mots de sa directrice générale Claire de Mazancourt, ne correspondent pas aux critères de recrutement traditionnels. Sélectionnés par un jury en raison de leur potentiel, ils seront ensuite accompagnés pour construire et faire financer leur projet, qu’il s’agisse de suivre une formation, de trouver un emploi ou de créer leur activité. La démarche remporte un franc succès. L’institut emploie aujourd’hui 24 salariés et réunit 2 000 bénévoles. Il distingue 750 lauréats par an et affiche fièrement "un taux de ­réussite de 90 %".

"Des boîtes qui font des trucs bizarres"

L’une des missions phares consiste à rapprocher les lauréats des entreprises. "Ils n’en ont pas une très bonne image, constate Claire de Mazancourt. Pour eux, ce sont souvent des boîtes qui font des trucs bizarres…" Aux yeux de Martin Hirsch, ex-président d’Emmaüs et ancien haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté ainsi qu’à la jeunesse, cette prévention est en réalité "proportionnelle au nombre de portes qui leur ont été fermées". Les entreprises s’avèrent elles-mêmes réticentes à l’égard de ceux qui sortent du cadre. "Elles perçoivent la démarche comme entrant dans leurs œuvres sociales et partent du principe que ces jeunes ne pourront pas s’intégrer à leur projet d’entreprise." Or, il en est convaincu, les organisations ont intérêt à modifier leur regard et à réfléchir à la façon dont l’expertise des jeunes peut les bousculer et leur permettre d’innover. D’autant que, poursuit-il, "la diversité de leurs origines et de leur parcours confère une ouverture d’esprit individuelle et collective particulière".

 "On ne peut pas se contenter d’un système dans lequel les uns ont pour responsabilité de créer les richesses et les autres d’en réparer les effets négatifs"

Résilience

Les ponts à construire entre ces deux univers ont été au cœur du Campus de l’engagement organisé par l’institut en juillet dernier. De nombreuses personnalités étaient invitées à prendre la parole et à échanger avec les participants. Parmi les têtes d’affiche figurait Emmanuel Faber, charismatique dirigeant de Danone, qui appelle depuis quelques années les organisations à une responsabilité sociale et écologique renforcée. Un message de nature à réconcilier les sceptiques avec l’entreprise. Pas étonnant dès lors que Boris Cyrulnik, qui a démocratisé le concept de résilience, fasse partie des intervenants. Pour Martin Hirsch, ce mouvement est essentiel : "On ne peut pas se contenter d’un système dans lequel les uns ont pour responsabilité de créer les richesses et les autres d’en réparer les effets négatifs." Il souligne d’ailleurs que les jeunes n’ont en aucun cas le monopole de cette quête de sens et en veut pour preuve le nombre « spectaculaire » de personnes qui s’impliquent dans l’association et la facilité avec laquelle les jurys sont composés.

Et après ?

Pour son fondateur, les voies d’évolution du projet de l’institut sont "inépuisables". En plus de la conclusion de nouveaux partenariats et de la construction de nouveaux parcours, il explique que l’association a mis au point "un mode de détection et de sélection des jeunes particulièrement performant… qui pourrait être étendu à d’autres publics." Claire de Mazancourt se réjouit pour sa part que la mission de l’institut entre aujourd’hui en résonance avec un certain nombre de politiques publiques. Financée à 85 % par le secteur privé, l’association serait ravie de recueillir désormais le soutien des pouvoirs publics. "Nous avons entrouvert des portes, souligne la directrice générale. Il n’y a plus qu’à les pousser." À bon entendeur.

Marie-Hélène Brissot

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