Innovacom : "La transition environnementale, un enjeu devenu commun à toutes les start-up"

La deeptech s'intéresse de plus en plus à l'écologie, problématique devenue transverse depuis quelques années. Les innovations de rupture participeront à la transition environnementale, affirment les associés d'Innovacom interrogés par Décideurs.
Benjamin Wainstain, nouvel associé chez Innovacom

La deeptech s'intéresse de plus en plus à l'écologie, problématique devenue transverse depuis quelques années. Les innovations de rupture participeront à la transition environnementale, affirment les associés d'Innovacom interrogés par Décideurs.

Décideurs. Innovacom vient d'accueillir Benjamin Wainstain. Qu’apportera ce nouvel associé à votre société de capital innovation ?

Jérôme Faul. Nous souhaitons être présents dans tous les secteurs de l’économie afin d’accompagner les entrepreneurs ayant développé des technologies prometteuses pour les transitions du futur. En nous rejoignant, Benjamin apporte une force de travail et une expérience sur des sujets complémentaires à ceux que nous couvrions déjà.

Benjamin Wainstain. Je me réjouis d’apporter à Innovacom mon expérience du capital-risque dans le domaine de la transition environnementale. Ces dernières années, le secteur a connu un essor certain, notamment grâce à la convergence avec la transition numérique. Il y a quelques années les investisseurs finançaient des projets purement industriels tels que des panneaux solaires ou des éoliennes. Aujourd’hui, à partir de cette base d’équipements existante, on imagine de nouveaux services, comme des logiciels pour piloter les réseaux ou des business modèles innovants de vente d’énergie. Le secteur est ainsi devenu beaucoup plus adapté au financement par le capital-risque.

La transition environnementale est donc devenue un sujet transverse dans le domaine du digital ?

Benjamin Wainstain. Oui. Il y a dix ans, on faisait la distinction entre les greentech d’un côté, et les deeptech de l’autre. Depuis trois-quatre ans, les frontières se brouillent et la transition environnementale est devenue un enjeu commun à toutes les start-up. Le changement climatique, la préservation des ressources ou la gestion des déchets ne peuvent plus être occultés quand on crée ou qu’on finance une entreprise.

Jérôme Faul. En proposant des innovations de rupture dans des domaines comme l’environnement, la deeptech contribue de façon significative à la transition écologique. Si chaque geste pour la planète compte, ils restent une goutte d’eau par rapport à l’impact permis par les innovations technologiques susceptibles de réduire la consommation d’énergie.

"Si chaque geste pour la planète compte, ils restent une goutte d’eau par rapport à l’impact permis par les innovations technologiques susceptibles de réduire la consommation d’énergie."

Auriez-vous un exemple d’investissement qui corresponde à cette démarche ?

Jérôme Faul. Nous sommes entrés au capital d’Antaios, spin off du CNRS et du CEA qui développe une nouvelle génération de mémoire magnétique. Il s’agit de mémoire de stockage que l’on retrouve dans le moindre objet électronique. En réduisant leur taille, on réduit leur consommation énergétique par un facteur important de l’ordre de quatre tout en conservant leur performance.  À l’heure où la facture énergétique du numérique est un sujet de plus en plus présent, ce projet a attiré des industriels américains. Voilà le type de start-up et de chercheurs que l’on finance et que nous avons envie d’accompagner.

La crise a-t-elle eu un impact sur votre portefeuille ?

Jérôme Faul. Le confinement ne nous a pas empêchés de mener à bien des investissements et des cessions. Le marché a été un peu plus calme au début de l’été mais, depuis septembre, nous recevons de plus en plus de dossiers. Le développement des entreprises dans lesquelles nous avons investi se poursuit sans réelle difficultés pour l’instant. L’avantage d’avoir un investisseur en fonds propres à son capital est la stabilité qu’il apporte. Nous, nous accompagnons les start-up en phase d’amorçage pendant cinq, six, voire dix ans. Pendant la crise, le gouvernement a mis en place des prêts garantis par l’État (PGE), or cet argent devra être remboursé. C’est sans doute une bonne idée pour les PME et les ETI déjà installées mais moins pour les start-up, qui ont besoin de davantage de temps.

Justement, comment percevez-vous les annonces liées à votre secteur dans le cadre du plan de relance ?

Benjamin Wainstain. Celui-ci contient des mesures sur les batteries et l’hydrogène. Il s’agit d’initiatives que nous attendons depuis longtemps. Nous ne pouvons que nous féliciter que la France et l’Europe prennent leur destin en main, notamment pour réindustrialiser le continent. Cela permettra d’éviter de reproduire les mêmes erreurs que dans le photovoltaïque, où l’industrie, d’abord essentiellement allemande, a été transférée en Asie. Il est heureux que l’Europe ambitionne de produire les batteries nécessaires à ses constructeurs automobiles, avec des exigences en termes d’empreinte carbone, la mise en place d’une filière de recyclage, etc.

Jérôme Faul. La plupart des actions sur les sujets du numérique relèvent de l’Europe et ce que propose Thierry Breton en matière de souveraineté digitale permettra de peser davantage sur la scène internationale. Sur un autre sujet, j’entends également que les Français ont beaucoup épargné pendant le confinement, environ 100 milliards d’euros, ce qui correspond au montant du plan de relance du pays. Il faudrait qu’une partie de cette épargne serve à financer l’avenir et donc les sociétés les plus prometteuses.

Propos recueillis par Olivia Vignaud

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