L’Insee* publie son "Insee Focus", une étude qui révèle le nouveau zonage en aires d’attraction des villes. Fournissant des données précieuses sur la répartition de la population ainsi que sur son évolution, ce document met en perspective les dynamiques territoriales. Analyse en profondeur.

L’Insee a récemment publié son Insee Focus, étude qui laisse transparaître un nouveau zonage du territoire français, en aires d’attraction des villes. Pour commencer, un point technique s’impose : l’Institut utilise le terme d’"aire d’attraction", qui désigne l’étendue de l’influence d’une ville sur les communes environnantes. Au sein de cette même aire, il convient de distinguer un pôle et une couronne "constitués des communes dont au moins 15 % des actifs travaillent dans le pôle". Ce dernier, lui-même composé de plusieurs communes, a comme centre névralgique la commune-centre, "la plus peuplée du pôle selon le recensement de la population de 2017". Cette méthode de zonage en aires d’attraction des villes fait suite au précédent zonage de 2010, évoquant, lui, des aires urbaines. Cette nouvelle lecture du territoire français offre quelques conclusions insolites : certaines aires ont par exemple pour commune-centre une ville étrangère, comme Bâle ou Genève.

Population et aires d’attraction des villes

Dans l’Hexagone, l’Insee a dénombré pas moins de 699 aires d’attraction de villes, concentrant près de 93 % de la population française. Sans surprise, c’est l’aire de Paris qui remporte la palme en rassemblant, du haut de ses 13 millions d’habitants, pratiquement un Français sur cinq. Ensuite viennent les aires de plus de 700 000 habitants, au nombre de treize, concentrant quasiment 20 % de la population. Plus petites, les 47 aires de 200 000 à 700 000 habitants font office d’intermédiaires, mais sont également celles rassemblant le plus de citoyens, soit 23,6 % d’entre eux selon l’Insee. Enfin, le reste de la population se situe dans les aires de 50 000 à 200 000 habitants ainsi que dans les communes échappant à la voracité des villes. 

"Les aires plus grandes voient les habitants se concentrer dans le pôle plutôt que dans la périphérie"

Au total, 51 % des Français résident dans un pôle et 43 % dans leur couronne. Toutefois, cette répartition n’est pas homogène, les pôles prennent en effet plus ou moins de place dans la répartition de la population suivant la taille de l’aire et sa densité démographique. Ainsi, "c’est dans les aires de 50 000 à moins de 200 000 habitants que le poids des couronnes est le plus élevé, avec près de 60 % de la population de l’aire". Lorsque l’on se rapproche des extrêmes, cette proportion diminue. Les aires plus grandes voient les habitants se concentrer dans le pôle plutôt que dans la périphérie, avec l’exemple flagrant de la Ville Lumière, ne laissant que 19 % des sujets de l’aire parisienne à sa couronne. Phénomène similaire dans les aires de moins de 50 000 habitants, où la couronne n’accueille plus que 47 % des administrés.

Quelles évolutions démographiques ?

Savoir où se trouve la population, comprendre sa répartition est utile mais incomplet sans ses perspectives d’évolution. De fait, ce sont les grandes agglomérations qui enregistrent les croissances démographiques les plus dynamiques, et des soldes naturels positifs, grâce à une population jeune (20 % de la population a entre 15 et 29 ans). Certaines de ces aires de plus de 700 000 habitants, en plus d’avoir un solde naturel positif, sont caractérisées par un solde migratoire également positif. Les villes de Toulouse et Bordeaux sont, par exemple, concernées. D’autres, néanmoins, sont moins attractives, avec pour conséquence un plus grand nombre de personnes sortant du territoire qu’il n’en rentre. C’est le cas de Lille, Paris ou encore Grenoble. 

"Dans les aires à la population plus modeste, il est difficile de dégager une tendance, tant elles divergent, avec des variations souvent minimes"

Les aires de 50 000 à 700 000 habitants suivent une courbe d’évolution différente, moins rapide, même si le solde naturel y est la plupart du temps positif. Cependant, certaines aires font exception avec des soldes négatifs, parmi lesquelles celles de Quimper, Royan et Les Sables-d’Olonne. Dans les aires à la population plus modeste, il est difficile de dégager une tendance, tant elles divergent, avec des variations souvent minimes. Le solde naturel négatif est, quant à lui, partiellement expliqué par la moyenne d’âge plus élevée ayant cours dans ces zones géographiques. Ce déficit naturel n’est malheureusement plus compensé par les soldes migratoires positifs, en repli.

Point faible du dispositif, les communes-centres perdent en dynamisme. En effet, selon l’étude de l’Insee, la croissance de population dans ces communes est nettement inférieure à celle du reste de l’aire. Paris n’échappe pas à la règle : - 0,48 % par an entre 2012 et 2017, comme les communes-centres des aires de moins de 50 000 habitants : - 0,19% par an entre 2012 et 2017. Si les tendances sont les mêmes, les causes diffèrent. Dans le cas de la capitale, c’est principalement le solde migratoire qui fait défaut, alors que les communes de moins de 50 000 habitants sont victimes d’un solde naturel négatif. Les fuites de population ne sont pas le cas des seules communes-centres. En réalité, c’est l’ensemble des pôles et des communes qui les composent qui sont atteints, avec un solde migratoire de - 0,26 % par an entre 2007 et 2017. Toutefois, le ratio entre le nombre de naissances et de décès y est positif, sauf pour les aires de moins de 50 000 habitants. Le constat le plus flagrant de l’étude est sûrement l’explosion de la population dans les aires d’attraction de 700 000 habitants ou plus : les grandes agglomérations attirent plus que jamais.

Par Thomas Gutperle

 

*Institut national de la statistique et des études économiques

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