Inégalités de genre : imposer les femmes à la table des discussions

Les femmes paient le prix fort de la pandémie. Pour limiter le recul déjà constaté en matière d’égalité, le Women’s Forum plaide pour une inclusion plus forte des femmes dans les processus de décision.

Les femmes paient le prix fort de la pandémie. Pour limiter le recul déjà constaté en matière d’égalité, le Women’s Forum plaide pour une inclusion plus forte des femmes dans les processus de décision.

Dès le premier confinement, les chiffres désignaient les femmes comme les premières victimes de la pandémie. Certes, elles ne figuraient pas en tête des statistiques relatives au nombre de contaminations ou à l’occupation des lits de réanimation. Au contraire, de nombreuses études ont montré une plus grande immunité des femmes à l’égard du virus. Mais, elles étaient surreprésentées parmi les professions en première ligne ou durement affectées par le Covid-19, comme la coiffure ou la restauration.

La décision de maintenir, à la différence du premier confinement, les écoles ouvertes permet sans doute d’atténuer un peu la charge mentale des salariées. Au printemps, les femmes avaient dû, davantage que leurs conjoints, jongler entre travail, enseignement, cantine et autres tâches domestiques. Toutefois, la récession économique qui s’annonce risque d’aggraver fortement les inégalités femmes-hommes.

Crise paritaire

C’est en tout cas ce que laisse à penser le baromètre né sous l’impulsion d’AXA, BNP Paribas et Publicis et dévoilé à l’occasion du rassemblement 100% digital du Women’s Forum. Les résultats, recueillis par l’institut de sondage Ipsos, confirment d’abord que nous ne sommes pas égaux dans notre vécu de la crise. 73% des femmes confient ainsi leur peur face à un avenir incertain, soit 10 points de plus que leurs homologues masculins. Ces derniers reconnaissent moins avoir traversé une situation de burn-out, d’anxiété ou de dépression. Les deux tiers d’entre eux estiment prendre assez de temps pour s’assurer d’être en forme. 

73% des femmes ont peur de l’avenir.

Si les femmes s’accordent moins le droit de s’inquiéter de leur état de santé, il en va tout autrement pour leur entourage. 46% d’entre elles en font plus que les autres pour tendre la main aux personnes les plus vulnérables. Un contraste évident avec le sentiment, partagé par près d’’une femme sur deux, de ne recevoir aucune aide. Inquiétants, ces chiffres ne sont pourtant que l’arbre cachant mal la forêt.

Le dilemme 

En effet, le baromètre se veut comme un lanceur d’alerte : le risque est grand de voir les femmes retourner aux rôles qui leur étaient traditionnellement dévolus. Dans de nombreux pays, y compris dans ceux du G7 concernés par l’enquête, les stéréotypes de genre n’ont pas disparu. En France comme en Italie, en Allemagne ou aux États-Unis, les clichés sont même plus que jamais tenaces. 73% des ressortissants de ces pays dits "développé" considèrent "qu’en règle générale, les femmes sont plus intuitives que les hommes" et 60% "qu’elles sont plus à l’aise pour faire face à des problèmes pratiques". Quand ce ne sont pas des différences cérébrales qui expliquent, pour 38% des répondants, le penchant féminin pour la littérature…

La majorité des ressortissants des pays du G7 estiment qu’une bonne mère doit accepter de sacrifier son parcours professionnel.

On apprend aussi que maternité et carrière ne font pas bon ménage. Une bonne mère, pense la majorité, doit nécessairement accepter de sacrifier son parcours professionnel. De là à penser, comme nous y invitait Simone de Beauvoir, qu’il suffirait d’une crise sanitaire "pour que les droits des femmes soient remis en question", il n’y a qu’un pas… que l’on serait bien tenté de franchir tant la "fabrique des inégalités" continue de tourner à plein régime. 

Des avancées jamais acquises

Cela passe notamment par ces "choix" qui n’ont de choix que le nom. Confrontées à des discours qui pointent leur absence d’esprit scientifique ou leur impossibilité à mener de front vie de famille et vie professionnelle, les femmes devront "rester vigilantes [leur] vie durant" et veiller à ne pas (trop) s’autocensurer. Une partie loin d’être gagnée puisque 43% des femmes estiment ne pas avoir la capacité d’assumer un poste à responsabilité…

43% des femmes estiment ne pas avoir la capacité d’assumer un poste à responsabilité…

La bonne nouvelle ? Les ressortissants des pays du G7 n’ignorent rien de la réalité de ces inégalités de genre. Plafond de verre, plancher collant, salaires en-deçà de leurs niveaux d’expérience et de compétences, freins à la formation : de tout cela les répondants ont parfaitement conscience. Ils encouragent même les gouvernements à agir. Et vite !

Avoir le dernier mot

Néanmoins, le débat qui a suivi la présentation du baromètre témoigne de la difficulté à trouver un consensus sur la manière de s’y prendre. 91% des personnes interrogées peuvent bien considérer la réduction des inégalités de genre comme un chantier important. Mais, faut-il concentrer tous les efforts sur l’éducation comme le pensent 84% d’entre elles ? Ou faut-il aller jusqu’à l’instauration de quotas dans les universités ou les comités de direction ? Sandrine Dixson-Declève, co-présidente du Club de Rome, reconnait que "le push des quotas commence vraiment à faire la différence" dans les pays qui, comme la France, se sont engagés dans cette voie.  Mais pour Ann Cairns, Executive Vice-Chair chez Mastercard, "ils se montrent bien impuissants quand il s’agit de changer la culture". Il faut, bien plutôt, laisser "les CEO s’emparer du problème"

"Chaque élément de politique publique doit donc être relu et, le cas échéant, révisé en fonction de la manière dont cela affecte le genre"

En revanche, les intervenantes sont tombées d’accord quant à la nécessité de compter des "femmes autour de la table". De la formulation d’une offre d’emploi à l’écriture d’un article de loi, rien n’est neutre. "Chaque élément de politique publique doit donc être relu et, le cas échéant, révisé en fonction de la manière dont cela affecte le genre". Or, le reconnaît Anita Dunn, qui a dirigé la campagne présidentielle de Joe Biden, ces ajustements sont plus aisés quand c’est une vice-présidente et non un vice-président qui a "le dernier mot".

Agir est donc une chose. Plus importante encore est la nécessité pour les femmes de décider de ces actions. Si elles demeurent à l’écart de la table de discussion, dans la cuisine, les inégalités de genre ont de beaux jours devant elles. 

Marianne Fougère

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